Tel maître, Tel chien

19 12 2007

 La loi sur les chiens dangereux vient d’être adoptée à l’assemblée nationale. L’objectif est de répondre aux inquiétudes de la population suite à une apparente recrudescence d’agressions canines. Sanchez Rivera, educateur canin au Domaine Lacombe, et Lucie Garreau, comportementaliste pour chiens, dressent un portrait moins alarmiste de la situation, tout en préconisant la responsabilisation des maîtres.

La France compte la plus importante population canine d’Europe avec environs 10 millions de chiens. Parmi eux, 600 000 sont catégorisés comme dangereux. C’est principalement à ces derniers que s’adresse la nouvelle loi. Les maîtres de chiens de première et deuxième catégorie devront dorénavant obtenir une « attestation d’aptitude » et soumettre leur molosse à une « évaluation comportementale ».

Que cache la loi ?

En légiférant sur un fait d’actualité, le gouvernement ne fait encore une fois qu’éffleurer le problème. En effet, selon Stephanie Farges-Ortiz, présidente de l’association SOS victime de chiens, la législation mise en place en 1999 obligeait le port de la muselière et de la laisse pour les chiens de première et deuxième catégorie, faisant ainsi echos à une série d’incidents. Les sanctions envers les maîtres ne respectant pas la loi ont trés peu été appliquées. Le risque est le même avec cette nouvelle loi.

L’attestation d’aptitude constitue une avancée mais n’oblige pas à suivre une formation active. Selon Lucie Garreau, comportementaliste pour chiens, le fait qu’il n’y ait « pas d’examen à la fin » démontre une certaine frilosité à s’impliquer concrètement dans la formation des maîtres. Stephanie Farges-Ortiz va plus loin en demandant la mise en place d’ « un permis de détention d’un chien ».

Enfin, “la formation devrait être étendue à tous les chiens” selon Lucie Garreau, car cette catégorisation n’a aucun sens. “On a vu des chiens non catégorisés impliqués dans des incidents mortels. Les bergers allemands par exemple.” Il n’est pas prouvé scientifiquement que les chiens identifiés en première et deuxième catégorie sont génétiquement dangereux. Par conséquent, ils ne sont pas plus dangereux que d’autres chiens non catégorisés, de même morphologie. Seulement, “il y a quelques années le chien à la mode c’était le berger allemand, il était considéré comme le chien dangereux. Aujourd’hui c’est le même phénomène avec le rottweiller et le pitbull”.

Sanchez Rivera, éducateur canin, ne conteste pas les nouvelles mesures. Cependant, il déplore également la stigmatisation de certaines races de chiens. “Tout les chiens sont potentiellement dangereux”. La loi peut constituer une avancée, mais pour le moment le flou persiste sur le contenu de la formation qui sera délivrée aux maîtres. Sanchez Rivera espère pouvoir délivrer cette formation au sein de son domaine. Un lieu où il reçoit depuis plus de treize ans des maîtres soucieux d’éduquer et sociabiliser leurs chiens. Mais selon lui, c’est plutôt les maîtres qu’il s’agit d’éduquer.

Claudia Caratori





Les petits-fours du CAPC

19 12 2007

Le vernissage d’”If everybody had an ocean” a eu lieu hier soir, vendredi 16 novembre, au CAPC. Colorées, sonores, ludiques et psychédéliques, les oeuvres exposées ont de quoi séduire un large public, largement affamé. Et pas que de culture.

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Un mobile de Pae White 

 

   Devant les grandes portes du musée, moi et mes comparses amateurs de culture attendons ponctuellement devant l’entrée. Costumes, fourrures, cravates, chemises afterwork et quelques étudiants Adidas et chevelures fluos s’agitent dans le froid. Ambiance joviale et élégante. Participer à un vernissage d’art contemporain est toujours une expérience excitante. Dans un monde où la culture se doit d’être provocante, tout est imaginable. Si déception il y a, on pourra toujours se rattraper sur les cathartiques petits-fours. Et dans tous les cas, l’effort sera récompensé par un compte rendu hautain que l’on offrira à ses collègues le lendemain. ”Oui, j’y étais…Pourquoi? …vous non? ».

L’escroquerie

C’est avec ces réjouissantes perspectives que nous entrons poliment à l’intérieur du musée. Oeuvres splendides, installations remarquables, entreprises déconstructives tout à fait appropriées. Passées ces quelques formalités, force est de constater que mes camarades amateurs de culture et moi avons été dupés. « Où est le buffet? » peut-on entendre murmurer çà et là. Journaliste avant tout, je pars à la recherche de l’info. « Y’a pas de buffet » m’informe un contact de l’intérieur, l’employé du service des informations. La déception est certaine. Malgré la gratuité de l’évènement, la désagréable impression d’avoir été roulé. Ne reste plus qu’à déambuler entre les 60 oeuvres, installations et films exposés et espérer que la nourriture culturelle taise nos appétits. Quoiqu’il n’en soit évidemment rien, l’expérience n’est pas désagréable. Il faut reconnaître aux oeuvres exposées une vraie facilité d’appréhension. On appréciera la légèreté, la modestie, la gaieté des mobiles de Pae White, artiste américain contemporaine. Des pastilles de papiers colorées, suspendues à plusieurs milliers de fils, composent un nuage multicolore. A coté se situe la partie intitulée« sans soleil ». Les oeuvres sombres de Brian Wilson, quand noyé dans la drogue et dans sa dépression, il ne sortait plus de chez lui.

