La Vélorution sinon rien !
9 12 2007
Fin novembre, Bordeaux a reçu le titre de «première ville cyclable de France». Pur coup de bluff pour les adeptes de la bicyclette. Samedi 1er décembre, ils ont manifesté dans le centre-ville. Pour Fred, Sarah et les autres, il est temps que le vélo fasse sa vraie révolution.
«L’homme est descendu de l’arbre, il doit descendre de sa voiture ! L’évolution n’est pas terminée !». L’écriteau, accroché sur le porte-bagage d’un vélo, fait sourire les passants de la Place de la victoire. Il est 15h et la Vélorution va bientôt démarrer. Pour la seconde fois cette année, la bicyclette va détrôner l’automobile, le temps d’une manifestation. Avant le départ, on prépare l’objet de toutes les luttes. Un atelier réparation s’improvise : on regonfle un pneu, on change une chambre-à-air, on accroche un garde-boue… Certains ont même apporté guirlandes, ballons et tulle de couleur pour décorer leur vélo. Le rassemblement prend des airs de fête. Certains sont perchés sur des échasses, un autre sur un monocycle. On en oublierait presque les raisons de la mobilisation. Mais très vite, les pancartes se déplient, les cyclistes se mettent en selle et les slogans sont criés à tue-tête : «La bagnole… ça pue, ça tue et ça pollue !».
«Une action symbolique et libre».
Frédéric est artiste jongleur et fait partie du collectif informel à l’origine de l’évènement. Une manifestation pas vraiment organisée qui ne dit pas son nom. «Vélorution n’est pas une association et on ne peut pas parler de manifestation, il s’agit d’une action symbolique et libre».
Explications
En bon vélorutionnaire, Frédéric dénonce la «tyrannie de l’automobile» en milieu urbain. Pour lui la ville idéale est sans voiture. Mais tous les manifestants n’ont pas un avis aussi tranché sur le sujet. Alain, jeune retraité, refuse l’opposition systématique aux transports motorisés : «Il faut que tous les usagers puissent se supporter. Le problème c’est que les conditions ne sont pas toujours réunies : à Talence, de part et d’autre du tram, les voitures et les vélos doivent circuler dans une voie de 3m !». Cohabitation ou non avec les automobilistes, peu importe. Le jour de la manif, on bloque les voitures ! «On va pas se ranger en file indienne de 500m, ça n’a aucun intérêt, le but du jeu c’est quand même de faire chier l’automobiliste !», lance un manifestant, non sans cynisme. Ainsi les 80 cyclistes perturbent joyeusement la circulation tout en distribuant des tracts. Klaxons contre sonnettes, le concert bat son plein.
Une «Marianne d’or» pour Juppé.
Fin novembre, Alain Juppé a été récompensé pour avoir fait de Bordeaux «la première ville cyclable de France». A Vélorution, on juge que «c’est totalement démesuré». Sarah a fait des études d’écologie à Bordeaux I. Pour elle, «la ville n’accorde pas encore assez de place aux cyclistes». Pourtant, en 2003, Bordeaux était la première ville en France à créer une «Maison du vélo» pour organiser le prêt gratuit de bicyclettes.

Pour circuler en ville, Pierre-Yves a trouvé l’engin idéal : un vélo «bent» ou «couché». Un moyen de transport on ne peut plus alternatif…
Explications
Un système Vélib est à l’étude pour 2008, ce qui permettrait d’accroitre l’offre de vélos sur Bordeaux. Pierre-Yves approuve le principe : «Plus de vélos c’est forcément bénéfique, mais il faut aussi améliorer les aménagements cyclables». Et de constater, après 1h30 de parcours : «le mauvais état des bandes cyclables n’incite pas les automobilistes à laisser leur voiture au garage».
Reportage réalisé par Jonathan LANDAIS.