La grande salle sert de lieu de rencontre entre jeunes artistes et metteurs en scène.
Ni tapis rouge, ni or, ni lustre, le jeune théâtre national (JTN) ne possède aucun des apparats du théâtre traditionnel. C’est que cette institution, située en plein cœur de Paris, n’est pas tout à fait un théâtre comme les autres.
Voici quatre des mots qui recouvrent tout un mur, place de la Mairie, à Billère. Il y en a beaucoup d’autres, de toutes les formes et de toutes les couleurs : engagement, solidarité, arbitraire, identité, citoyen, et bien sûr… expulsés. Nous sommes dans une petite ville de la banlieue de Pau ; une ville qui a donné la parole aux murs.
Un coeur, une France hostile, deux mains et vingt-trois mots : des symboles clairs pour un impact puissant.
L’idée d’une fresque est née il y a six mois dans l’esprit de Jean-Yves Lalanne, le maire socialiste de Billère. A cette même période, l’ancien militant de la LCR découvrit dans sa commune l’existence d’un local de rétention de la Police aux Frontières. Probable que la visite de ce lieu ait joué comme un déclic. L’œuvre a été inaugurée le 9 septembre dernier en compagnie de Martine Lignières-Cassou, députée-maire socialiste de Pau, et de l’association Réseau éducation sans frontières. Il lui fallait un nom, il s’est imposé de lui-même : le Mur des expulsés.
Le sculpteur Yves Cormier installe ses créations en vue de la biennale 3D.
Ces jours-ci l’activité est débordante à la Morue noire, les sonneries de téléphone récurrentes en sont la preuve. Tout le monde prépare activement la biennale 3D dont le vernissage est prévu le 6 novembre prochain. Dans la salle d’exposition principale, Yves Cormier peaufine l’installation de ses sculptures. Créées à partir de divers matériaux, certaines sont articulées et d’autres équipées de moteurs électriques, illustrant parfaitement le thème « mouvement et langage » de cette année. L’événement est organisé sur deux sites : dans les locaux de la Morue noire ainsi qu’au bâtiment 20 du site des Terres Neuves. Ubiquité donc, mais sans la « double temporalité » incomprise d’un grand événement bordelais récent…
« Nous sommes tous dans la même démarche, celle d’exister ensemble en faisant ce que l’on aime. »
Le festival de la bande dessinée d’Angoulême a développé avec le temps un indéniable penchant mercantile. Une belle machine à fric, bien loin de l’amateurisme qui prévalait il y a encore quelques années. La plupart des « bulles », sorte de grandes tentes où s’installent les exposants, sont devenu le fief des grandes maisons d’édition. Sous le « pavillon des jeunes talents » on vient même y faire son marché, à la recherche de jeunes artistes prometteurs. La maison Dargaud y avait envoyé un de ses sbires, Thomas Ragon, qui dirige une collection au sein de l’entreprise. Cela fait dix ans qu’il joue ainsi les rabatteurs. Avec son air contrit et sa chemise immaculée attachée jusqu’au dernier bouton, Thomas n’a pourtant pas le chic pour mettre les candidats à l’aise. Les dessinateurs en herbe, après avoir fait la queue pendant plus d’une heure, s’installent à une petite table en face de son regard inquisiteur et attendent fébrilement ses commentaires. Mathieu Delmas est un jeune diplômé de l’école Jean trubert, un des rares établissement qui enseigne la bande dessinée en france. Ses planches sous le bras, il rumine les conseils donnés par Thomas Ragon.
Mais le festival d’Angoulême réserve aussi des surprises.
Ouvert en 2005, l’Espace 29 s’est donné pour mission d’accompagner et de soutenir les jeunes artistes bordelais. Aujourd’hui, ils sont une trentaine de peintres, plasticiens, sculpteurs ou bédéistes à avoir installé leurs ateliers dans ce grand immeuble, en plein cœur du quartier de Mériadeck. Ils y resteront un an ou deux, le temps de monter un projet et de pouvoir, enfin, voler de leurs propres ailes.
