Chaque jeudi soir, le Centre d’Informations et d’Activités Musicales organise des « Apérociams » dans ses murs. Le concept ? Donner la possibilité aux élèves de passer en concert devant un vrai public, boire un coup… et l’occasion d’inviter des musiciens reconnus. Cyril Achard était de la partie pour une démo-jazz. Portrait.
D’un côté les buveurs et de l’autre les ouailles. L’Apérociam est une messe ou chacun peut prêcher son dieu. Boisson ou musique : les deux souvent. Mais lorsque le guitariste Achard et son batteur entrent sur scène pour une démo-concert, tout le monde tombe d’accord. Les verres atterrissent sur le bar et les pupilles s’agrandissent.
Très vite, la musique jazz happe le public dans un swing bourré d’images. Les sons d’Achard ne prennent pas aux tripes mais stimulent l’imagination. L’écouter, c’est voir des paysages calcinés et luxuriants. Le même effet qu’un morceau de Bill Evans ou Herbie Hancock, ses maîtres à jouer.
Correspondances entre peinture et musique
Guitariste à l’âge de 13 ans, le jazzman rattrape vite son retard et sort 6 albums. Il bannit l’usage du médiator, ce bout de plastique utilisé pour gratter les cordes et produire des notes. Achard préfère jouer directement avec les doigts pour donner une ampleur harmonique à son instrument. Ses phalanges sont recouvertes d’une corne épaisse.
Pour lui, le message doit être au service de la musique, pas l’inverse. « C’est pour ça que j’ai du mal avec le rap », confie t-il. Et lorsqu’on le titille sur ses débuts dans le rock métal dont il lui reste l’épaisse chevelure, il se lâche : « Je ne regrette rien, mais c’est vrai que le métal m’ennuie maintenant. A quoi bon se déguiser pour hurler dans un micro ? Je trouve ça puéril. La musique n’a pas besoin de recourir au carnavalesque pour s’imposer».
A 39 ans, il diversifie ses activités et travaille sur l’œuvre du peintre Georges Rouault. Cyril Achard souhaite établir des correspondances entre musique et peinture. « Rouault est un peintre qui projette son sentiment propre sur la toile au point d’occulter les personnages. Ce qui importe, c’est l’état d’âme. Le reste est superflu. J’aimerais reproduire la même chose sur scène ».
Mission accomplie au Ciam : les spectateurs hochent la tête et agitent leurs mâchoires en mandibules incontrôlables. Une transe douce s’est emparée du public avec le dernier morceau réminiscence.
Puis un tonnerre d’applaudissements avant la ruée vers le bar. Déjà les verres moussent et les visages s’allument. L’heure de vouer l’autre culte de la soirée !
Adrian de San Isidoro
Infos pratiques : entrée libre au 35 rue Leyteire (Bordeaux) tous les jeudis soirs à partir de 19h30.


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