Total Heaven, magasin de la musique équitable
30 11 2007
Derrière une façade de garage en tôle, en retrait de la place de la victoire, se cache un trésor bordelais. “From punk to funk”, le magasin de musique indépendant Total Heaven propage son éclectisme depuis 1996. Des bacs à cd et à vinyl à foison dans une déco vintage, Total Heaven c’est aussi une antenne culturelle bordelaise. Entrée dans un univers parallèle.
La musique est forte, c’est du rock, une autre fois, ce sera du hip hop. La bouille du vendeur nous sourit, « bonjour ». Les murs sont envahis de vinyls, d’affiches de concert et de posters en tout genre. Il n’y a pas à dire, quand on entre dans le magasin Total Heaven, l’impression est forte. On y déambule, notre oeil s’arrête sur le flipper apposé à un mur ou sur l’immense affiche glam des Cramps ; on passe devant l’arrière salle où s’amassent des dizaines de cartons. Des flyers trainent un peu partout, on n’a pas encore mis la main sur un cd qu’on est déjà invité à passer une soirée spéciale dans un salle des environs.
Qu’on se le dise, Total Heaven, c’est plus qu’un magasin. C’est un centre d’informations pour tout évènement local dont il est souvent le partenaire. C’est aussi un acteur de la vitalité de la scène bordelaise depuis qu’il organise des concerts dans l’une des salles semi-associatives de la ville comme le Son’Art ou El Inca. “Faire connaître des groupes qu’on aime bien, qui n’ont pas trop tourné à Bordeaux” nous dit Xavier, l’un des deux responsables.
Avec Martial, ils sont là depuis le début et vivent tant bien que mal de leur passion. Les concerts organisés ? Souvent à perte. Peu importe, le 22 décembre prochain, à l’Heretic, il y aura bien la septième Total Heaven Party. Peu importe parce que c’est aussi là que se construit la réputation de Total Heaven, là que se tisse un réseau local exemplaire, une vraie toile d’araignée culturelle. Partant l’omniprésence de Martial. Rédacteur au fanzine 33tours, animateur à la radio NovaSauvagine, dj en soirées spéciales. Le 26 septembre dernier, à la salle du Krakatoa, au concert de l’artiste émergent Yacht, qui se trouve à ses cotés à la séance de dédicace ? Prénom : Martial, nom de famille : le parrain.
Pas un consommateur lambdas
C’est ainsi en propageant l’esprit du magasin hors de ses murs que Total Heaven établit une relation particulière avec les clients. Si bien que certains, exilés dans une autre région de la France continuent de commander par correspondance depuis ce magasin. Des commandes parfois même anticipées par Xavier et Martial, jamais avares en conseil. Il n’est certes pas facile de résister à leur enthousiasme pour tel ou tel artiste. Alors on traine, accoudé au bureau, discutant de choses et d’autres, pas forcément musicales.
Une sorte de café du commerce où la proximité avec le client est reine. Ce dernier n’est pas un portefeuille, consommateur lambdas pareil à mille autres. Qui a dit pas comme à la FNAC ? La poignée de main vigoureuse de Xavier en atteste…
D’après Stéphane, un client, on vient aussi par engagement : “ici, tu soutiens la musique”. Alors que la crise du cd fait rage, la prise de conscience du passionné entre en jeu. Il lutte à sa manière contre l’hégémonie des grands magasins, un peu comme on consomme des produits du commerce équitable, le passionné fait ses courses à Total Heaven.
Xavier fait d’ailleurs le parallèle avec l’Utopia, haut lieu de la combinaison entre culture et engagement :
Mais si le cinéma est réputé pour sa clientèle branchée, le magasin indépendant s’attache à s’adresser à tout le monde. On y trouve de la musique grand public comme des inédits introuvables même sur internet ; du death metal à l’electro en passant par la musique ethiopienne. Comme le dit Xavier, « pas la peine de faire un autre magasin pour trouver du punk ou du jazz, y’en a ». Quitte à faire de l’ombre aux autres magasins de musique indépendants. Total Heaven n’a pas que le monopole du coeur.
Antoine Mairé