Immobilier: Bordeaux frappé par la crise

19 12 2008
La crise économique et financière est présente dans tous les esprits. Elle l’est aussi à Bordeaux où l’immobilier rencontre de sérieuses difficultés. Marché en berne, crédit bloqué, acquéreurs hésitants: les professionnels du secteur en sont les premiers touchés. Déjà, les dépôts de bilan se multiplient sur l’agglomération.
Frilosité des banques, resserement du crédit, acquéreurs hésitants, la crise sévit à Bordeaux.

Frilosité des banques, resserrement du crédit, acquéreurs hésitants: la crise sévit à Bordeaux.

Quartier des Grands Hommes, derrière une devanture décorée pour les fêtes où s’exposent les biens disponibles, Valérie s’impatiente. « Les clients se font rares, le marché est au point mort, onze mois que ça dure! », s’exclame-t-elle. Un constat partagé par Michel Ballon, responsable de la Fédération nationale de l’immobilier (FNAIM) en Aquitaine. Celui-ci évoque une chute des ventes de l’ordre de 30 à 40% sur l’année. Ces professionnels sont unanimes, la crise immobilière sévit à Bordeaux.

Christophe Duffau du cabinet Rabau Darchand, près de la Victoire, préfère parler d’un « fléchissement » plutôt que d’une chute. Un mot qui effraie, même s’il concède que les dix derniers mois ont été catastrophiques, « c’était alarmant, personne ne poussait la porte ». La première quinzaine de décembre lui redonne malgré tout quelques espoirs. Les clients se renseignent à nouveau, « par curiosité ». « Depuis que la crise des subprimes ne fait plus les gros titres », remarque-t-il.

Premières victimes bordelaises, les cabinets spécialisés dans la transaction. Ces dernières années avaient vu leur multiplication. Faute de pouvoir se retourner sur d’autres activités, leurs difficultés s’accumulent aujourd’hui. Les dépôts de bilan se multiplient, à une fréquence soutenue depuis peu. « Il n’y a qu’à regarder chaque semaine les Échos judiciaires », commente Michel Ballon. Administration de biens, syndic de copropriété, ceux qui ont su se diversifier encaissent mieux la crise.

“Une réalité du marché”

Si l’immobilier bordelais subit bel et bien les conséquences du marasme économique, Christophe Duffau tient pourtant à faire la distinction. Tous les segments du marché ne sont pas frappés de manière identique. « Tout dépend du bien proposé », insiste-t-il. Ainsi, les grands volumes payent un lourd tribut à la crise, seuls les « produits d’exception » continuent à trouver preneurs. Pour les biens à moins de 100 000 euros, la situation est toute autre. Studio et T1 résistent mieux à la chute des transactions. Une « réalité du marché » qui s’explique par la nature des acheteurs selon ce professionnel.

Deux logiques s’affrontent en effet. Celle des primo accédants souhaitant acquérir un bien pour leur usage personnel, et celle d’investisseurs bien décidés à laisser passer la tempête. Car c’est l’une des conséquences directes de l’effondrement des places boursières, ceux qui disposent de fonds propres et suffisants se détournent des marchés financiers et misent sur des produits « plus classiques » en attendant des jours meilleurs. « La pierre reste encore une valeur refuge, un placement à moindre risque », explique Christophe Duffau. Les primo accédants, confrontés à la frilosité des banques, sont finalement les grands perdants du moment. Leurs demandes de financement sont la plupart du temps refusées alors même que leur rôle est primordial pour la bonne santé de l’immobilier.

A l’origine de la crise, les établissements bancaires sont largement pointés du doigt. Pour faire face à leurs propres pertes, ils ont réduit leur offre de crédit et multiplié les garanties. Sans un apport initial dépassant les 20%, plus aucune banque n’accepte de prêter des fonds. Mais Bordeaux paye également les errements d’une poignée de promoteurs immobiliers. Les projets se sont multipliés sur l’agglomération ces dernières années. Sans véritable concertation. Résultat: l’offre dépasse aujourd’hui la demande et déstabilise un marché saturé.

Les prix n’enregistrent pas pour autant de baisse significative. Pour le moment, seuls quelques propriétaires consentent à revoir leurs ambitions. Mais il s’agit la plupart du temps de biens surestimés, l’écart se réduisant à leur valeur réelle. Pour certains, cette baisse des prix serait néanmoins souhaitable. Sur Bordeaux, rappellent-ils, les prix auraient plus que doublé en cinq ans. Une légère dépréciation du marché pourrait ainsi le relancer.

Se refusant à pronostiquer tout retour à la normal, les professionnels de l’immobilier prédisent seulement une année 2009 très difficile. Le temps pour le marché de se stabiliser, pour les banques d’accorder à nouveau le crédit nécessaire à la bonne marche du secteur. Le temps surtout de restaurer un climat de confiance. Un ingrédient qui manque cruellement ces derniers temps.