“On n’est pas dans le cliché de l’artiste romantique, c’est bon pour les musées !” Nathaniel Raymond donne le ton. Ancien élève aux Beaux Arts et professeur d’arts plastiques, le jeune artiste peintre s’est installé pendant un an au deuxième étage de l’Espace 29, avant de passer « de l’autre côté ». Depuis l’an dernier il s’occupe du développement de l’association. Son travail, accompagner les artistes dans leur “parcours de professionnalisation”. L’expression peut choquer dans un espace dédié à la création artistique. Mais pour Nathaniel, il s’agit surtout de faire face à la réalité de la précarisation des artistes.
“La quasi-totalité des artistes de l’Espace 29 sont au RMI et crèvent la dalle, on essaie de les aider à ce que l’Art les fasse vivre“. Régulièrement, Nathaniel reçoit les artistes résidants pour des rendez-vous individuels. Ensemble, ils réfléchissent à une façon d’optimiser leur travail. Et cela passe notamment par l’utilisation des nouvelles technologies. “Certains sont réfractaires à l’idée de prendre des photos de leurs œuvres, et de les mettre en ligne, pourtant, c’est un passage obligé pour se faire connaître.” Pour cela, l’espace 29 a crée une interface Internet, “Présence web”, sur lequel chaque artiste possède sa page. Un espace d’ouverture vers l’extérieur qui permet aussi aux artistes de trouver des informations et des contacts sur le milieu de l’Art.
L’objectif est bien sûr de se faire repérer par d’éventuels acheteurs ou exposants, mais pas seulement. Pour Nathaniel Raymond, ils est essentiel que les artistes qui passent par l’Espace 29 sortent du RMI. “On part du principe que chaque artiste a des compétences, à nous de les aider à les extraire et à les utiliser pour les vendre à des entreprises comme les cabinets d’architecte ou les agences de publicité”.
Vie en collectivité
Une trentaine d’artistes a installé son atelier dans l’immeuble, contre une cotisation d’environ 50 euros par mois. Chacun possède ses clés et est libre d’aller et venir quand il veut. Si, pour ces artistes l’Espace 29 représente un endroit où poser ses pinceaux pour un prix dérisoire, ils apprécient aussi le mode de fonctionnement de l’association. Gwen Marseille est arrivé ici en mai 2005. Aujourd’hui, il partage toujours son atelier avec cinq autres artistes. Il a choisi d’intégrer l’Espace à sa sortie des beaux Arts. Une période de transition avant de se lancer seul dans le monde artistique. “Ca me permet de sortir de chez moi, de me dire je vais au travail”.
Une dizaine de bédéistes travaille à l'Espace 29
A l’Espace 29, la professionnalisation passe aussi par l’apprentissage de la vie en commun. Car, pour Nathaniel Raymond, il est important de lutter contre cet image de solitaire qu’on associe trop facilement aux artistes. ” Le fait est que le métier d’artiste est une bulle. On travaille dans notre atelier, on sort deux jours pour présenter notre travail lors d’un vernissage, puis plus rien”. Ici, les résidants sont trois ou quatre par pièce. Chacun a un rythme, des habitudes et une façon de travailler bien à lui. La cohabitation n’est donc pas toujours évidente, mais elle peut aussi être source d’émulation.
Volontairement, les artistes sélectionnés pour intégrer l’Espace 29, viennent d’univers très différents. “Il y a des personnes de tous les âges qui ont des visions différentes de l’Art, mais qui peuvent mutuellement s’apporter des choses“. Régulièrement, des réunions, des pots ou des assemblées générales sont organisées à l’Espace. Chacun vient y évoquer ses expériences et conseiller les autres. Au dernier étage, une petite dizaine de bédéistes partagent un grand open space. Ils travaillent tous sur des projets différents, mais ils apprécient de se retrouver tous les jours. “Dans ce métier, on est un peu des autistes devant notre planche.” constate le dessinateur Pierre Mony Chan “Ici on se socialise, on rencontre des personnes qui ont le même centre d’intérêt que nous. C’est une vrai chance.”
Après l’expulsion, jeudi 30 octobre, de son siège social situé au 105 quai Queyries à la Bastide, un quartier de Bordeaux, l’association la Bonne étoile connaît une nouvelle dynamique. Des réunions, des soirées de soutien s’organisent. Mais c’est surtout la recherche d’un nouvel endroit à investir pour laisser s’exprimer les artistes alternatifs qui concentre l’énergie de l’association. Les squatteurs bonne-étoiliens comptent poursuivre leur projet artistique : la culture “underground” mérite un lieu de représentation.