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Derrière la grande lune noire, la période sombre de Brian Wilson

« Un apéritif vous sera servi à l’étage »

Arrive Alain Juppé qui s’installe au milieux de l’entrepôt Lainé, sur un pupitre ouvert, sans même une estrade. Nous autre, amateurs d’art, sommes entre nous. «…Nous avons voulu ressuciter la musique par d’autre moyens, par la couleur, par la gaiêté, par le mouvement…» discoure-t’il.  Après une salve de remerciement, une apologie de cette «…belle ville de Bordeaux…» et de «…l’amour du peuple bordelais pour la culture…». Notre maire conclue par cette phrase: « Un apéritif vous sera offert à l’étage ». L’immonde soudoyeur! L’effet est immédiat, mais imperceptible. On s’y rue, promptement, mais pas trop, avec classe, en s’arrêtant devant les oeuvres là, sur les itinéraires variés qui mènent à l’étage. On y reconnaît les “habitués”, ceux qui se hâtent sans se presser. Pourtant, les rares personnes qui seront resté en bas auront assisté à un pertinent discours d’Alex Farquharson, le très dandy commissaire de l’exposition. «…parce qu’ils savaient manipuler une sorte de langage artistique et marketing sophistiqué, les Beach Boys sont fait enfermé dans une image simpliste de groupe et de culture pour ados…». Un discours boudé par l’audience affamée, assoiffée. A la décharge des impatients, il était en anglais.

Bavardage et petits-fours

Le centre de gravité de la soirée s’est déplacé. A l’étage, bavardage et petit-fours. Assiégés, les serveurs rivalisent de rapidité pour assurer l’approvisionnement constant des tables. L’art, cela est bien connu parmi nous, amateurs de culture, creuse l’estomac. Mais les stocks, pourtant foisonnants, s’amenuisent rapidement. Une fois les réserves taries, l’enthousiasme rencontré ne tarira pas. Mais tout de même, ce sentiment fataliste qui nous unis, que les meilleures choses doivent avoir une fin.

Se réjouir

   L’évènement de ce soir avait plus d’importance qu’il n’y peut paraître. En course à l’investiture du titre de capitale de la culture européenne pour 2013, décidé dans quelques mois, Bordeaux a de sérieux concurrents. Strasbourg, Lyon, Nice, nombreuses villes françaises bataillent pour montrer leur potentiels culturels. Ainsi Bordeaux doit prouver qu’elle peut mobiliser ses énergies pour organiser des manifestations d’envergure et réunir ses habitants, affamés d’art contemporain. Il est donc prévu que l’évènement se répète régulièrement. Il faut s’en réjouir. Les petits-fours étaient de qualité. J’ai pris le planning en partant.

Benjamin Huguet

If everybody had an ocean, au CAPC de Bordeaux.

Ouvert du mardi au dimanche de 11h00 à 18h00- Le mercredi de 11h00 à 20h00
Fermeture lundi et jours fériés .

Jusqu’au 9 mars 2008

 

Enfin, pour les vrais boulimiques de culture, quelques prochains vernissages:

 

Le 18 décembre:

http://bordeaux.fr/ebx/portals/ebx.portal?_nfpb=true&_pageLabel=pgFicheEvt&classofcontent=evenement&id=17501&iEvt=0&retourListe=1&classListe=pageSpecifique&idListe=201

 

Le 20 décembre:

http://www.paris-art.com/exposition-vernissage/vernissage/10422/vernissage-bordeaux-conseil-regional-d-aquitaine-pieces-maitresses.html

 

 

Le 19 janvier, Espace Saint-Rémi:

http://bordeaux.fr/ebx/portals/ebx.portal_nfpb=true&_pageLabel=pgFicheEvt&classofcontent=evenement&id=25329&iEvt=38&retourListe=1&classListe=pageSpecifique&idListe=201

 

Du 26 au 29 juin 2008:http://www.bordeaux-fete-le-vin.com/

 

Et pour se tenir informé

http://espace29.wordpress.com/category/bordeaux/

 





That’s poker !

19 12 2007

Du poker partout. A la télévision, au cinéma, sur Internet, comme cadeaux de Noël, la folie d’un des plus vieux jeux de cartes semble être dans le vent. Pourquoi un tel engouement pour ce jeu qui il n’y a pas encore si longtemps avait mauvaise réputation ? La mode de ce jeu s’installe jusque dans les bars. Tous les mardis au Kerouen, 3 rue Saint Nicolas à Bordeaux, les amateurs découvrent l’atmosphère d’une partie.

photo soirée poker

Au poker il faut savoir se coucher.

Une animation garantie.

“C’est la première fois que je joue et je gagne” s’exclame Laurence. Elle ramasse vers elle les jetons, rouges, verts et bleus qu’elle vient juste de remporter. Ses yeux brillent comme si ces rondelles de plastique allaient se transformer en espèces sonnantes et trébuchantes. Au Kerouen, l’ambiance se réchauffe et chacun y va de son petit commentaire. “Bah il n’aurait jamais dû payer c’était évident qu’elle avait une quinte. Moi j’avais rien du tout… Bon alors on joue aux cartes ou on discute ?”

