
“Au début j’ai eu du mal, c’est dur de leur parler”, lâche Jonathan, 19 ans. « Ce qui est difficile, c’est qu’on n’a pas de retour de leur part, car comme ils n’ont pas toute leur tête, parfois, ils ne réagissent pas », confirme Marion, 23 ans. Malgré l’envie et la conviction d’être utile, le choc des générations existe bien. Depuis un mois, huit jeunes se rendent toutes les semaines à la maison de retraite Villa Pia, près de la barrière Saint-Genès à Bordeaux. Volontaires de l’association Unicités à plein temps pendant 9 mois, ils animent, deux fois par semaine, les après-midis des personnes âgées, pour la plupart « désorientées » ou touchées par la maladie d’Alzheimer. Un environnement pas toujours évident, comme en témoigne Marion.
Des ateliers d’écriture pour rattrapper les souvenirs
Au menu, jeux de cartes, lotos, quizz musicaux, confection de marionnettes ou, justement, jeux de mémoire. Greg, qui du haut de ses 26 ans est le doyen de la promotion Unicités, a initié un atelier d’écriture un peu particulier.

Quelques-uns des jeunes volontaires tentent de coucher sur papier les souvenirs des anciens, avant qu’ils ne s’enfuient pour de bon. Aliette partage ainsi ses tranches de vie avec Marion.
Goûter-poème et théâtre
Ce jeudi après-midi, c’est « goûter-poème ». Les volontaires ont préparé une mini-pièce de théâtre, faisant vivre les personnages du Bateau ivre de Rimbaud. Pour l’occasion, Marjorie, Pauline, Jonathan et Nicolas ont confectionné des costumes avec les moyens du bord. Au rythme des rimes et des rires, les visages usés s’illuminent.
Mais l’ambiance retombe lorsque l’animation suivante a du mal à partir, et il faut meubler…Greg déclame alors ses rimes très personnelles aux oreilles parfois déficientes de son public. Et fait découvrir le slam à une génération qui n’en avait jamais entendu parler. Palliant une organisation hasardeuse, le jeune homme assure le spectacle à lui tout seul.

Il a sans doute conservé son aisance naturelle de ses années passées à vendre de la charcuterie sur les marchés. Comme quelques-uns de ses collègues, Greg travaillait avant de devenir volontaire. Les autres étaient, pour la plupart, étudiants, plus ou moins assidus. Tous avaient un point commun : un avenir professionnel flou. Avec cette expérience, ils redécouvrent un rythme de travail intense.
Un véritable projet d’avenir
Le groupe ne donne pas dans l’amateurisme associatif. Une journée par semaine, les volontaires sont encadrés par Nicolas Bienvenu, chargé de formation pour Unicités Aquitaine. Sa misssion : préparer les jeunes aux situations de travail et les épauler dans la recherche d’un projet d’avenir. Au fil des rendez-vous individuels, les parcours et les envies s’afffinent, les personnalités se découvrent. Après cette année singulière, c’est sûr, jeunes et anciens ne seront plus tout à fait les mêmes.
Géraldine Houdayer