Les réunions de la bonne étoile se déroulent à l'arrière du bus de Freddy, le plus ancien bonne étoilien (à gauche).
Il est presque minuit lorsque samedi 8 novembre, des dizaines de personnes se retrouvent Quai Queyries. Elles attendent devant un hangar, au numéro 103. Pas au 105. Une banderole indique « la Bonne Etoile est là ce soir. ». Chacun sait pourtant que le squat culturel est fermé depuis une semaine déjà. Le public est pourtant présent. Il témoigne que l’expulsion n’a pas anéanti l’association, qui s’est provisoirement installée quelques mètres plus loin, dans l’entrepôt voisin.
Le premier signe de résistance bonne étoilienne est le maintien de cette soirée du 8 novembre. Du graffiti, de la création vidéo projetée pendant les “dj set de drum’&bass, de breakbeat, d’électro” : le travail sonore et visuel du collectif bordelais Cassosclub. Une décision qui tient plus des artistes du Cassosclub que de l’association elle-même. Parce que la Bonne étoile c’est ça aussi : permettre l’épanouissement culturel de chacun. Le lieu investi et aménagé par les squatteurs associatifs est mis à disposition. Les artistes s’expriment et partagent avec leurs publics. Des expositions de photographies, un festival rock, des représentations de théâtre, le squat s’adapte. L’organisation est simple : une adhésion à l’association. Mais le projet repose sur le lieu.
A la belle
Freddy, le plus ancien bonne-étoilien, présent depuis le début du projet parle de “période de transition”. Après avoir passé deux années dans le même lieu, à prendre le temps de s’installer et de se structurer solidement, la Bonne Etoile doit tout recommencer ou presque. Il pourrait s’agir d’un coup dur voire d’un coup fatal. Mais les membres de l’association le perçoivent comme une opportunité. Ils souhaitent redéfinir leurs objectifs. Lors des réunions se déroulant à l’arrière du bus de Freddy, aux allures de Chill out, chacun exprime ses attentes.
Le groupe connaît de nombreux changements, l’équipe se réduit. Plus que quatre d’entre eux vivent dans leurs camions, provisoirement installés au 103 quai Queyries. Pour Freddy comme pour toute l’équipe, il n’est pas opportun de parler de fin, mais plutôt de renouveau. Il faut repartir sur de bonnes bases. Fini le squat et l’illégalité, les ennuis juridiques et les expulsions : un bail de location semble d’actualité. Les visites d’entrepôts susceptibles de pouvoir les accueillir, abriter les camions et permettre l’aménagement d’ateliers de création, s’organisent. En parallèle de ces initiatives, la municipalité pourrait soumettre des propositions de relogement de l’association. Freddy reste sceptique. Pour le moment, aucune suggestion n’a été formulée de la part des autorités locales.
Mais la Bonne Etoile forge son avenir. Une nouvelle programmation devrait reprendre dès l’été prochain dans un lieu encore inconnu, mais qui aurait des allures d’appartement, confie un bonne étoilien : un concert dans le séjour, un apéro ou un petit déjeuner dans la cuisine, des rencontres dans les différentes pièces. En attendant, le 13 décembre une soirée de soutien est prévue. Une forme de manifestation de vie, ou de survie,
qui réunira les alliés, les adhérents, et plus peut être.
Tania Gomes
Freddy explique ce qu’est devenue la Bonne Etoile.
Errant dans les bibliothèques, fouillant dans les greniers, les auteurs de bandes dessinées entreprennent aujourd’hui des recherches colossales pour être au plus près de la réalité de la Grande guerre. L’histoire, semblent penser les dessinateurs, est un sujet trop sérieux pour être laissé aux historiens. Reste que toutes ces petites vignettes façonnent désormais notre imaginaire. Au risque d’une réalité biaisée.
L’exaltation de la confrontation, l’odeur de terre retournée et de poudre, l’imminence de l’ennemi… Peindre la guerre va être passionnant : elle est si jolie ! » lance le général Morancet à Vincent Van Gogh dans l’album La ligne de Front. Le dessinateur et scénariste Manu Larcenet, peu soucieux de l’anachronisme – Van Gogh est mort en 1890, transporte le peintre aux tournesols dans les tranchées. De leurs salons boisés, les ronds de cuir parisiens le chargent d’aller croquer les combats. Ils veulent voir et « sentir l’odeur du sang » pour mieux comprendre la guerre. L’univers de la BD a suivi cet exemple : les auteurs sont de plus en plus nombreux à dessiner la Grande guerre.