Fabien Paillot





Les dessous du travail dominical

12 12 2008

La boutique The lingerie Shop, comme les 23 autres magasins du quai des marques, doit s’adapter à un nouveau jour de labeur: le dimanche. Embauche supplémentaire, rotation du personnel et cadences infernales… une organisation rigoureuse est nécessaire. Reportage.

Au boulot pour l'élaboration de nouveaux plannings!

Au boulot pour l'élaboration de nouveaux plannings!


Entre collants et porte-jarretelles soigneusement exposés, les deux responsables de la boutique The Lingerie Shop, au hangar 19 du quai des marques, s’affairent. Dimanche prochain, l’une d’entre elles travaillera dimanche, l’autre sera en week-end dès samedi soir, jusque mercredi matin.Depuis le 12 octobre dernier, ce magasin, comme les 24 du quai des marques, est ouvert le dimanche. L’ endroit est le seul de Bordeaux à avoir obtenu cette autorisation jusqu’au 31 décembre. La raison, contestée par d’autres commerçants bordelais: les quais de Garonne sont une zone touristique d’affluence. Déjà lors de la mise en place du projet, le travail dominical était prévu. C’est aujourd’hui chose faite. Pour s’adapter à ce nouveau jour de travail, The lingerie Shop a entrepris une démarche originale: “le siège de notre SARL a exigé de nous tous une lettre” explique Juliette Malherbe, responsable adjointe du commerce. Objectif: que chacun s’exprime sur son souhait, ou non, de travailler le dimanche, et sous quelles conditions.

Du consentement…

Les cinq salariés de la boutique ont tous accepté ce jour de labeur supplémentaire. La principale raison? Le décret prévoit « d’être rémunéré à 100% »; c’est-à-dire, le double. Juliette Malherbe précise ” Parmi tout le personnel, la plus âgée doit avoir environ 35 ans. C’est donc plus simple pour s’organiser parce que personne n’a d’enfants, je ne suis pas sûre qu’on aurait tous accepté sinon“.

Pour faire face à ce nouveau jour travaillé, une étudiante de 18 ans a été embauchée. La jeune file s’avère très satisfaite: “Moi, je suis de service que le dimanche après-midi. Ça m’arrange bien car mon emploi du temps en semaine est vraiment chargé. Après, bien sur, je ne ferai pas ça tout le temps mais cette solution me convient bien pour arrondir les fins de mois“.

Pour les employés habituels, le siège a imposé un système de rotation, avec la présence, à chaque fois, de 3 employés. Deux solutions possibles, Gaelle Callarec, la responsable, commente: “soit je travaille avec notre étudiante de 18 ans, et un autre employé à mi-temps, soit Juliette travaille avec les deux étudiantes“. En résumé: les deux dirigeantes travaillent un dimanche sur deux.

….aux doutes.

Mais pour Juliette, les premières réserves apparaissent déjà “C’est difficile quand on est jeune, on travaille déjà le samedi, alors en plus le dimanche…Du coup, je ne sors presque plus avec mes amis.” Et même avec le système de rotation, la salariée n’est pas satisfaite.“ Être de repos le lundi et le mardi, ça ne permet pas de voir notre entourage, car tout le monde travaille ces jours-là!“. La responsable, elle, reste plus enthousiaste “On ne travaille qu’un dimanche sur deux, et on a trois jours de repos la semaine suivante, ça nous permet de partir si on en a envie. Finalement, c’est un mal pour un bien“.

"Travailler un dimanche sur deux, ça me laisse trois jours repos la semaine suivante!" se réjouit Gaelle, la responsable.

"Travailler un dimanche sur deux, ça me laisse trois jours repos la semaine suivante!" se réjouit Gaelle, la responsable.


Les avis divergent donc sur la question du travail dominical. « Il faut vraiment se sentir bien sur son lieu de travail pour l’accepter » résume Juliette. Dans les autres commerces du quai des marques, ce système de rotation entre les responsables est une tendance générale. Contrairement au recrutement de vendeurs. Les magasins ont préféré opter, en majorité, pour une répartition des horaires dominicaux entre les salariés déjà présents dans l’entreprise « Avec la conjoncture actuelle, on a pas besoin de vendeurs en plus. On s’arrange entre nous pour faire les plannings et voir qui travaille le dimanche » confie la responsable de JB martin Chaussures, Patricia Ba. Dans l’ensemble, les commerçants s’avèrent satisfaits des premiers résultats « ce jour-là, les gens sont beaucoup plus décomplexés et n’hésitent pas à acheter sur un coup de tête. » explique Juliette Malherbe. Résultat: + 40% de ventes enregistrées pour le magasin. « Pourvu qu’on ouvre aussi après les fêtes! » espère la responsable de la boutique de lingerie.

