ARBITRAGE (3/3). Portrait de Pierre-Marie Brobeck

4 jan
«  J’avais 15 ans et l’envie de découvrir autre chose. Aujourd’hui, je ne regrette pas du tout mon choix ». Du haut de ses 21 ans, le jeune homme parait serein, sûr de ses choix et de ses convictions. Pierre-Marie Brobeck a débuté l’arbitrage en décembre 2003. Pour cet étudiant en Master d’Histoire à l’Université de Besançon, devenir arbitre s’est fait de façon naturelle : « J’ai d’abord choisi mon club (Bavilliers), et j’ai proposé ma candidature. Après les cours de théorie, on est envoyé sur le terrain». Les débuts ont pourtant eu une saveur particulière : « Lors de mon premier match, j’ai arbitré des jeunes que je connaissais. C’est bizarre, on l’impression de passer du côté des traîtres. On se demande ce qu’on fait là ! ». Mais gare aux apparences, derrière ce blondinet timide et réservé se cache une véritable bête des terrains au caractère bien trempé, et qui n’hésite pas à rugir en cas de besoin « Etre arbitre, c’est être un peu schizophrène. On peut être complètement timide dans la vie et devenir quelqu’un d’autre quand on entre sur la pelouse. C’est une double personnalité ». Le stress, la pression, l’intimidation, Pierre-Marie ne connaît pas. Il faut dire que ce natif de Besançon est un beau bébé : 1m87 pour 79 kilos, de quoi faire régner le silence sur la pelouse, comme sur le banc de touche. Pour ça, pas besoin de « cartonner », comme on dit dans le métier. Cartons jaunes ou rouges, Pierre-Marie n’en distribue « que » deux par match en moyenne.
« Une école de la vie »

« Celui-là, c’est une pièce de collection !», confie le jeune arbitre en arborant fièrement ses écussons qu’il accroche chaque week-end sur son maillot. Fierté compréhensible, c’est le travail de toute une jeunesse, le fruit de centaines d’heures consacrées à parcourir la plupart des terrains franc-comtois qui n’ont aujourd’hui plus de secrets pour lui. Mais pour ce Jeune Arbitre Fédéral

qui touche du doigt le monde du haut niveau, la fonction d’arbitre ne se résume pas simplement à l’aspect sportif : « A court terme, l’arbitrage nous amène au bout de nos performances physiques, mais à long terme, c’est une école de la vie. On doit en 90 minutes cerner toutes les personnes autour de soi, reconnaître le bon et le méchant ». Et lorsqu’il évoque la situation actuelle de l’arbitrage amateur, il a aussi un avis bien tranché : « la situation est préoccupante. Ce qui augmente le plus, c’est la violence des spectateurs. Une fois, pendant un match amateur, un spectateur est entré sur le terrain pour frapper l’arbitre central. L’arbitre est devenu un gladiateur qu’on agresse dans l’arène ». La violence sur les terrains, Pierre-Marie l’a subi relativement peu. L’homme en noir n’en est pas moins critique envers ses instigateurs. «La violence est favorisée par ce que donne la télévision. Les journalistes et consultants déchaînent les foules. C’est en justifiant les violences des grands joueurs que les jeunes se dechaînent sur le terrain le dimanche ». « Comment vous voyez-vous dans dix ans ? » « Je n’y pense pas, les autres y pensent pour moi ! », confie le jeune arbitre avec le sourire, un brin amusé. Un sourire qui permet de penser que l’avenir de l’arbitrage amateur n’est finalement pas si noir.

Ugo TOUROT

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