Mais la BD est une aventure solitaire voire cathartique. Prenons deux auteurs. Le dessinateur Jacques Tardi, par exemple, se lance sur les traces de son grand-père le poilu. Pierre Gibrat, lui, réécrit sa jeunesse. Il dessine un personnage, Matteo, tous deux sont fils de révolutionnaires, tout deux partent se battre pour l’admiration d’une femme. Ce regard partial fait forcément de la BD le véhicule d’un message, voire même, d’une idéologie.
L’instrument de la propagande de l’Etat
Cette nature prosélyte, la BD la traîne depuis sa naissance. Au début du XXe siècle, cette littérature n’est rien d’autre qu’un instrument de la propagande de l’État. Les « illustrés » sont vendus dans les kiosques. Ils sont le seul moyen pour le citoyen non-mobilisé de se représenter le front.
André Simon est l’organisateur du Festival de la BD de Gradignan en Aquitaine. L’origine de la BD, il peut en parler : chez lui, les albums se comptent par milliers. Se définissant comme « archiviste », il possède de véritables antiquités.
La rigueur de Tardi
14-18 devient donc pour longtemps un thème évité par la bande dessinée. Il faudra attendre 1974 avec l’Adieu Brindavoine de Jacques Tardi pour qu’un nouveau regard se pose sur la Der des der. En 1993, il réitère et signe une œuvre majeure, C’était la guerre des tranchées. Loin de la propagande du début du siècle, Tardi n’en défend pas moins un message fort : 14-18 n’est rien d’autre qu’une boucherie inutile. Il cite Anatole France, « On croit mourir pour la patrie et on meurt pour des industriels ». Par la force de son dessin, en 126 pages, il nous a convaincu.
L’auteur se plonge dans l’étude des tranchées avec une rigueur toute scientifique. Si bien qu’il s’oblige à préciser, dans l’introduction à son ouvrage, que « C’était la Guerre des tranchées n’est pas un travail d’historien ». L’historien dans l’affaire, c’est son ami Jean-Pierre Verney avec qui « chaque image de cet album a nécessité une ou plusieurs longues conversations téléphoniques » explique encore l’auteur. Désormais « dessiner la Grande guerre, c’est marcher sur les plates bandes de Tardi » disent parfois les autres dessinateurs.
Luc Révillon est historien, auteur de “14-18 dans la BD”. Il pointe les tensions qui existent entre l’histoire et les dessins de Jacques Tardi. Selon lui, malgré sa rigueur, “la démarche de Tardi est plus idéologique qu’historique”.
Un éventail inépuisable de situations romanesques
D’autres dessinateurs prendront la suite de cette démarche militante. Mais 14-18 offre un éventail inépuisable de situations dessinées. Si Tardi s’attaque de front à la condition poilue, la guerre est pour d’autres un prétexte à des sagas romanesques. Un exemple parmi d’autres : Jean-Pierre Gibrat. Son Matteo, c’est la petite histoire dans la grande. Jean-Pierre Gibrat dessine les tranchées avec de la pastel. Même en plein jour, on ne reconnaît pas le soleil. Dans cette ambiance mélancolique, Matteo part au front pour impressionner Juliette. “Sa reconquête passait toujours par celle de l’Alsace et la Lorraine”.
Jean-Pierre Gibrat va chercher ses sources dans les films, dans les romans, dans les documentaires. Son travail de création est intimement lié à ses recherches historiques.
Dans la bande dessinée, la Première guerre est « à la mode » avait dit un jour Tardi. Et cette littérature est de plus en plus populaire. Elle occupe désormais une place prépondérante dans la construction de notre imaginaire. Au détriment, parfois, de la vérité historique. Pour Luc Révillon, la BD n’est qu’un “reflet de son époque”.
Cette rivalité entre histoire et bande dessinée ne fait que commencer. Historiens et dessinateurs reconnaissent bien volontiers que leurs travaux sont forcément orientés Probablement a-t-on besoin d’idéologie pour évoquer 9 millions de morts sans en perdre son humanité.
