
- Vernissage de l’exposition Comme Jamais à la galerie des Beaux-Arts Crédit photo Musée des Beaux-Arts.
« Comme jamais »… L’intitulé de l’exposition automnale de la galerie des Beaux-Arts se veut intrigant. Artistes de renom et moins réputés se côtoient dans un environnement épuré, propre à la (re)découverte d’œuvres à travers une disposition originale ou évidente, c’est selon. Visite de l’exposition avec Dominique Beaufrère, commissaire adjoint.
Montrer des œuvres rares, tout juste acquises ou restaurées. Faire agir le regard, le questionnement à travers des rapprochements d’œuvres d’époques différentes. En bref, redécouvrir des œuvres grâce à une mise en scène originale: c’est le pari fait par Dominique Beaufrère et ses collègues. Poussons donc les portes de la galerie des Beaux-Arts pour vérifier si le titre de l’exposition fait véritablement sens.
La première œuvre exposée le long du couloir représente l’emblème de l’exposition. Giovanni Do, peintre espagnol du XVIIème siècle, met en scène le regard dans son tableau Un maître et son élève. « Visiter une expo, c’est regarder les choses mais aussi avoir à faire au regard des artistes, à leur questionnement » rappelle Dominique Beaufrère.
Ce tableau est généralement présenté en situation muséale, entouré d’une multitude d’autres. Ici, il est isolé sur un mur blanc, clairement éclairé, lisible et visible. En face, un miroir est disposé comme une réponse au tableau. Cette exposition est née en réaction à la muséographie classique, presque obligatoire, où les œuvres sont très, voire trop, rapprochées. Le but de Comme jamais est de les mettre en valeur, les raviver.
Des espaces qui amènent à la réflexion
L’exposition présente plus de 80 productions artistiques. « La sélection regroupe des œuvres qui n’ont jamais été montrées, d’autres qui sortent de restauration et enfin certaines sorties des réserves qui traitent de sujets rares. » indique Dominique Beaufrère.
L’originalité de l’exposition réside également dans le fait que toutes les œuvres présentées font partie de la collection du musée des Beaux-Arts de Bordeaux.
La mise en scène de l’exposition rapproche des œuvres selon différents niveaux. Le premier est lié au sujet, à l’histoire de l’art. Cinq œuvres anciennes représentant La vierge à l’enfant sont disposées face au portrait d’Olga, la femme de Pablo Picasso.
« On voulait faire agir le regard pour que chacun trouve une réponse à cette association. » précise Dominique Beaufrère. Les visiteurs sont néanmoins aidés par un document fourni à l’accueil de la galerie. Il leur donne quelques pistes de compréhension.
Un deuxième espace vient rassembler quatre tableaux traitant de sujets très différents. Le thème intrigue : montré/caché. Explication de Dominique Beaufrère : « Ce qu’on ne voit pas, ce sont les supports des œuvres : bois, ardoise et cuivre. Les artistes à travers le temps ont cherché à rendre durables leurs œuvres. » Celles-ci ne sont pas exposées en temps normal au musée, à cause d’un manque de places. Le rapprochement est moins évident mais amène le visiteur à s’interroger, à redécouvrir les œuvres d’un œil neuf.
Des rapprochements qui font sens
L’exposition se poursuit au premier étage. On tombe sur deux tableaux : Ceci peint comme on dit : dit de Pierre Alechinsky et Hannibal d’Atsuko Tanaka, une artiste japonaise. « Nous avons ici un vrai travail graphique. » analyse Dominique Beaufrère. « On est face à des signes qui sont à lire, à associer dans une vraie dynamique». Le rapprochement des deux œuvres fait sens au niveau des formes, par la composition.
Le rapprochement du tableau de Pittoni Eliezer et Rebecca, et des Baigneuses d’André Lhote est certainement le plus inattendu.
« On est face à deux compositions utilisant des jeux de lumière dans les bleu, vert et ocre. » explique Dominique Beaufrère. Le sujet de la femme au bord de l’eau revient dans les deux compositions.
Pour le commissaire, « c’est un rapprochement lié à un souci qu’ont eu les artistes à différentes périodes de faire que la peinture intègre l’architecture et le décor. » Cette association des deux œuvres est difficile à appréhender au premier regard. Elle peut être déroutante pour les visiteurs.
Le sous-sol est un peu décevant. Le thème de la nature et des animaux est quelque peu en décalage avec le reste de l’exposition. Ceci malgré la présence de plusieurs œuvres de Rosa Bonheur, artiste bordelaise très connue dans le milieu de l’art.
Le musée a néanmoins réussi son pari de donner à voir sous un jour nouveau les œuvres de sa collection. Ceci se ressent dans la fréquentation. L’exposition a accueilli quelques 1000 personnes en une semaine. « C’est très bonne moyenne » se réjouit Dominique Beaufrère. « On a également noté un rajeunissement du public. La majeure partie des visiteurs ont entre 20 et 30 ans. »
Aurore Jarnoux
« Comme jamais ! » jusqu’au 27 février à la galerie des Beaux-Arts de Bordeaux place du Colonel Raynal.
Entrée gratuite. Plus d’informations au 05 56 96 51 60.
Tags:Beaux-Arts, Comme jamais, exposition


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