Gaël Coat, le propriétaire du Kerouen explique que les soirées ludiques comme celles-là servent avant tout à créer de l’animation. Il y voit un moment agréable, détendu, qui fait vivre le bar durant la soirée en semaine. La mallette de jetons, les cartes, la table sont pour son commerce une forme d’investissement censée attirer la clientèle. L’établissement, ouvert depuis sept mois, ne possède pas de licence pour le jeu. Les parties sont donc gratuites, le but étant juste de passer “un bon moment”. “Il n’y a pas d’argent sur la table, pas d’enjeux réels, pas de honte ni de danger à perdre, l’important c’est de venir découvrir et de s’amuser.” Le patron déclare avoir appris le jeu en décidant d’instaurer ce rendez-vous hebdomadaire. A la question de savoir s’il est lui-même “joueur”, il répond: “Oui mais dans une moindre mesure, je me vois plutôt comme un animateur.”

Le poker en tant que motif afin d’organiser des soirées, lui est apparu comme une évidence. Des clients en avaient fait la demande. La cadence des parties de poker s’est peu à peu installée. Les personnes présentes ce soir sont des étudiants, des routiers, des fonctionnaires de police. On compte une moitié de joueurs expérimentés, des amateurs récents et quelque novice. En France, on estime à 500 000, le nombre de joueurs réguliers de poker.

Et c’est reparti pour une nouvelle donne. Ils sont une petite dizaine autour de la table. Le vieux tapis vert plein de bouloches des débuts a été remplacé par une table spéciale poker. Un support dépliable d’un mètre soixante-dix avec des symboles pour les cartes, et le mot poker reproduit dans les moindres recoins. “C’est bien parce que les cartes glissent mieux.”

Les joueurs assis se connaissent parfois, certains sont des habitués du bar, beaucoup tente leur chance pour la première fois. Il y a par exemple Greg, 22ans, infirmier à hôpital Haut-Lévêque. Il a appris avec des amis au début de l’année, il se souvient avoir regardé l’émission de poker de Canal + présenté par Patrick Bruel et Denis Balbir. Maintenant il préfère celle de Direct 8 même si Patrice Laffont n’est pas son présentateur “préféré“. Laurence s’est fait expliquer les règles par un ami qui l’a invité. Elle consulte de temps en temps un bout de papier. “C’est les combinaisons possibles avec les cartes, j’ai peur d’en oublier.”

Le phénomène poker.

Personne ne songe à proposer une partie de belote ou un tarot. Pourtant tous y jouaient auparavant. Depuis 2005, le poker s’est popularisé à un rythme effréné. Des saloons de cow-boys en passant par les arrière-salles dignes des tripots de gangsters, le poker a effectué son grand retour dans les médias. Les chaînes américaines et aujourd’hui françaises enregistrent des audiences record en diffusant les tournois internationaux. Des chaînes spécialisées, uniquement dédiées au poker apparaissent sur le câble. Internet n’est pas épargné non plus car il existe des centaines de sites, plus ou moins sécurisés, de parties en ligne.

Le nom du jeu vient du verbe anglais to poke, pousser ou attiser (qui a donné a poker, un tisonnier), dans le sens de « jeu qui incite, qui pousse au bluff ». Les hommes aussi bien que les femmes, tous se retrouvent gagner par la fièvre de ce jeu d’enchères et de psychologie. “J’ai les mains qui tremblent quand j’ai du jeu au poker. C’est pas comme à la belote.”

Ce qui a séduit les participants de ce soir dans le Texas hold’em ? La variante de poker actuellement la plus jouée et la plus connue. C’est la simplicité des règles mais surtout l’adrénaline et l’ambiance qu’une partie déclenche. Certains avouent jouer parfois 2 à 5 euros entre amis chez des particuliers. Les rares qui se sont déjà aventurés dans un casino disent n’avoir jamais essayé le poker à cause du prix et des risques. Personne n’a envie d’y laisser sa chemise, “sinon autant jouer au strip poker et finir tous à poils !”
Raphaël Burgos.

 

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Une Royal au Front National

19 12 2007

« Elle est belle ! Je vous présente Anne-Christine Royal. Vous savez, elle a une cousine assez célèbre. » Par ces mots, Jean-Marie Le Pen présente aux journalistes réunis dans la salle de presse Anne-Christine Royal. « On ne choisit pas sa famille » ricane-t-elle. « Oui, enfin il y a pire. » renchérit le vieux chef.

photo Royal

Fidèle, Anne-Christine Royal l’est au F.N depuis 1983. Mère au foyer de 10 enfants, elle est fière d’évoquer son éducation traditionnelle et rigoureuse, qu’elle qualifie d’éducation de droite.