Dès octobre 1914, l’Etat Major des Armées décide d’accroître le recrutement des troupes africaines. En France métropolitaine, deux sites, celui de Fréjus – Saint Raphaël et celui du Courneau en Gironde permettront l’accueil, l’entraînement et la réorganisation des bataillons tirailleurs sénégalais. Retour sur le camp dans le bassin d’Arcachon qui a accueilli 16 000 tirailleurs sénégalais d’avril 1916 à juillet 1917.
940 Sénégalais morts dans le camp
La faute à qui ?
16 000 tirailleurs Sénégalais sont passés par le camp de Courneau durant la Grande Guerre. 940 y sont morts. Un taux de mortalité très élevé. Si les historiens ont polémiqué sur le sacrifice des tirailleurs sénégalais au front, personne n’a pensé à ceux qui sont morts dans les camps, à l’arrière du conflit. Des morts moins glorieuses mais tout aussi tragiques. Ils sont morts de maladies car les conditions d’habitation et d’hygiène n’étaient pas adaptées à leur physiologie et à leur mode de vie. Si les historiens locaux ont une lecture neutre des faits recueillis, Salif Koala, historien burkinabé, spécialiste de la question coloniale en fait une analyse accusatrice. Il pointe du doigt l’irresponsabilité de l’Etat français.
Leur quotidien au camp
Jean-Pierre Caule, Jean-Michel Mormone et Patrick Boyer, historiens du Bassin d’Arcachon ont reconstitué les conditions de leur vie grâce à l’étude des courriers, des listes, des cartes postales de l’époque…
Si les tirailleurs sénégalais pensaient risquer leur vie au front à cause des balles, c’est d’abord à cause du climat et des mauvaises conditions d’habitation et d’hygiène dans leur camp d’accueil qu’ils risquaient leur vie.
De simples baraquements en bois
Les bâtiments, destinés à loger la troupe sont des baraques, longues de 30 mètres et larges de 6, peuvent recevoir 60 hommes, parfois plus soit 180 m2 pour 60 hommes. De construction légère, ossature de bois recouverte de toile goudronnée, elles manquent d’étanchéité à l’usage et laissent passer l’eau de pluie. Le sol de ces baraques est fait de terre battue. Le chauffage est assuré par des poêles bois-charbon, l’éclairage par des lampes à carbure et pétrole : les bougies sont interdites. Il n’y a de l’électricité que pour l’hôpital fournie par un groupe électrogène.
Politique d’hygiène insuffisante
“Chaque unité fait nettoyer dès le réveil l’intérieur des édicules de son secteur. Le service d’assainissement du camp fait répandre des produits antiseptiques à l’intérieur et à l’extérieur des édicules…” Malgré une prise de conscience tardive de l’Etat major de l’Armée à la Direction des Troupes Coloniales, le taux de mortalité élevé n’est pas enrayé. On recense 940 décès de juin 1916 à juillet 1917. Beaucoup meurent d’affections pulmonaires. Le personnel médical accueille près de 16.000 combattants en décembre 1916. Et le 72e bataillon de tirailleurs sénégalais, le seul à rester sur le site après le départ général, en paye le prix fort. 170 de ses soldats sont décédés. (Voir l’encadré a). Morts à l’arrière Dès juin 1916, le nombre de décès est suffisamment important pour que l’on décide par arrêté préfectoral du 19.07.1916, de créer un emplacement pour recevoir la sépulture des soldats sénégalais décédés au camp. Cet emplacement est situé sur la section F N°116 du plan cadastral de la commune de La Teste au lieu dit « Natus de haut » à 1 km du camp. Salif Koala, historien spécialiste de la question coloniale est allé se recueillir en octobre 2008 devant la stèle érigée en 1950. Il a étudié les archives du camp de Courneau. Il donne son sentiment sur la vraie raison de ce gâchis.
Pas sur le même pied d’égalité que les militaires français… Dans ce cas, les tirailleurs de ce camp ont payé le prix fort des restes de la colonisation (Voir l’ encadré b). Depuis deux ans, on entend beaucoup parler de la cause des tirailleurs de la Seconde guerre mondiale. L’opinion publique leur est acquise grâce au film “Indigènes”. Du coup, l’Etat français fait un effort avec la hausse des pensions. Pour les descendants des tirailleurs de la Grande guerre, c’est plus compliqué. S’ils voulaient apporter la preuve de leur parenté avec des poilus du camp de Courneau, originaires des quatre coins de l’Afrique de l’Ouest, sans papier d’identité au début du siècle… ce serait comme remonter au front.
