La France est le 4ème pays le plus fréquenté par les étrangers pour étudier, derrière l’Allemagne, les Etats-Unis et la Grande Bretagne.
La cellule de la carte de séjour l'Université de Bordeaux est toujours très fréquentée par les étudiants étrangers.
Les étudiants étrangers sont de plus en plus nombreux, chaque année, à poursuivre leurs études en France. Cette tendance peut s’expliquer par la présence d’ universités réputées et de coûts raisonnables. Cette année, les procédures administratives concernant l’accueil des étudiants étrangers sont en plein changement. La simplification des procédures est une des modifications importantes. Le nouveau type de visa pour les étudiants étrangers en fait partie.
Comment ce nouveau type de visa simplifie l’accueil des étudiants étrangers ?
Le décret n° 2009- 477 a instauré de nouvelles dispositions pour les étudiants qui ont un visa d’une durée supérieure à 3 mois. Ils reçoivent un visa long séjour avant de faire une demande pour un titre de séjour (VLS-TS).
Oxana Matriva accueille et contrôle les dossiers des étudiants étrangers à la cellule de la carte de séjour. Elle explique que l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) s’occupe seul du traitement des titres de séjour. Contrairement à l’ancienne procédure, les étudiants ne sont pas obligés de passer par la préfecture pour la première délivrance.
La nouvelle procédure permet aux étudiants de préparer leurs documents en une seule fois. Oxana Matriva annonce la facilité de ce nouveau type de visa: “Avant, les étudiants déposaient les mêmes papiers d’abord pour délivrer leurs visas et ensuite pour avoir leurs titres de séjour .” Grâce à cette nouvelle disposition, les étudiants ne perdent plus de temps.
La seule obligation pour obtenir ce nouveau type de visa, c’est une visite médicale à l’OFII. Les étudiants étrangers présentent leur passeport, un justificatif de domicile et une photo à l’accueil, c’est-à-dire seulement la moitié des documents exigés par l’ancienne procédure. Beaucoup plus facile pour les étudiants. Ils n’ont pas besoin de chercher plusieurs documents pour se voir délivrer leur titre de séjour. Selon Oxana Matriva, “le nouveau type de visa facilite vraiment les démarches des étudiants étrangers pour la première demande”.
Quand la visite médicale se termine, les étudiants reçoivent leur passeport avec l’apposition d’ une vignette sécurisée faite par l’OFII. Après avoir accompli cette procédure administrative, ils sont libres de séjourner sur le territoire français et d’ accéder aux mêmes offres que les étudiants français.
Une robe de magistrat, le 16 décembre 2008, jour de l’accueil des nouveaux auditeurs de justice à l’ENM. Un habit de prestige pour une responsabilité qui peut être écrasante.
A partir de 2009 les candidats au concours d’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) devront satisfaire à des tests psychologiques pour être admis. Une épreuve supplémentaire pour accéder au prestigieux statut d’auditeur de justice. Mais surtout une réforme polémique puisqu’elle touche à un domaine particulièrement sensible : la santé psychique. Lisez la suite de cette entrée »
Son appartement s'est transformé en atelier d'artiste
Dans l’ombre d’un appartement bordelais, Morja peaufine les planches de sa première bande dessinée et se félicite d’avoir remplacé son colocataire par un chat souffrant d’embonpoint.
Démarche chaloupée et petit air taquin, James Moreau alias Morja, nage dans un univers saugrenu. Monstres en tout genre, animaux qui parlent, et bestioles farfelues remplissent le quotidien de ce bédéiste de 34 ans. Pourtant, sa vie aurait pu être nettement moins marrante, voire carrément plus emmer…
Rêve. Même s’il n’hésite pas à affirmer que « la bande dessinée est avant tout un rêve de gamin », James a bien failli se réveiller avant de l’avoir réalisé. Après le bac, il entame un cursus scientifique sans grande conviction. Heureusement rattrapé par sa fibre artistique, il décide de tenter le concours d’entrée aux Beaux Arts de Pau. Une expérience qui se révèle « déterminante » et qui l’entraîne sur d’autres voies, celles du dessin animé. Après un petit écart de quelques années durant lesquelles il travaille notamment pour le studio d’animation Aardman à Londres, il revient à ses premières amours : la bande dessinée.
Passerelle. Son style est indissociable de son expérience dans le monde de l’animation. Avec des dessins qu’il qualifie de « rétro et très influencés par le dessin animé », Morja est la preuve que les passerelles entre différents domaines artistiques existent. Impensable pour l’artiste de se cantonner à une esthétique déterminée, impossible de limiter ses vignettes à une influence en particulier. Les ponts sont jetés entre manga et bande dessinée franco-belge, entre cinéma et dessin animée. Franquin, Enki Bilal et Christin rivalisent avec des films comme Garden State, Into the wild ou Juno dans l’esprit de ce créateur aux influences métissées. L’art sous toutes ses formes est mis à contribution pour conférer à la bande dessinée un foisonnement scénaristique autant que graphique.