Un congrès particulier
Le XIIIème congrès du F.N, le week-end des 17 et 18 novembre 2007, s’est déroulé dans une drôle d’ambiance. Sur fond de guerre de succession feutrée car repoussée, les lieutenants de Jean-Marie Le Pen aiguisent leurs couteaux en attendant l’affrontement final. Dans ce décor, la cousine de Marie-Ségolène Royal tranche. Discrète, elle porte son éducation jusque dans son apparence. Un maquillage léger, des cheveux aux reflets auburn, un gilet en laine par-dessus un col roulé blanc, une longue et stricte jupe noire qui descend aux chevilles, rien ne semble devoir déroger à la tradition. Derrière ce conformisme vestimentaire, une belle femme se camoufle. Des yeux oscillant entre vert et noisette, un visage harmonieux où se dessine parfois un sourire agréable, Anne-Christine Royal n’a pas à rougir de la comparaison avec l’icône socialiste. Alors a-t-elle héritée de l’ambition politique familiale ?

Une attitude ambiguë
Anne-Christine Royal s’en dit dénuée et prétend n’avoir été candidate qu’à des postes non éligibles. Pourtant, elle a été candidate du F.N dans la 10ème circonscription de Gironde, aux dernières législatives de Juin 2007. Diversion ou discrétion ? La discrétion, elle l’a appliquée presque totalement pendant la campagne, refusant de répondre aux sollicitations médiatiques. Presque, son entourage l’a convaincue en dernière minute de réaliser un coup d’éclat. Attachée aux pieds de vignes d’un vignoble du Libournais, elle a, telle une réincarnation de Jeanne d’Arc, alerté l’opinion sur la “mort annoncée” de la viticulture régionale. Le pinard, la préférence nationale et le courage mis en scène, tous les ingrédients de propagande populiste sont réunis.

Un score flatteur dans un contexte morose
Une propagande plutôt efficace : Anne-Christine Royal est arrivée en 4ème position de l’élection, juste derrière le candidat de l’UDF-Mouvement Démocrate obtenant 5,19 % des voix. Un score, au-dessus de la moyenne nationale du parti frontiste pour ces législatives, et qui lui permet de se voir rembourser les frais de campagne.

Ce bon résultat doit-il être appréhendé comme la preuve d’un talent politique ou reflète-il une certaine “peopleisation” de la vie politique française ?

Le fait d’avoir une star de la politique française dans sa famille, qui plus est dans le camp adverse, ne peut pas être néfaste pour la médiatisation devenue indispensable en politique. Anne-Christine Royal ne semble pas avoir la carrure, ni correspondre à l’idée que l’on se fait d’une “bête politique”. Le choix du F.N de l’investir comme candidate aux législatives est un choix purement opportuniste. Surfer sur la popularité de Ségolène Royal, cela se place dans la nouvelle stratégie d’ouverture et de dédiabolisation du F.N défendue par Marine Le Pen.

Ségolène Royal justement, Anne-Christine Royal dit combattre les idées et non les personnes. Elle refuse une quelconque filiation politique avec sa cousine. Même si elle reconnaît une proximité évidente dans leurs éducations respectives, la “Royal frontiste” pense que Ségolène est profondément de gauche. Selon elle, l’ex-candidate socialiste de la dernière présidentielle a simplement utilisé l’aspiration actuelle de la société française pour les idées de droite. De façon très intelligente, Ségolène Royal aurait utilisé des thèmes chers à la droite non par conviction mais par opportunisme.

Une vive critique de Ségolène
Si Anne-Christine Royal ne combat pas les personnes, elle n’est pas pour autant dépourvue de critiques acerbes pour sa célèbre cousine : « je crois que fondamentalement Marie-Ségolène n’a pas l’amour de son pays, cet attachement viscéral à la patrie ». Au F.N, l’amour viscéral de la patrie rimait encore lors de ce congrès avec stigmatisation de l’autre, l’étranger immigré ou le “français de papier”…

Anthony Hernandez





Tous les coups ne sont pas permis

19 12 2007

Une quarantaine de personnes se sont réunies pour un rassemblement contre les violences faites aux femmes vendredi 23 Novembre, Place de la Victoire.

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A 18h, place de la Victoire, il fait déjà nuit. Il n’y a pas grand monde, essentiellement les membres des associations féministes et essentiellement des femmes. S’ils sont là, c’est pour dénoncer les violences faites aux femmes et ce n’est pas rien. Marie Paste, membre permanente du Mouvement Français pour le planning familial (MFPF), m’explique qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Seulement 9 % des femmes victimes de violence portent plainte et 5% pour viol. Elle réclame une loi cadre sur les violences de genre, c’est à dire toute violence liée au sexe. Car au delà de la violence physique, les femmes subissent les violences verbales et la discrimination. D’ailleurs l’objet de ce rassemblement est plus vaste, les associations présentes font aussi de l’information. Le MFPF accueille chaque lundi toute personne ayant des questions concernant les droits des femmes.
“On passe pour la chieuse”
Le rassemblement ne durera pas plus d’une heure faute de monde. Pourtant le coeur y est: un petit stand d’information est installé avec de nombreux prospectus, elles ont apporté des lampions et des pancartes pour que, dans le noir, elles soient bien visibles. Monique Nicolas, militante au collectif bordelais pour les droits des femmes, prend le microphone: « La nuit nous appartient, on peut sortir le soir.» D’autres slogans sont scandés, repris en coeur par les manifestants: « espace public, espace sexiste, espace privé, danger, danger ». Angela, une jeune Sud-Américaine explique que dans son pays, l’institutionnalisation des droits des femmes a été plus rapide. Elle regrette le manque de solidarité en France pour une telle question. Elodie ajoute « en France, le féminisme a mauvaise réputation, on passe pour la chieuse ».