Christelle JUTEAU
Encadré a : Situation sanitaire au Camp du Courneau
Novembre 1916
Dates
Nombre d’entrées à l’hôpital
Nombre de décès
Du 1er au 7 novembre
144
12 (8,33%)
Du 8 au 14 novembre
149
5 (3,36%)
Du 15 au 21 novembre
134
11 (8,21%)
Du 22 au 28 novembre
138
14 (10,1%)
Du 29 novembre au 5 décembre
176
39 (22,2%)
(Source 2)
Encadré b : Extraits de courriers des officiers français. Les tirailleurs sénégalais perçus par eux.
Le 1/07/16 un sergent major du 64ième BTS écrit:
” A la première compagnie du 64ième les races ne sont pas les mêmes. Nous avons des Woloffs, des Baoulés, des Sarakolés, des Sossos, tandis qu’à mon ancienne Cie j’avais des Bambaras, ces derniers sont plus fidèles et plus francs que les Woloffs mais tous marchent bien quand même… “
Le 10/03/17, un autre courrier montre le caractère aigri du rédacteur:
” Me voilà définitivement replongé au milieu des noirs et en plus dans un camp éloigné de 8 km de La Teste petit village qui ne doit son importance qu’au camp qui le fait vivre. Aucune distraction. Tout le cadre ici réclame le front comme faveur.”
(source 1)
Sources:
1) Jean-Pierre CAULE, Patrick BOYER, Jean-Michel MORMONE, “1914-1918 Le Bassin d’Arcachon”, société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, novembre 2008.
Un labo au quatrième étage du musée d’Aquitaine. Marina Biron, conservateur- restaurateur à l’Inrap (institut national de recherches archéologiques préventives) pose trois boîtes sur la paillasse. À l’intérieur des deux premières, une parure d’une élégance exceptionnelle : une boucle de ceinture mérovingienne.
L’objet est en fer, plaqué argent. L’orfèvre y a incrusté un fil de métal pour dessiner un entrelas de cordes. « On appelle cette technique damasquiner » souffle Marina. Le contenu de la troisième boîte est indescriptible : une motte de terre ou de rouille dont la forme grossière, rappelle les proportions des boucles. « Normal sourit Marina, c’en est une aussi ! Nous n’avons pas encore eu le temps de la nettoyer. »
Des objets comme les boucles de ceintures, le laboratoire en regorge. Des épées, des céramiques, une quantité incroyable de monnaies et des fibules (broches). Tout nettoyer ? Impossible. Marina et Valérie doivent faire des choix. Pour le reste, direction les entrepôts de l’Inrap en attendant qu’un jour peut-être, quelqu’un se penche dessus.
Faire parler la terre
Première étape, connaître la forme de l’objet. Il faut un guide pour descendre les différentes strates de la corosion. Direction l’université d’antrhopologie et ses appareils de radiographie. Épaisseur, taille, forme exacte de l’objet apparaissent sur les clichés. Les dessins et les décors aussi. Un travail long et minutieux attend Marina et sa collègue Valérie.
La boucle de ceinture qui prvovient du Médoc, date du 6ème ou 7ème siècle. « Les archéologues l’ont trouvée dans la tombe d’une jeune fille, précise Valérie. Grace aux os du bassin, on sait qu’elle devait avoir une vingtaine d’années. » Premier diagnostic, la boucle est fissurée et était en contact avec le sol. Marina met sa casquette de chimiste « L’objet contient du sel (du chlorure de fer pour être précis). Il faut enrayer son action qui ronge la matière par un bain de soude. » La boucle risque de se déliter et de s’effeuiller.
Pour nettoyer, Marina et Valérie ont plusieurs cordes à leur arc : bistouri, petit tour électrique, bain d’acide et brosse légère. « Tout dépend du métal traité, explique Marina. L’argent par exemple est très souple. On se servira plutot du bain chimique pour ne pas l’abîmer. » Comme lors de fouilles, les couches sont enlevées les unes après les autres. La conservatrice s’arrête à la patine, elle ne descend jamais jusqu’au métal. « Il faut respecter la vie de l’objet, le passage du temps, estime Marina. Je ne dois pas le réparer ni de lui donner un aspect neuf. » Sourire aux lèvres, elle ajoute : « Mon métier est de faire parler les objets. »
Vu sur les paillasses des labos
Entre les produits chimiques et les outils, le laboratoire est un vrai musée. Beaucoup d’objets en cours de nettoyage ne seront pas exposés avant plusieurs annnées (certains même jamais…). Mais tous ont une histoire ou un secret que nos deux conservatrices font revivre. Donc avis aux curieux, click and see !
