Les soldats de Suilly-la-Tour ne sont plus prisonniers du monument aux morts. Nathalie Kovarcik, journaliste en Seine-et-Marne, s’est chargée de leur écrire un livre. Poilus de Suilly-la-Tour, sorti en septembre dernier, retrace la vie, les années de guerre et la mort des soldats de ce petit village de la Nièvre.
Son premier livre, Poilus de May-en-Multien, paru en 2004, Nathalie Kovarcik l’a publié à compte d’auteur. Pour le second, elle s’est adressée aux éditions Findakly, basées au village auquel elle s’est intéressée, Suilly-la-Tour. Il s’est vendu à un peu plus de 200 exemplaires à ce jour. « Le lectorat reste confidentiel, reconnaissent ses éditeurs. Ce sont principalement les gens du village, les passionnés de la période, et les curieux rencontrés lors de manifestations comme les salons du Livre. » Pas de quoi rentrer dans ses frais, donc. Mais les dépenses s’équilibrent avec d’autres ouvrages moins spécialisés.
Et il n’était pas un stand, au premier Salon du Livre « Grande Guerre » qui s’est tenu les 6 et 7 novembre derniers à Paris, sans un ouvrage de ce type. Nicolas Offenstadt, historien et spécialiste de la période, estime que l’intérêt des historiens amateurs, qu’il appelle “familiaux”, pour la Grande Guerre remonte à une vingtaine d’années. Mais depuis quelque temps, la tendance s’est accentuée. Ils sont de plus en plus, journalistes, enseignants ou autres passionnés, à s’occuper du souvenir des Poilus de leur région, de leur village, jusqu’à en faire un livre.
A cela, plusieurs explications possibles. Lazare Ponticelli, l’ultime Français combattant de la Grande Guerre encore en vie, est mort en mars dernier. Il est devenu urgent de se souvenir, puisqu’aucun soldat n’est plus là pour témoigner. De plus, quatre-vingt dix ans après la fin d’un conflit synonyme de début de siècle, Internet a hissé la grand’voile. Le site « memoiredeshommes », mis en place en 2003 par le ministère de la Défense, permet à chacun de retrouver des indices biographiques officiels sur un parent, indispensables pour entreprendre ensuite des recherches plus approfondies, auprès de différents services d’archives. De leur côté, des particuliers mettent en ligne le fruit de leurs travaux. Le site de Didier, chtimiste.com, ouvert en 2005, reçoit aujourd’hui entre 30 et 70 000 visites par mois.
> Ces ouvrages sont-ils utiles à la grande histoire ? Réponse par Nicolas Offenstadt, historien et maître de conférence à l’Université Paris I, membre du CRID 14-18 et auteur de La Grande Guerre en trente questions, paru en 2007 chez Geste Editions. Interview réalisée par téléphone.
Cathy Colin