Gare aux cons
Selon les manifestantes, la question des droits des femmes n’est pas assez relayée par les politiques. Pour Monique Nicolas, l’arrivée de Fadela Amara au gouvernement, l’ancienne présidente de Ni Putes Ni Soumises, n’est pas une avancée dans la lutte féministe.”Elle n’a pas d’option politique claire et les mouvements féministes doivent être autonomes” D’autres militantes ajoutent que Ni Putes Ni Soumises c’est du niveau « ras des pâquerettes ». “C’est presque sexiste, les méthodes qu’ils emploient“. Et le ras des pâquerettes, elles en ont ras la casquette, surtout lorsqu’un punk à chien s’approche du stand et dit « Moi, je suis pour les violences faites aux femmes ». Un punk, c’est tout.

Camille Lem





Ni putes Ni soumises au bord de la crise de nerfs

19 12 2007

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Jamila Alla-Belkyate, la Présidente du Comité Gironde Aquitaine de Ni putes Ni soumises, dénonce la «politique gauchisante» mise en place par quatre comités régionaux de l’association. Ils ont démissionné le 8 novembre dernier invoquant leur mécontentement suite à l’intégration de Fadela Amarra dans le gouvernement Sarkozy.

«Nous ne suivons pas cette ligne de convoitise de la tête du mouvement» voilà ce que répond Jamila Alla-Belkhyate aux quatre comités régionaux qui viennent de se dissoudre. Depuis sa création en 2003, l’association n’avait jamais connu une telle crise. Ces démissions trouvent leur source dans l’intégration de l’ancienne présidente de Ni putes Ni soumises dans le gouvernement de droite. «Ces comités ne parviennent pas à faire la part des choses entre l’individu et l’association, ils se servent de ce prétexte pour décrédibiliser le mouvement et l’associer à une étiquette politique» déclare Jamila. Ces démissionnaires accusés d’avoir mis en place une «politique gauchisante» placent le mouvement dans une position délicate et les obligent sans cesse à se justifier sur le choix de Fadela Amara. «Elle a tout à fait le droit d’intégrer un gouvernement et quelle que soit sa nature politique. Elle a démissionné de l’association et, à partir de là, nous n’avons plus de lien avec elle. Aussi, nous n’avons pas le droit de lui retirer toutes les actions qu’elle a soutenues. C’est tout de même elle qui a mis sur pied ce mouvement!» s’exclame Jamila.

L’association trace sa route bon gré mal gré

Cet épisode n’a pas remis en cause le bon déroulement de l’Université annuelle de Ni putes Ni soumises. Il a eu lieu le week-end du 10 septembre. La délégation girondino-aquitaine comprenait une quinzaine de membres sur 150 adhérents environ. Les comités présents ont reçu des femmes iraniennes, égyptiennes et pakistanaises. La condition des femmes dans les différentes sociétés était au cœur du débat. «Soutenir ces causes étaient beaucoup plus important qu’évoquer à nouveau le désordre semé par la minorité gauchisante» assure Jamila Alla-Belkhyate. Le mouvement refuse de se laisser influencer par cette crise et désire continuer à «combattre pour ses idées». Il n’en reste pas moins que cet orage démontre le malaise que Fadela Amara a installé au sein de NPNS. Désormais, tous comptent sur la nouvelle présidente intérimaire Sihem Habchi.

Gwladys Lescouzères

Ni putes ni soumises : infos générales
www.niputesnisoumises.fr

Ni putes ni soumises au coeur de l’actualité avec :
www.wikipedia.fr
www.liberation.fr/actualite/societe/





Touchez la borne… la musique libre est à vous

19 12 2007

Une première en France, une borne musicale appelée l’Automazic est mis à disposition des usagers à la médiathèque de Gradignan. Grâce à cette borne, on peut télécharger des milliers de morceaux musicaux. Un public éclectique, de la mère au foyer à l’ adolescent en quête de nouveautés musicales, peut trouver son bonheur sans passer par la case internet. Derrière cette initiative, le site Dogmazic spécialisé dans la musique de licence libre.

 

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A peine inauguré, l’Automazic séduit déjà d’autres médiathèques en France.

 

 

   Une première en France! Télécharger, partager, écouter en toute légalité sans sortir un sou de sa poche est enfin une réalité. C’est à la médiathèque de Gradignan que les accros du téléchargement peuvent dire merci. N’importe qui, abonné ou pas, peut avoir accès grâce à l’Automazic, une borne intéractive unique en son genre, à près de 2000 artistes soit 17 000 morceaux et 1 300 heures de musique: folk, pop, électro, country, classique… Il suffit simplement d’apporter sa clé USB ou un disque dur externe pour télécharger ou encore de graver sur un CD ou un DVD . Trois cent vingt giga de données soit des milliers de fichiers peuvent être stockés sur le disque dur de l’automazic. Installée à l’entrée de l’espace multimédia, cette borne mesure 1,3 mètre, son écran tactile est très facile d’utilisation. Sur le plan esthétique, elle a un look futuriste et personnifié: l’ écran rectangulaire a l’air d’écouter un morceau avec son casque audio! Depuis la mise en place de ce prototype il y a trois semaines, il y a eu plus de 1500 téléchargements. Florence Agert, habituée de la médiathèque, s’est elle-aussi laissée tenter grâce à un animateur qui lui a expliqué comment elle fonctionne. « Ca me sert à découvrir des groupes méconnus. Je les écoute et si ça me plaît, je les télécharge sur ma clé USB. Pour l’instant, je n’ai pas eu le coup de foudre pour un artiste en particulier  mais je ne désespère pas.»

