Face à la menace sur le financement des bourses de décembre, les syndicats contre-attaquent… Le 6 décembre, date du Conseil d’administration budgétaire du Crous, une cinquantaine de manifestants se sont réunis devant le rectorat de Bordeaux. Ils demandent le versement des bourses en temps et en heure.
« C’est une situation d’urgence sociale qui nous pend au nez » remarque Pavel Desmet, un militant du syndicat Sud Etudiants. Après un retard dans le versement des bourses au mois de novembre, c’est désormais sur leur paiement en totalité que le doute plane, faute de budget. Un trou de 59 millions d’euros ne permet pas le règlement dans de bonnes conditions, selon des élus du Centre National des Oeuvres Universitaires et Scolaires (CNOUS).
Les étudiants ont bravé la pluie et le froid mardi matin, pour revendiquer leur droit aux bourses et appeler au refus du vote du budget 2012 du Centre Régional des œuvres Universitaires et Scolaires (CROUS) ; un budget renommé “austérité”.
Les revendications
« On veut des réponses concrètes comme l’accès aux livres de comptes et pas seulement des belles paroles », revendique Pavel Desmet. Les étudiants déplorent qu’aucune explication ou démenti n’ait été diffusé sur le site du CROUS de Bordeaux-Aquitaine quant aux retards.
Selon les syndicats sur place, le gouvernement aurait mal évalué le budget pour cette rentrée universitaire et en particulier aurait minimisé le nombre d’étudiants boursiers. En cause, le dixième mois promis par Laurent Wauquiez, le ministre de l’Enseignement supérieur, contre l’avis de François Baroin, le ministre de l’économie, des finances et de l’industrie. Aujourd’hui, il semblerait que le CROUS subisse les effets d’une mauvaise gestion de ce dixième mois.
L’objectif de l’UNEF est de « faire pression jusqu’au bout sur le rectorat et le CROUS pour que les bourses soient versées à temps (date officielle : 7 du mois) ». Car « une fois que l’argent est disponible, ça prend encore beaucoup de temps pour arriver jusqu’à nos comptes », regrette une militante.
Politique de rigueur adoptée
Malgré la manifestation et l’impulsion des syndicats au sein du Conseil d’administration, le budget 2012 a été voté à 6 voix contre, 11 voix pour et 8 abstentions. Sylvain Lehmann, président de l’UNEF de Bordeaux, note tout de même que les étudiants et le personnel du CROUS ont voté contre. Seuls les représentants de l’Etat sont favorables. Une remarque qui en dit long sur le poids du vote des premiers concernés.
En France, 21 CROUS sur 28 ont vu leur subvention de fonctionnement du ministère de l’enseignement supérieur diminuer. A Bordeaux, ce sont de près de 400 000 euros dont l’organisme devra se passer : la troisième plus importante baisse en France.
Au programme de 2012 ? Augmentation du coût de la vie et mise en péril de la poursuite des études pour certains étudiants. Une hausse des tarifs pour la restauration universitaire et les loyers des chambres du CROUS (5 euros pour les chambres de 9m2) est d’ores et déjà à prévoir dans les comptes estudiantins.
Les questions sur le fond national d’aide d’urgence (FNAU), seule aide sociale accessible aux étudiants non boursiers, restent sans réponses. Son budget 2011, a été revoté à l’identique cette année, alors que les assistantes sociales avaient été contraintes de diminuer la somme attribuée pour pouvoir couvrir des besoins grandissants.
Jean-Louis Nembrini, le recteur de l’académie et Patrice Bretout, le directeur du CROUS, ont confirmé : « toutes les bourses seront versées au mois de décembre ». Mais la date reste indécise et les syndicats peu optimistes.
« Système D » pour les étudiants
Un contre-temps qui pourrait peser lourd sur le portefeuille des étudiants boursiers. A peine sortis des agios de novembre, les 30 000 boursiers d’Aquitaine vont devoir user de tous les stratagèmes pour s’en sortir.
Si certains ont leurs parents derrière eux, ce n’est pas le cas de Déborah, étudiante en première année de carrières sociales, qui envisage d’abord de payer son loyer : « pour manger on essayera de se débrouiller autrement ». Pour Thomas, étudiant en Histoire à l’université de Pau, « il va y avoir des sacrifices notamment au niveau des loisirs mais aussi au niveau bouffe et de la vie quotidienne. »
Un pas en avant a cependant été fait au Conseil d’administration qui autorise les boursiers à ne pas payer leur loyer tant qu’ils n’auront pas leur versement (se renseigner auprès des syndicats étudiants). Et pour le reste, la lutte continue!
Clémence Bohême
Tags:austérité, Bourses, CROUS, précarité des jeunes


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