Le fonctionnement démocratique des Assemblées Générales étudiantes organisées pour prendre position sur la loi Pécresse dans les dernières semaines a été très largement contesté. Qu’on soit pour ou contre le blocage des universités, les voix se sont élevées pour dénoncer le non-respect de la liberté de parole. Alors, peut-on tout dire à une AG? Ou s’agit-il de méthodes “staliniennes”, comme on a pu l’entendre? Exemple concret avec l’AG de Bordeaux 3 le vendredi 16 novembre.
Organisation sans faille.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Six étudiants sont à la tribune, et leurs rôles sont bien répartis : un “présentateur en chef”, un analyste de la loi, les autres étudiants s’occupant de l’organisation matérielle. Tout cela n’est pas improvisé, si ce n’est une sono capriceuse. Les tours de parole sont respectés.
Une tribune organisée et méthodique.
Un micro, plusieurs étudiants.
Le moteur tourne bien : il y aura quatre temps lors de cette AG. Présentation de la loi, débat sur la loi, débat sur les modalités d’action, et enfin vote “spatial”, c’est-à-dire en se dirigeant vers une porte définie selon son opinion. C’est surtout lors des débats et du vote que le caractère démocratique des AG est remis en cause. Les débats sur la loi commencent. Un cheminot solidaire et un étudiant parlent de capital et de privatisation des facs. Le public -2000 personnes sur le parvis- approuve bruyamment. Un autre défend mai 68, une étudiante tchèque constate le délabrement de l’université et milite donc pour l’entrée de fonds privés à l’université. Son propos est respecté. Seul incident, un étudiant en droit se lance dans une tirade anti-blocage : son micro est coupé après deux avertissements, car il ne respecte pas le protocole prévu. On l’invite à revenir parler plus tard, lors du débat sur les modalités d’action.
Julien défend l’héritage de mai 68 et l’espace de liberté universitaire :
David s’attaque à la loi Pécresse et se fait le héraut des petites facs :
Nadia, étudiante tchèque, s’inquiète de l’état des universités et légitime la loi Pécresse:

Parmi le public, des opposants au blocage s’expriment librement.
Finalement, la parole est plutôt libre, et les réactions marquées du public n’empêchent pas le bon déroulement de l’AG. Des étudiants opposés au blocage brandissent des pancartes, d’autres donnent de la voix pour soutenir leur ami, amusés de voir celui-ci jouer au tribun. Le vote final donnera raison aux bloqueurs, aux deux tiers environ, après un vote clair et incontestable, même si il ne se déroule pas à bulletion secret. Les discussions passionnées se poursuivent sur le parvis. On est bien loin de l’image d’une université sous tension, d’une AG expéditive. Ce jour-là, Bordeaux 3 a été bloquée, et toutes les parties ont pu s’exprimer. La démocratie est sauve, au moins pour cette fois.
Et ailleurs?
Si cette Ag à Bordeaux 3 s’est plutôt bien, déroulée, il n’en a pas été de même lors des différentes AG organisées dans les universités françaises. Un petit tour d’horizon des vidéos sur la toile en témoigne:
A Dijon, le vote semble pour le moins désorganisé : http://fr.youtube.com/watch?v=_P-RaD-OgVo
Situation tendue à Lille 3 où un étudiant virulent se fait sortir : http://fr.youtube.com/watch?v=VGz5xPVQKrQ&feature=related
Reportage réalisé par Benjamin König.