Le combat du site dogmazic
Les musiques téléchargeables ne relèvent pas de la Sacem. Elles appartiennent tous à des artistes français qui ont une licence libre. C’est l’assocation Musique libre, spécialisée dans la diffusion et la défense de ces musiques qui est à l’origine du projet. Son site Dogmazic transfère quotidiennement les nouveautés musicales sur l’Automazic de la médiathèque de Gradignan. L’ association Musique libre non lucrative, domiciliée à Bordeaux et rassemblant des passionnés de musique de toute la France, a travaillé sur sa création durant sept mois. Un concept original pour enrichir le catalogue musical existant des bibliothèques françaises, donner une visibilité plus importante aux artistes qui ont fait le choix de diffuser leurs oeuvres en licence libre. Pour Medhi Akkouche, animateur multimédia du site Dogmazic « le but est de médiatiser des artistes peu répandus dans les mass médias qui n’ont pas les moyens de se faire connaître.”   L’automazic a été pensé et étudié en concertation avec certains responsables des médiathèques de France (ACIM). Il est sur le point d’être commercialisé dans toute la France. Six médiathèques et discothèques françaises ont déjà passé commande. Facile, légale et gratuite (dans un cadre non commercial), la musique libre est devenue un véritable enjeu dans le monde actuel du disque. Engagement idéologique ou choix pratique pour les artistes.

Aucun risque pour les droits des artistes en licence libre.  Sylvette Peignon, responsable du service musique à la médiathèque de Gradignan.

 

Christelle Juteau





Etudiants et fonctionnaires de France, unissez-vous!

17 12 2007

C’est devenu une tradition depuis le printemps 68. Les étudiants aiment à se retrouver dans les cortèges de leurs aînés. Main dans la main, pour une lutte qu’ils espèrent toujours finale. Ce fut le cas à Bordeaux, le 20 novembre, lors d’une grande fête nationale des fonctionnaires. Au menu des réjouissances cette année : non au “système Sarkozy”, non à la réforme des régimes spéciaux de retraites, abrogation de la loi Pécresse.

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“Le service public, c’est la République; la privatisation, c’est sa destruction”. Le 20 novembre dernier, tout ce que la France pouvait compter de fonctionnaires et de protestataires a investi les rues des grandes villes.
A Bordeaux, un cortège compact de 14 000 à 25 000 personnes selon les différentes sources, a défilé, suivant la boucle République-Gambetta-République.
Les manifestants sont unanimes : les combats des étudiants et des fonctionnaires sont étroitement liés. Même si certains tiennent à distinguer les combats. “Les mouvements doivent converger” assure Michel, enseignant et militant LCR. “Les attaques sont cohérentes face au tout libéral”. Besancenot, quand tu nous tiens…“De plus en plus d’étudiants sont salariés et on leur prépare un avenir précaire”. “Pour les étudiants, la retraite, c’est une vue de l’esprit”, poursuit-il avec humour.

PAS D’UNIVERSITÉ À DEUX VITESSES

Principal fer de lance de la bronca anti-gouvernementale, le mouvement étudiant était fortement présent dans la cohorte de manifestants. « Non à la loi REGRESSE, non à la privatisation ». Le message des “jeunes” est clair : ils ne veulent pas de cette réforme. Il faut la ranger au placard car elle représente un grave danger : celui d’apporter de l’argent frais à l’université française. La crainte de voir l’Etat se désengager des facs, au profit de leur autonomie croissante et de leur financement par des capitaux privés, est au coeur des contestations. Des inégalités entre universités verraient le jour. Et à l’intérieur même de celles-ci, certaines filières se trouveraient directement menacées de disparition pour cause de “non-rentabilité”. Bref, il est préférable de laisser croupir l’enseignement supérieur français.

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Comme en 2006 pour le CPE et en 2003 pour la réforme LMD, les campus français se sont donc mis en grève. A Bordeaux, trois universités sur quatre ont été bloquées durant plusieurs semaines par les étudiants en colère, tardivement rejoints par leurs cadets. Les lycéens se sont en effet invités à la fête. En tant que futurs étudiants et futurs prolétaires ou autres travailleurs précaires. L’occasion, pour eux aussi, de sonner l’hallali du gouvernement Fillon-Sarkozy. Ainsi, une délégation lycéenne manifestait bruyamment mardi 20.
Souvent sincèrement convaincus et apeurés par le discours marxisant des détracteurs de la loi, parfois galvanisés par l’idée de vivre un semblant d’agitation populaire, le millésime 2007 des étudiants français a cru bon de se mobiliser massivement. Mais, contrairement aux conflits précédents, le blocage des facultés a été très largement constesté, au nom de la liberté d’étudier. Comme dans un susrsaut de bon sens démocratique.