Au menu du Samovar, tarte et subversion pour ce sympathique salon de thé-bibliothèque, que ses propriétaires aiment à qualifier de ”coopératif et solidaire”
Le Camarade Mao nous avait pourtant averti, La révolution n’est pas un dîner de gala. C’était sans connaître le puissant esprit contestataire qui règne dans les salons de thé bobos. Dans cette atmosphère conviviale, petites causes et grands débats prennent vie autour d’une tasse de thé. Une sélection de pas moins de vingts variétés s’offre au buveur, du classique Earl Grey aux subtiles parfums du massif tibétain. Pour manger, il faut chercher du côté des tartes bios et autres mets issus de la cuisine végétarienne… eh oui on l’apprend sur le menu, ”le régime carné de l’homme occidental est insoutenable à l’échelle de la planète”. Tartes salées, tartes sucrées donc… c’est à peu prêt tout, si ce n’est un fondant au chocolat, qui avec seulement 30 grammes de beurre, forgea jadis la solide réputation de l’établissement. Mais si la découverte -avec méfiance d’abord, puis grand plaisir- de préparations à base de cèleris - curry est en soi digne de remplir une journée, l’estomac reste quant à lui parfois un peu sur sa faim.
Pas de tabac, pas d’alcool. Exceptionnellement, un verre du seul vin proposé à la carte enflammera les plus audacieux, mais l’ivresse est avant tout livresque au Samovar. En effet, l’âme des lieux réside en réalité dans ses rangées de livres qui tapissent les murs du salon. Une véritable caverne d’Ali Baba pour ses lecteurs, habitués ou occasionnels. On y trouve pêle mêle encyclopédies, bouquins d’arts, ouvrages philosophiques, polars ou bandes dessinées, dans un ton qui va du sérieux au léger.
En attendant son festin, on prend plaisir à flaner dans les rayons de livres aux titres évocateurs, tels que Le Manuel de l’animateur social, ou La Révolution ludique... les Schtroumpfs de Peyo sont aussi à l’honneur. Les fables politiques des lutins bleus prennent une dimension nouvelle dans cette antre de la confédération paysanne. Tout en grignottant nonchalament sa part de tarte à la salsepareille, on se prend soudain à se demander pourquoi Gargamel est aussi méchant. La soif du profit sans doute.
Une riche vie associative
Un calendrier chargé rythme la vie politique du Samovar. C’est d’abord le point de rendez-vous préféré de nombreux départs de manifestations. On citera parmi d’autres le Collectif de Résistance à la Droite bordelais, mais nombreux sont ceux à faire escale dans ce haut lieu symbolique de la contestation, avant de reprendre la lutte… le ventre plein cela va sans dire.
La direction se propose gracieusement d’acceuillir toutes sortes de débats associatifs, pourvu qu’ils soient en accord avec l’esprit des lieux. Au programme, politique avec Alternative Gironde, proche de José Bové, Santé, grâce au collectif Apprendre à Porter son enfantqui anime des ateliers pour répondre aux questions autour du portage, et apprendre à porter son bébé, en respectant sa physiologie. Voyages également, avec partage de ses expériences estivales, animé par des objecteurs de croissance, récits de visites d’écovillages, lectures et pensées profondes… la liste est longue et ne lasse pas de ravir.
A la longue, on ne peut que finir par se demander où mène un tel mélange des genres. On se risquerait bien à avancer l’hypothèse de l’appât du client, si les causes plaidées n’étaient pas si importantes. Mais il serait injuste de faire un procès d’intention au Samovar, car derrière ce côté militant associatif un peu surfait, se trouve un endroit précieux. Il y règne une véritable chaleur, à laquelle la décoration feutrée et les sympathiques buveurs de thé ne sont pas étrangers. Le Samovar, c’est l’endroit idéal pour finir une après-midi ou fuir la grisaille derrière un bon bouquin.
Le Samovar, 18 Rue Camille Sauvageau 33000 Bordeaux. Ouvert tous les jours de 10h30 à 20h