Julie Delvallée.





L’histoire méconnue des “Sammies” de Bassens

10 11 2008

Les camps américains de Bassens. Photo B. Vallier. Droits réservés.

En 1918, plus d'un million de Sammies, les soldats américains, ont transité à Bassens . (Photo B. Vallier. Droits réservés.)

Entre 1917 et 1919, l’armée américaine s’implante à Bassens pour construire un nouveau port. Ces aménagements, nécessaires à l’entrée en guerre des Américains , ont permis à la ville de développer des infrastructures encore précieuses aujourd’hui. Il ne reste pourtant aucune trace de cette époque.

Il ne reste presque plus rien de visible de la présence des Américains – les «Sammies» – à Bassens pendant la Première guerre mondiale. Aucune plaque, aucun monument. Certains Bassenais se souviennent parfois de la présence de l’armée américaine entre 1944 et 1950. Peu savent en réalité que l’activité portuaire actuelle de Bassens trouve une plus grande part de son origine en 1917.

En 1915, la ville de Bordeaux décide d’investir le site de Bassens pour développer ses équipements portuaires. Les Etats-Unis entrent en guerre en 1917. Quelques semaines plus tard, les Américains travaillent à Bassens à la construction de nouvelles infrastructures. Les travaux commencent le 9 novembre 1917.

8 000 Sammies font les trois-huit

A leur arrivée, le port de Bassens – «Old Bassens» comme il est rapidement rebaptisé – ne comprend que quelques centaines de mètres de quais. Plus de 8 000 Sammies vont travailler sans relâche pour développer le «New Bassens».

Le projet : 1 250 mètres de quais avec dix postes d’accostage pour les cargos, des hangars de stockage et un réseau ferroviaire permettant de transporter matériel militaire, troupes et vivres sur le front.

Dès mars 1918, les premiers cargos américains sont à quai. Des grues révolutionnaires déchargent jusqu’à 6 600 tonnes de marchandises par jour. Dix hangars sont bâtis le long des quais. Un entrepôt abrite les marchandises sur une surface de 33 000 m2. Les soldats construisent même un hangar frigorifique pour conserver les denrées alimentaires. Une innovation pour les habitants de Bassens.

Au départ des Américains dans le courant de 1919, le port de Bassens dispose des infrastructures nécessaires pour développer une activité économique prometteuse. Certaines de ces infrastructures sont encore utilisées aujourd’hui.

Bernard Vallier, de l’association Histoire et Patrimoine de Bassens, prend l’exemple du réseau ferroviaire :

Bassens se métamorphose à jamais

Le port de Bordeaux, puis l’armée américaine ont choisi Bassens pour des raisons géographiques. A ce niveau de la Garonne, le site peut accueillir des installations portuaires en eaux profondes. De plus, l’activité principale de Bassens en 1915 est la viticulture. Sur de ces terres agricoles, il y a toute la place nécessaire pour développer des infrastructures lourdes.

Après le départ des troupes, la viticulture bassenaise est peu à peu laissée à l’abandon. Le nouveau port de Bassens promet un développement économique prospère. Le «Old Bassens» des vignerons est donc remplacé par le «New Bassens» des armateurs.

Bernard Vallier explique l’abandon progressif des cultures viticoles à Bassens après le départ des Américains :

Amnésie

Aujourd’hui, Bassens vit essentiellement de ses activités portuaires. Déclaré site d’intérêt métropolitain (SIM), le port de Bassens ne cesse de se développer. Des origines américaines du port , il ne reste aucune trace. Le quai de «New Bassens» s’est longtemps appelé «Quai des Américains» mais il a récemment été renommé.

Avec le service communication de la mairie, Bernard Vallier et l’association Histoire et patrimoine avait réveillé ce souvenir en organisant une veillée d’histoire en 2004. Grâce à ce travail, on sait combien la guerre de 1914 a métamorphosé Bassens à tout jamais. Grâce aux Sammies de 1917 et la Grande guerre, le «Old Bassens» aura définitivement laissé sa place à un «New Bassens» encore florissant aujourd’hui.

Maxime Meyer

A VOIR AUSSI : Les Sammies en images

Ce diaporama retrace les grandes étapes de deux ans de présence militaire américaine à Bassens. Les camps d’hébergements, les chantiers navals et ferroviaires mais aussi le destin de ces hommes. Il y a d’abord les funérailles du marin Williams le 21 novembre 1918. Et puis d’autres histoires comme celle de James Remington. Caporal dans le 18e Régiment des «Engineers», il est resté en France après la guerre et a épousé une Bassenaise. Treize autres mariages furent célébrés avant le mois de juillet 1919.

Des photos de Bernard Vallier, sur le site Kizoa: [Les Sammies de Bassens. Collection privée de B. Vallier. Droits réservés]