Un labo au quatrième étage du musée d’Aquitaine. Marina Biron, conservateur- restaurateur à l’Inrap (institut national de recherches archéologiques préventives) pose trois boîtes sur la paillasse. À l’intérieur des deux premières, une parure d’une élégance exceptionnelle : une boucle de ceinture mérovingienne.

L’objet est en fer, plaqué argent. L’orfèvre y a incrusté un fil de métal pour dessiner un entrelas de cordes. « On appelle cette technique damasquiner » souffle Marina. Le contenu de la troisième boîte est indescriptible : une motte de terre ou de rouille dont la forme grossière, rappelle les proportions des boucles. « Normal sourit Marina, c’en est une aussi ! Nous n’avons pas encore eu le temps de la nettoyer. »
Des objets comme les boucles de ceintures, le laboratoire en regorge. Des épées, des céramiques, une quantité incroyable de monnaies et des fibules (broches). Tout nettoyer ? Impossible. Marina et Valérie doivent faire des choix. Pour le reste, direction les entrepôts de l’Inrap en attendant qu’un jour peut-être, quelqu’un se penche dessus.
Faire parler la terre
Première étape, connaître la forme de l’objet. Il faut un guide pour descendre les différentes strates de la corosion. Direction l’université d’antrhopologie et ses appareils de radiographie. Épaisseur, taille, forme exacte de l’objet apparaissent sur les clichés. Les dessins et les décors aussi. Un travail long et minutieux attend Marina et sa collègue Valérie.
La boucle de ceinture qui prvovient du Médoc, date du 6ème ou 7ème siècle. « Les archéologues l’ont trouvée dans la tombe d’une jeune fille, précise Valérie. Grace aux os du bassin, on sait qu’elle devait avoir une vingtaine d’années. » Premier diagnostic, la boucle est fissurée et était en contact avec le sol. Marina met sa casquette de chimiste « L’objet contient du sel (du chlorure de fer pour être précis). Il faut enrayer son action qui ronge la matière par un bain de soude. » La boucle risque de se déliter et de s’effeuiller.
Pour nettoyer, Marina et Valérie ont plusieurs cordes à leur arc : bistouri, petit tour électrique, bain d’acide et brosse légère. « Tout dépend du métal traité, explique Marina. L’argent par exemple est très souple. On se servira plutot du bain chimique pour ne pas l’abîmer. » Comme lors de fouilles, les couches sont enlevées les unes après les autres. La conservatrice s’arrête à la patine, elle ne descend jamais jusqu’au métal. « Il faut respecter la vie de l’objet, le passage du temps, estime Marina. Je ne dois pas le réparer ni de lui donner un aspect neuf. » Sourire aux lèvres, elle ajoute : « Mon métier est de faire parler les objets. »
Vu sur les paillasses des labos
Entre les produits chimiques et les outils, le laboratoire est un vrai musée. Beaucoup d’objets en cours de nettoyage ne seront pas exposés avant plusieurs annnées (certains même jamais…). Mais tous ont une histoire ou un secret que nos deux conservatrices font revivre. Donc avis aux curieux, click and see !
Pierre Saulnier