Ambiance dans le cortège et parole aux principaux concernés.

Le 20 novembre, les étudiants étaient excités comme des puces à l’idée de profiter d’un droit constitutionnellement reconnu (pour les travailleurs…). L’espace d’un mois, la nouvelle génération d’étudiants a jouit de son quart-d’heure de gloire. Elle a utilisé à bon escient une importante médiatisation pour faire valoir ses arguments.
Aujourd’hui, nombre d’établissements sont revenus à plus de sagesse. Les syndicats d’extrême-gauche (CNT, Sud notamment), brillants chefs d’orchestres d’une vaste manipulation de cerveaux adolescents, ont baissé la garde. Cette année, la violence des leaders gauchistes - à Rennes 2, le président Gontard a été blessé au visage par un coup d’extincteur, un enseignant a également été passé à tabac -, n’a pas eu raison de la masse étudiante, bien trop sensible, dans sa grande majorité, aux valeurs démocratiques et au respect de l’autre.

Géraud Bosman-Delzons





Elles grattent l’Histoire sous les toits du musée

17 12 2007

Un labo au quatrième étage du musée d’Aquitaine. Marina Biron, conservateur- restaurateur à l’Inrap (institut national de recherches archéologiques préventives) pose trois boîtes sur la paillasse. À l’intérieur des deux premières, une parure d’une élégance exceptionnelle : une boucle de ceinture mérovingienne.

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L’objet est en fer, plaqué argent. L’orfèvre y a incrusté un fil de métal pour dessiner un entrelas de cordes. « On appelle cette technique damasquiner » souffle Marina. Le contenu de la troisième boîte est indescriptible : une motte de terre ou de rouille dont la forme grossière, rappelle les proportions des boucles. « Normal sourit Marina, c’en est une aussi ! Nous n’avons pas encore eu le temps de la nettoyer. »

boucles-comparatif.jpgDes objets comme les boucles de ceintures, le laboratoire en regorge. Des épées, des céramiques, une quantité incroyable de monnaies et des fibules (broches). Tout nettoyer ? Impossible. Marina et Valérie doivent faire des choix. Pour le reste, direction les entrepôts de l’Inrap en attendant qu’un jour peut-être, quelqu’un se penche dessus.

 

 

 

 

Faire parler la terre

Première étape, connaître la forme de l’objet. Il faut un guide pour descendre les différentes strates de la corosion. Direction l’université d’antrhopologie et ses appareils de radiographie. Épaisseur, taille, forme exacte de l’objet apparaissent sur les clichés. Les dessins et les décors aussi. Un travail long et minutieux attend Marina et sa collègue Valérie.

La boucle de ceinture qui prvovient du Médoc, date du 6ème ou 7ème siècle. « Les archéologues l’ont trouvée dans la tombe d’une jeune fille, précise Valérie. Grace aux os du bassin, on sait qu’elle devait avoir une vingtaine d’années. » Premier diagnostic, la boucle est fissurée et était en contact avec le sol. Marina met sa casquette de chimiste « L’objet contient du sel (du chlorure de fer pour être précis). Il faut enrayer son action qui ronge la matière par un bain de soude. » La boucle risque de se déliter et de s’effeuiller.radio.jpg

Pour nettoyer, Marina et Valérie ont plusieurs cordes à leur arc : bistouri, petit tour électrique, bain d’acide et brosse légère. « Tout dépend du métal traité, explique Marina. L’argent par exemple est très souple. On se servira plutot du bain chimique pour ne pas l’abîmer. » Comme lors de fouilles, les couches sont enlevées les unes après les autres. La conservatrice s’arrête à la patine, elle ne descend jamais jusqu’au métal. « Il faut respecter la vie de l’objet, le passage du temps, estime Marina. Je ne dois pas le réparer ni de lui donner un aspect neuf. » Sourire aux lèvres, elle ajoute : « Mon métier est de faire parler les objets. »

Vu sur les paillasses des labos

Entre les produits chimiques et les outils, le laboratoire est un vrai musée. Beaucoup d’objets en cours de nettoyage ne seront pas exposés avant plusieurs annnées (certains même jamais…). Mais tous ont une histoire ou un secret que nos deux conservatrices font revivre. Donc avis aux curieux, click and see !

Clé alambiquéeLes couleurs du daliumÔ mon trésor…

Merveilleuses fibulesLe mystère de la céramiquePointe de lance en péril

Pierre Saulnier





Tartare au Bar des Capus

11 12 2007

Samedi soir. Il est une heure du matin. Les bars de Bordeaux vont bientôt baisser leur rideau. Au milieu d’immeubles noirs de suie; coincé entre le restaurant universitaire des Capucins et le cours de la Marne, le Bar des Capus va rester ouvert pendant trois heures encore.
L’entrée du bar est peu engageante. Les murs en crépi sont d’un vert douteux et l’éclairage au néon ne joue pas en la faveur de ces lieux; la radio diffuse un tube périmé d’Indochine. Sur le bar, un bouquet d’hortensias fânés constitue le seul élément de décoration . La présence de ce vase semble incongrue en ces lieux où la clientèle est en majorité masculine.

