A côté des traditionnels stand-ups et spectacles à sketchs, les Chiche Capon étonnent et détonnent. Basé sur une grosse présence scénique et sur des dialogues réduits à la portion congrue, leur spectacle fait mouche et jouit d’un vrai succès critique. Gros plan sur ce quatuor de trentenaires déjantés, qui posait ses valises le temps d’une soirée à l’Espace Treulon à Bruges.
Fred Blin, Matthieu Pillard, Ricardo Lo Giudice et Patrick de Valette sont des clowns, des vrais. Loin des figures poussiéreuses du cirque à papa. Les quatre membres des Chiche Capon ne portent pas de nez rouge mais maîtrisent toutes les facettes du bouffon classique : un sens aigu du déplacement, une gestuelle précise et acrobatique, un verbe rare mais haut.
Depuis 2001, date de création du groupe, les quatre acolytes s’estiment capables de tout (chiche) mais un peu pleutres (capon). Dans la droite lignée de Buster Keaton ou des Monty Python, les Chiche Capon jouent de leur corps, le travestissent pour obtenir des effets grotesques. C’est absurde (toujours), drôle (pas toujours), mais résolument original dans un monde de l’humour largement formaté.
“En France, nous n’avons pas cette tradition du comique absurde comme l’ont les Anglo-Saxons” note Ricardo Lo Giudice, comédien, chanteur et musicien, qui n’a rejoint le groupe qu’en 2005. “La tradition du comique troupier se perd partout, pas seulement en France” estime quant à lui Patrick de Valette.
Une tournée internationale
Capables de jouer en français comme en anglais, les quatre comédiens ont su s’exporter et ne comptent plus les pays visités : Belgique, Suisse, Angleterre, Etats-Unis, Cambodge, Afrique centrale. Deux mois à jouer sans discontinuer au Brick Theater à New-York leurs ont permis de se faire un petit nom outre-Atlantique.
“Tous ces voyages à l’étranger sont des moments fantastiques” confie Ricardo Lo Giudice. “On jouait dans des pays en Afrique où il n’y avait absolument rien à des kilomètres à la ronde. Notre spectacle était un des rares divertissements auxquels les habitants pouvaient assister. Ils adoraient ça !“
Salués par la critique pour leurs deux premiers spectacles, les Chiche Capon venaient à l’Espace Treulon à Bruges présenter leur dernier-né, “le Oliver St John Gogerty”, qu’ils rôdent depuis le 11 octobre au théâtre de la Pépinière à Paris. Un show toujours aussi barré, mais moins orienté music-hall que les précédents.
“Qu’elle aille porter plainte, ça nous fera de la pub !”
L’idée de base du spectacle est simple : les quatre comédiens sont censés retracer l’histoire de l’évolution de l’Homme, de la préhistoire à nos jours. Rien ne se passe comme prévu (mais c’est prévu). Nos quatre pitres passent leur temps à se chamailler, hurler, courir. Ils ont l’air complètement abrutis mais la magie opère. Le spectacle est toutefois loin d’être parfait : les dix premières minutes laissent craindre le pire et certains passages ne font rire que les moins de 8 ans.
La scène finale, où un grand échalas en combinaison moulante reste coincé dans une échelle, au côté d’un (faux) spectateur vêtu d’un imperméable et d’un slip, est sans doute la plus réussie. Tout le monde rit de bon cœur, les enfants les premiers. L’histoire de l’évolution de l’Homme a disparu depuis belle lurette mais qu’importe, tous les spectateurs sont repartis avec le sourire.
Tous sauf une femme au premier rang qui n’a guère apprécié les coups de frite en mousse que lui a asséné un des hommes préhistoriques. “Qu’elle aille porter plainte, ça nous fera de la pub !” rigole Fred Blin. Complètement barrés on vous dit.
Anthony Jolly
Tags:absurde, Bruges, burlesque, Chiche Capon, clown, Espace Treulon, humour décalé


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