Militer entre deux tasses de thé

9 12 2007

samovar 

Au menu du Samovar, tarte et subversion pour ce sympathique salon de thé-bibliothèque, que ses propriétaires aiment à qualifier de ”coopératif et solidaire”

Le Camarade Mao nous avait pourtant averti, La révolution n’est pas un dîner de gala. C’était sans connaître le puissant esprit contestataire qui règne dans les salons de thé bobos. Dans cette atmosphère conviviale, petites causes et grands débats prennent vie autour d’une tasse de thé. Une sélection de pas moins de vingts variétés s’offre au buveur, du classique Earl Grey aux subtiles parfums du massif tibétain. Pour manger, il faut chercher du côté des tartes bios et autres mets issus de la cuisine végétarienne… eh oui on l’apprend sur le menu, ”le régime carné de l’homme occidental est insoutenable à l’échelle de la planète”. Tartes salées, tartes sucrées donc… c’est à peu prêt tout, si ce n’est un fondant au chocolat, qui avec seulement 30 grammes de beurre, forgea jadis la solide réputation de l’établissement. Mais si la découverte -avec méfiance d’abord, puis grand plaisir- de préparations à base de cèleris - curry est en soi digne de remplir une journée, l’estomac reste quant à lui parfois un peu sur sa faim.

Pas de tabac, pas d’alcool. Exceptionnellement, un verre du seul vin proposé à la carte enflammera les plus audacieux, mais l’ivresse est avant tout livresque au Samovar. En effet, l’âme des lieux réside en réalité dans ses rangées de livres qui tapissent les murs du salon. Une véritable caverne d’Ali Baba pour ses lecteurs, habitués ou occasionnels. On y trouve pêle mêle encyclopédies, bouquins d’arts, ouvrages philosophiques, polars ou bandes dessinées, dans un ton qui va du sérieux au léger.

En attendant son festin, on prend plaisir à flaner dans les rayons de livres aux titres évocateurs, tels que Le Manuel de l’animateur social, ou La Révolution ludique... les Schtroumpfs de Peyo sont aussi à l’honneur. Les fables politiques des lutins bleus prennent une dimension nouvelle dans cette antre de la confédération paysanne. Tout en grignottant nonchalament sa part de tarte à la salsepareille, on se prend soudain à se demander pourquoi Gargamel est aussi méchant. La soif du profit sans doute.

Une riche vie associative 

Un calendrier chargé rythme la vie politique du Samovar. C’est d’abord le point de rendez-vous préféré de nombreux départs de manifestations. On citera parmi d’autres le Collectif de Résistance à la Droite bordelais, mais nombreux sont ceux à faire escale dans ce haut lieu symbolique de la contestation, avant de reprendre la lutte… le ventre plein cela va sans dire.

La direction se propose gracieusement d’acceuillir toutes sortes de débats associatifs, pourvu qu’ils soient en accord avec l’esprit des lieux. Au programme, politique avec Alternative Gironde, proche de José Bové, Santé, grâce au collectif Apprendre à Porter son enfant qui anime des ateliers pour répondre aux questions autour du portage, et apprendre à porter son bébé, en respectant sa physiologie. Voyages également, avec partage de ses expériences estivales, animé par des objecteurs de croissance, récits de visites d’écovillages, lectures et pensées profondes… la liste est longue et ne lasse pas de ravir.  

A la longue, on ne peut que finir par se demander où mène un tel mélange des genres. On se risquerait bien à avancer l’hypothèse de l’appât du client, si les causes plaidées n’étaient pas si importantes. Mais il serait injuste de faire un procès d’intention au Samovar, car derrière ce côté militant associatif un peu surfait, se trouve un endroit précieux. Il y règne une véritable chaleur, à laquelle la décoration feutrée et les sympathiques buveurs de thé ne sont pas étrangers. Le Samovar, c’est l’endroit idéal pour finir une après-midi ou fuir la grisaille derrière un bon bouquin.

Le Samovar, 18 Rue Camille Sauvageau 33000 Bordeaux. Ouvert tous les jours de 10h30 à 20h

Stéphane Raes