Ecrivains publics/privés : le numérique à la rescousse des maux.

6 déc

Hélène Bourjala est écrivain privé, Bernard Le Ray est écrivain public. Elle, est biographe, lui, rédige des courriers de toutes natures pour autrui. Gros plan sur des métiers trop méconnus qui ont su s’adapter aux nouvelles technologies.

Bernard Le Ray

Pour Bernard Le Ray, Internet offre une documentation considérable. Elle lui permet de répondre au mieux aux demandes de ses clients (crédit : MB)

Au 181 du Cours de l’Argonne à Bordeaux figure une plaque sur laquelle est inscrit : « Bernard Le Ray, Conseil, Médiation, Formation – Agréé par l’Académie des Ecrivains Publics de France ».

« Beaucoup de gens ont connu mon existence, ont été intrigués parfois, parce qu’ils sont tombés sur cette enseigne à la sortie de la station de Tramway Bergonie, explique l’intéressé. De plus, le bouche-à-oreille fonctionne bien », ajoute-t-il, amusé que l’on ai trouvé sa trace sur le site web des Pages Jaunes. Pourtant il reconnaît que la clientèle est changeante, et qu’il est dur de la stabiliser.

Pour Hélène Bourjala, écrivain privé, internet a été un bon moyen pour se faire connaître du public. Après avoir enseigné le français, puis formé les instituteurs du Gabon aux nouvelles technologies, elle quitte l’Education nationale après des problèmes d’audition. En 2008, cette grande lectrice décide de mettre à contribution sa passion pour l’écriture et le contact.

« Le bouche-à-oreille a un effet relatif, je me suis davantage fait connaître depuis 2008 par des prospectus et par les billets que je publie régulièrement sur mon site », explique-t-elle. Elle préserve le référencement de son site grâce à des mises à jour régulières. Sa page web lui permet aussi de parler des gens dont elle écrit les biographies. « La rue des mots » enregistre 400 visites par mois.

“Il était important pour moi d’avoir un site internet très complet, je veux créer des liens, que les gens trouvent un maximum d’information”  Hélène Bourjala

Ses billets ont parfois touché certains internautes. « J’ai publié un jour un billet sur la poésie. Un homme de soixante ans m’a contacté par la suite pour me demander d’écrire un poème à sa femme qui venait de le quitter. J’ai trouvé ça très beau », raconte-t-elle avec un grand sourire. Son activité principale, c’est l’écriture de biographies. Il lui arrive aussi de rédiger des CV, des lettres de motivation, voire des discours.

Sténo

Intrigués, les gens. Le métier reste méconnu malgré un regain dans la capitale girondine depuis 2003. Bernard Le Ray a constaté cette recrudescence des vocations, mais aussi des demandes. Chercheurs d’emploi, étudiants, personnes de toutes origines sociales, sollicitent ses services pour écrire une lettre à un employeur, un juge, et à l’occasion corriger une ou deux thèses. « Mon travail ne serait tout simplement pas possible sans le traitement de texte sur ordinateur, explique-t-il. Il permet de produire un travail propre, de restructurer une lettre plus facilement et d’aller plus vite ».

« La mise en forme est primordiale. Je me suis rendu compte, au cours de mon ancien emploi, que l’on obtient des choses énormes par une lettre bien faite », ajoute-t-il. Avant d’ouvrir sa plume à un large public, Bernard Le Ray était secrétaire d’un syndicat d’artisans. Il rédigeait alors des courriers essentiellement administratifs. A 50 ans, il est licencié pour motif économique. En 2004, il décide de poursuivre la même tâche, mais en libéral. Une reconversion qui semble convenir à cet homme passionné par la philosophie, au Lycée. Elle lui permettait « d’y mettre ses tripes ». Aujourd’hui, il est sollicité par un public originaire de Bordeaux, Libourne ou Bayonne. « Avec ces derniers notamment, le mail joue un rôle important. Le courrier électronique me permet de tenir au courant mes interlocuteurs sur l’avancée de mon travail », explique-t-il.

“Internet offre une documentation importante sur des sujets qui me sont inconnus. Un jour, une marocaine est venue me voir pour écrire au Roi du Maroc. Il a fallu que je me renseigne, via le web, sur la manière dont on rédige un courrier officiel dans ce pays, les formules de politesses par exemple”  Bernard Le Ray.

Hélène Bourjala

Biographe, Hélène Bourjala publie très régulièrement des billets sur son site internet (crédit : MB)

« Internet est une mine de savoir, confirme Hélène Bourjala. La toile remplace une encyclopédie, me permet de compléter ce dont me parlent mes clients. C’est aussi et surtout indispensable pour la curiosité », finit-elle. Curieuse, elle l’a été vis-à-vis de l’informatique. Adolescente, elle devient sténo au Grand Moulin à Bordeaux et apprend très rapidement à écrire vite sur un clavier. « J’ai beaucoup travaillé sur des machines à écrire électriques, puis Amstrad. J’ai pris conscience que le stylo et le papier étaient une perte de temps, même si je considère toujours qu’une main est faite pour tenir un crayon », explique-t-elle. En revanche, elle a délaissé très rapidement le logiciel de dictée DRAGON : « je préfère écrire plutôt que dire, dans la vie ».

Interface

Le numérique n’a pas pour autant empiété sur l’une des tâches essentielles du métier : l’écoute des gens. « L’écrivain public rétablit le contact, il est un tisseur de lien social, c’est pourquoi il se doit d’être à l’écoute pour cerner la personnalité de son interlocuteur, analyser son problème, comprendre la manière dont la personne s’exprime », résume M. Le Ray.

Hélène Bourjala sort son ordinateur portable et le pose sur son bureau, un sourire en coin. Son visage est soudainement caché derrière la coque plastique de l’écran. « Regardez, ce n’est pas convivial quand vous devez écouter les gens », explique-t-elle. « Il faut que les personnes qui viennent me voir sachent qu’elles sont écoutées. Par une oreille qui marche mal mais qui est humaine, ajoute cette biographe très attentive à s’imprégner correctement des expressions et de la personnalité de ses clients. « Je suis une éponge, et ma plume doit être souple. Lorsqu’ils ont le sentiment que c’est eux qui ont écrit leur biographie, cela veut dire que j’ai gagné. Je serai toujours dans l’ombre des projecteurs, je ne considère pas mes livres comme mes enfants », explique-t-elle.

« On agit pour que la personne obtienne ce qu’elle souhaite, pour dénouer des situations » selon Bernard Le Ray. L’écrivain public raconte que les gens sont heureux de pouvoir s’exprimer. Certains reviennent régulièrement le voir pour le remercier. Hélène Bourjala reçoit certains retours, elle aussi. Il lui arrive de garder contact avec d’anciens clients. Parfois par texto, d’autres fois par mail.

Marc BOURREAU

En savoir plus:

Comment devenir écrivain public? Au-delà du caractère libéral de la profession, il existe aujourd’hui un certain nombre de formations pour garantir le savoir-faire d’un métier qui n’est pas réglementé.

- Un agrément est décerné chaque année par “L’Académie des Ecrivains Publics de France” aux candidats qui ont démontré leur bon esprit de synthèse et de leur capacité d’écoute, au cours d’épreuves d’admission.

- Une licence professionnelle est délivrée par Paris 3 – Sorbonne Nouvelle et la faculté de Toulon.

- Une formation par correspondance est proposée par le CNED et le CNFDI.

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