Lieu d’accueil, de soin, de prévention et de prise en charge, le centre d’étude et d’information sur les drogues (CEID) vient en aide aux toxicomanes. Avec deux autres associations, il a décidé de créer Caan’abus*, un lieu d’écoute réservé aux jeunes à Bordeaux. Rendez-vous dans les locaux.
Un vendredi après-midi, la salle d’attente est vide, le bureau de Caan’abus parait désert. Affiches de campagnes contre l’alcool et les drogues chez les jeunes…On est au bon endroit. Et si un doute subsistait, le message sur le répondeur d’un père “affolé parce que son fils est en train de replonger” le confirme. Climat refroidi. Mais l’accueil chaleureux de François Richard, éducateur spécialisé, met à l’aise. C’est bien ici que les jeunes viennent parler de leurs problèmes d’addiction. L’essentiel des consultations et des visites sont le mercredi après-midi, emploi du temps scolaire oblige. Le reste de la semaine est plus calme, d’où l’aspect fantomatique de l’endroit. François, un des piliers de Caan’abus, explique : “Ici on n’est pas forcément dans une démarche de soins complets mais dans une prise en charge plus rapide“. Les gens qui viennent n’ont pas obligatoirement des dépendances avérées mais ils sont dans une consommation à risque. Certains veulent juste des informations. “Le but est de s’exprimer avant que ça ne soit trop grave, mais si une personne souffre d’une pathologie grave, elle sera conduite vers des centres spécialisés“.
Une réticence à parler
C’est devant la demande croissante de prise en charge des plus jeunes que Caan’abus a été créée en 2003. La structure est aujourd’hui gérée par trois associations, le centre d’étude et d’information sur les drogues (CEID), l’association nationale pour la prévention en alcoologie et l’addictologie (ANPA) et le centre de soins aux toxicomanes de l’hôpital Charles Perrens à Bordeaux.
La plupart du temps les personnes en difficulté ne sont pas dans une démarche de soin. Elles sont plutôt orientées par les parents, les lycées, les institutions ou la justice. C’est le cas de Benoît, 23 ans. Son contrôle judiciaire l’oblige à venir chaque semaine pour une dépendance au cannabis, même s’il “n’a plus fumé depuis sa sortie de prison“. En sortant de la salle de réunion après sa deuxième consultation, il est soulagé : “Ca se passe bien, mieux que je ne le pensais“. Avec François, il essaie de comprendre les causes de son ancienne addiction. L’association peut aussi recevoir et accompagner psychologiquement les familles, sans avoir vu l’enfant. Beaucoup de premiers contacts sont téléphoniques.
Alcool, meilleur ennemi des jeunes
Au cours de ces dernières années, les éducateurs ont pu remarquer une évolution des consommations chez les jeunes. La moyenne d’âge des premières expérimentations baisse. Si la cigarette et le cannabis restent assez stables, l’alcool connaît un succès croissant. Beaucoup d’adolescents ont des usages problématiques avec cette drogue : ivresses répétées et “binje drinking” (traduisez biture expresse). Des pratiques que l’on trouvait surtout chez les anglo-saxons et qui débarquent en France.
Laurence Garcia est éducatrice spécialisée depuis vingt ans et responsable formation/prévention auprès des jeunes. En consultation elle en voit “de plus en plus qui avouent sans problème que leur but est de se défoncer la tête“. Ils s’alcoolisent en début de soirée et de façon excessive, allant même jusqu’à organiser des concours de comas éthyliques. “La cocaïne aussi se démocratise, on a plus de demandes” ajoute François, “surtout dans les milieux festifs“.
Les dépendances sans substances existent aussi, bien que beaucoup moins fréquentes. Ce sont souvent des loisirs, des comportements source de plaisir qui peuvent virer à l’obsession. On peut citer l’addiction au sport, surtout pour les jeunes sportifs en devenir. Mais aussi aux jeux vidéo. Laurence a fait cette année une conférence sur les cyber-addictions. Elle a pu rencontrer des “gamins no life” qui passaient leur temps sur leurs “bécanes“. “Pour le moment cela reste anecdotique mais c’est une problématique montante” ajoute-t-elle.
Aujourd’hui les éducateurs considèrent qu’un jeune a un problème à partir du moment où “la recherche du produit passe avant la vie sociale”. Mais également quand les quantités consommées augmentent considérablement et rapidement… A méditer.
Marine SCHERER
* Caan’abus,
130 Cours Alsace-Lorraine, 33000 Bordeaux
Mercredi au vendredi, 12h-17h
05 56 01 25 66
Tags:aide aux toxicomanes, ANPA, binje drinking, Bordeaux, Caan’abus, CEID, problèmes d’addiction

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