Bordeaux, ville sans tags mais pas sans graffeurs

3 déc

La mairie a déclaré la guerre aux tags. Pour être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville ne pouvait laisser ces signatures sur les immeubles. Mais cette tolérance zéro ne s’applique heureusement pas aux graff’, véritables œuvres d’art offertes au regard de tous.

La politique de propreté des murs menée par la ville a un coût : déjà 2,5 millions d’euros. Un service actif opère tous les matins dans le centre-ville (délimité par la rue Peyronnet, les cours et les quais). Sept agents municipaux sillonnent les rues pour effacer chaque tag réalisé dans la nuit. Hors de ce secteur, ce sont des entreprises privées qui s’évertuent à traquer toute trace de ces signatures faites à la bombe de peinture.
Lorsqu’une plainte est déposée contre une dégradation, les employés du service “graffiti, mobilier urbain” prennent une photo de la façade concernée pour évaluer les dégâts.

Tant qu’il y aura des tags
Richard Etchecopar dirige, depuis 10 ans, le service municipal en charge du secteur de l’hyper-centre. Il est fier des techniques qu’utilisent les agents pour nettoyer les murs tout en préservant, bien sûr, la qualité de la pierre. Et le travail ne manque pas : rien que pour le mois de septembre 2007 ce sont 5 000m² de façade qui ont été lavés. La surface traitée est quasiment la même chaque mois mais M. Etchecopar n’en est pas pour autant blasé. Il reconnaît en souriant qu’entre son équipe et les taggeurs c’est une histoire sans fin: taggé, un mur est aussitôt nettoyé et ce mur vierge de toute inscription devient pour le coup un terrain idéal pour une signature à la bombe.
Le tag ne disparaitra pas de Bordeaux, il ne le sait que trop bien : il connait l’histoire et l’objectif du graffiti. Comme il l’explique, le service municipal continue son action, indéfiniment, inlassablement.


sur le cours victor Hugo, un tag oublié par les services municipaux

Sur le cours Victor Hugo, ce tag perdure. Un oublie des services municipaux?

Du tag aux expos : de Nicolas à NeroneNérone, auto portrait

Nicolas, autoportrait

Nicolas joue dans l’autre camp, côté obscur… Il s’est initié au tag alors qu’il n’était que collégien : déjà 10 ans qu’il personnalise les murs, à Mérignac puis sur toute l’agglomération aujourd’hui.

A ses débuts, il n’apposait qu’une signature sur les murs : un tag pour montrer à ses pairs qu’il était passé par là. “C’est la base du graff’”. Mais des petits soucis avec la mairie l’ont obligé à délaisser le tag. Les nettoyages répétés des services municipaux l’amusent… Même s’il en sourit encore aujourd’hui, il avoue tout de même que “c’est frustrant quand un mur fraichement taggé dans la nuit est déjà nettoyé au matin. Il n’y a plus aucun intérêt à faire des tags. Et personnellement, je ne fais plus rien d’illégal, je suis passé à autre chose.”

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C’est désormais sous le nom de Nerone qu’il signe ses œuvres. Plus question de simples lettrages réalisés à l’arrache dans la nuit, il réalise de réelles œuvres d’art. Car le graff’ a su se faire reconnaître en tant que tel. Sur commande, il bombe les murs de magasins, de bureaux, de particuliers…

modif7.jpgcommande cabine chantier
Chaque commande est différente. Nerone s’adapte autant aux supports qu’aux sujets.

Le graff’ est prisé par beaucoup de particuliers. Nerone a trouvé son créneau : être rémunéré tout en exerçant sa passion. La semaine, Nicolas poursuit ses études en communication visuelle -quoi de plus normal- à LIMA (école supérieure d’Artdesign). Le week-end, Nerone graffe… pas toujours d’ailleurs ce qui lui plaît : “les personnes préfèrent les fresques aux lettrages. C’est pourtant la base du graff’. Perso je suis pas toujours fier de ce que je fais, mais bon c’est le client qui choisit”

Le graff’ est désormais accepté comme bien culturel. Pour preuve, en 2004, Nerone avait été le graffeur sélectionné par Nov’Art en 2004 pour exposer ses créations… l’expérience a été très positive. Pourtant, cette année, nul graffeur dans la programmation du festival. Aussi inexplicable que regrettable.

Mais pour la promotion, rien ne vaut Internet. “Être visible sur le web pour être visible sur les murs”, Nerone en est persuadé. Ses performances graphiques sont filmées, postées sur Youtube et Dailymotion…et reprises ensuite sur les blogs des jeunes adeptes. Le monde du graff’ vit sur la toile et c’est logique : des artistes jeunes pour un public jeune. C’est pour cela que Nerone lance enfin son site internet (bientôt sur www.nerone.fr), pour remplacer sa page My Space.

Nerone élargit sa visibilité sur le net et il sait que son univers continue d’évoluer. Le graff’ se marie parfaitement avec les autres disciplines du “street spirit”. Les artistes l’ont bien compris : Nerone a lui monté le collectif “Le Coktail, composé de huit personnes, amis. Mêlant le graff’ mais aussi le hip-hop, l’électro, la vidéo, Le Coktail multiplie les soirées sur Bordeaux: soirée à l’Hérétik Café à la fin d’octobre, soirée Live at home au Son’art le 30 novembre… Le collectif d’amis prépare aussi une expo-concert au Comptoir du Jazz pour le mois de mars.

Mêler le graff’ à la musique hip-hop ou électro, le tout sous format vidéo (Coktail TV) posté sur le net : Nerone et Le Coktail sont et font l’avenir des arts, appelés par certains “arts de rue”.

Amélie Baron

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