“On restait parfois jusqu’à dix heures du matin.”

Ludovic, le patron, est assis à table avec deux clients. L’un d’eux, Laurent, est boulanger cours de la Marne. Il passe souvent manger ici avec Jacques, son expert comptable. “J’ai commencé à venir dans les années soixante-dix, explique Jacques. J’étais étudiant et l’été je gagnais un peu d’argent en déchargeant les camions qui livraient le marché. Vers trois quatre heures du matin, quand on avait fini le boulot on cassait la croûte au Bar des Capus. On pouvait rester ici jusqu’à dix heures du matin.
Depuis quelques années, Ludovic est obligé de fermer à quatre heures et l’ambiance a bien changé. Les commerçants du marché rechignent à venir. “Maintenant ils arrivent avec leur thermos de café et leurs sandwiches, confie-t-il. Alors on ne les voit plus. Les chauffeurs de taxi, les fêtards et les insomniaques ont pris leur place.

Ce samedi soir, il fait froid. Les clients ne se bousculent pas à la porte du troquet. Quatre personnes mangent au font de la salle, près de la cuisine. Plus loin, un couple dîne en tête à tête. Tout à l’heure, un groupe de touristes asiatiques viendra se restaurer; ainsi qu’une troupe de théâtre qui profite des horaires décalés du Bar des Capus pour décompresser après sa représentation.
Un homme, assis seul à une table face au bar, attire l’attention. Il s’appelle Pascal Bonaly et précise -d’un air faussement détaché- qu’il est de la famille de l’ancienne championne de patinage artistique que presque tout le monde a déjà oubliée. Son apparence détonne un peu au milieu des autres clients. Au premier abord, on dirait qu’il sort tout droit des années soixante, à l’ouverture du bar. Mais très vite on s’aperçoit que sa ringardise est extrêmement travaillée. Pull à col roulé crème sous un costume bleu électrique, il arbore une longue chaîne dorée ornée d’une croix autour du cou. De nombreuses bagues clinquantes et des bracelets complètent sa panoplie. Un lévrier “offert par l’ambassadeur de Hongrie à Paris“, l’accompagne. Le chien est paré d’un élégant boa noir autour du cou.

A peine son tartare fini, Pascal se lève et débarrasse la table. Il la nettoie, se dirige vers la cuisine et en revient avec tout le nécessaire pour dresser une nouvelle table. Pourtant, il confie être un tout nouveau client du Bar des Capus. “Je vis à Bordeaux depuis plusieurs années mais je n’ai découvert cet endroit qu’il y a dix jours. J’y repasse souvent car le patron est sympa et ça détonne un peu ici. Bordeaux est vraiment une ville de bourges. Je suis juste client mais comme Ludovic est souvent au four et au moulin, je l’aide à mettre le couvert, explique-t-il quand on s’interroge sur sa fonction au sein du restaurant.”

“On ne s’y rend pas pour le cadre!”

L’endroit est très laid, ajoute Pascal. C’est sûr on vient plus pour le contenu des assiettes que pour la chaleur des lieux. Je suis décorateur d’intérieur. C’est moi qui ait apporté les fleurs, déclare-t-il, pas peu fier de lui.” Il en profite pour préciser que c’est la chanteuse Dany, dont il a été assez proche qand il vivait à Paris, qui lui a transmis sa passion pour les bouquets. On n’ose lui répondre que, malgré la notoriété de sa source d’inspiration, ces petites touches bucoliques ne suffisent pas à rendre l’entroit plus délicat.

Mais qu’est-ce qui peut bien attirer les gens au Bar des Capus puisque, de l’avis général, on ne s’y rend pas pour le cadre? “On vient ici parce que c’est bon, et pas cher, répond une étudiante en anthropoligie qui fait découvrir les lieux à sa famille venue de Toulouse. Avant il y avait plus de restaurants ouverts tard dans la nuit autour des Capus, comme Chez Mathilde. Maintenant la plupart ont mis la clé sous la porte. Il y a bien Le temps des copains mais l’ambiance y est moins sympa. Et le Cochon Volant, juste à côté, est beaucoup plus cher et bien trop bobo.

La plupart du temps c’est le bouche à oreille qui fait que ce lieu est souvent plein le week-end. Adresse bien connue des bordelais de souche, les étudiants et les gens de passage découvrent en général cet endroit par le bouche à oreille. “Au début, on se demande où on est tombé, explique un groupe d’amis attablé devant une entrecôte. Mais l’ambiance est plutôt marante. Et en plus c’est une bonne adresse pour se restaurer après avoir trop bu à une fête, confient-ils.”

Ce n’est pas André, fidèle au bar depuis des années qui les contredira. Accoudé au comptoir, il sirote son balon de rouge. Cet habitué est capable d’entamer une conversation surréaliste, mélant courses hippiques et vie estudiantine, avec le premier venu. Une chose est sûre en tout cas, si la municipalité décide de restreindre encore les horaires d’ouverture du Bar des Capus, il sera là pour apporter son soutien au patron.

Tiphaine Le Roy