Malice. Et puis, il y a quelques années déjà, surgit l’idée de réaliser une bande dessinée pour enfants. Cela fait un bout de temps que Morja griffonne dans les coins de ses planches un chat. Rien à voir avec le chat roux à rayures qui déambule tranquillement dans son appartement, bien que ce dernier l’ait sûrement fortement inspiré. Celui-là est gris, mince, et fait les quatre cents coups. Mais surtout, c’est un chat fantôme. Il répond au doux nom de Catastrophe et accompagne Malice, l’héroïnede la bande dessinée. L’histoire se présente comme un conte chinois dans lequel une fillette est attaquée par des monstres échappés d’un livre. La BD fonctionne sur le principe du gag à la planche. L’héroine est sino française et entourée d’amis de nationalités différentes. « Je voulais quelque chose d’assez positif qui prône le mélange des cultures, la tolérance et le respect. Je ne voulais pas une BD gratuite, sans fond et sans idée», affirme l’auteur. « A l’heure actuelle, on ne peut plus faire d’œuvre sans une conscience du monde qui nous entoure. » Morja mêle tout. Les genres, les gens, se mélangent et se croisent au gré de son crayon vagabond ; et les vignettes de sa bande dessinée, loin d’être des cadres fermés, se transforment en véritables fenêtres ouvertes sur le monde.
La bande dessinée Malice et Catastrophe sera publiée chez Dargaud en 2009
Retrouvez l’univers décalé de Morja sur : http://morja.net/
On connaissait des pubs l’ambiance pintes, matchs de rugby et musique celtique. Mais une autre activité réunit les bordelais autour de leur bonne vieille chopine: les soirées quizz. Un principe simple: des équipes, des questions et un seul gain: de la bière…
Le mardi à 21h30, il n’y a plus une table de libre au Titi Twister. L’heure du quizz a sonné. Maxime Melun, le patron, saisit son micro et énonce les règles pour les petits nouveaux. Comme dans une salle d’examen, il rappelle que l’usage du téléphone portable est interdit sous peine de disqualification. Ça peut faire sourire, mais la tentation est grande. Les questions ne sont pas toujours faciles et le gain du vainqueur est alléchant: une tournée offerte.
Rien de surprenant à ce que les étudiants soient les plus grands fans de ces quizz. Un brin de compétition se fait sentir entre les tables mais l’ambiance reste très décontractée. Ils viennent surtout pour s’amuser. « Et si on gagne la tournée, c’est mieux! » plaisante Camille, une habituée des quizz. Mais trois séries de dix questions plus tard, on peut quand même lire une certaine déception sur le visage des perdants.
Les joueurs semblent pourtant tous d’accord: participer à un quizz, ce n’est pas faire un “jeu à boire”. Ça, ils peuvent le faire chez eux avec un trivial pursuit et un pack de bières. Mais la même phrase revient dans toutes les bouches: c’est un bon moyen de « picoler gratos » dans une ambiance sympa.
Quizz et tournée du patron, même combat
Derrière le divertissement se cache peut-être un problème. Faire gagner de l’alcool, n’est-ce pas une incitation à boire? En pleine polémique sur la suppression des “happy hour“ et des “open bar“, on peut se poser la question. Du côté des patrons de pubs, la réponse est unanime: ils ne forcent personne à boire. « Faire gagner de l’alcool, c’est comme offrir une tournée au client. » se défend le propriétaire du Cock and Bull. L’équipe vainqueur de son quizz remporte trois pichets de bière. « A peu près une pinte par personne. » précise-t-il, « Pas de quoi s’affoler ». Même avis pour Suzanne, chef de salle au Frog and Rosbif. « On propose même aux clients de prendre leurs pichets un autre jour. S’ils ne veulent pas boire, ils ne perdent rien. » Ils assurent tous respecter les lois classiques: ne pas vendre d’alcool aux mineurs, refuser de servir un client trop éméché. Mais pour les quizz, ils ne voient pas le problème. La question leur paraît visiblement saugrenue. « C’est un pub, les gens viennent ici pour boire! » conclut Suzanne.
Viens boire un p’tit coup à la maison
Le discours est bien rodé et ne masque volontairement pas la stratégie commerciale. Les quizz, c’est surtout un bon moyen de faire venir un maximum de personnes dans le pub.
Les joueurs du "Titi quizz" attendent les résultats
Les joueurs viennent entre amis, souvent à six ou sept. Et ils n’attendent pas le verre gratuit pour consommer. Le jour du quizz n’est pas non plus choisi au hasard. Dimanche, lundi, mardi, des jours de faible affluence dans les pubs. Si certains assument de choisir ces jours pour remplir le bar, d’autres préfèrent expliquer qu’organiser un quizz en fin de semaine serait ingérable. Pour convaincre les hésitants, les pubs rendent leurs quizz accessibles à tous. Tous les thèmes y passent et le facteur chance compte souvent. Avoir un bac+8 ne vous aidera pas à trouver, parmi trois propositions, combien de personnes paient l’ISF à Bordeaux ou quel cri pousse l’alouette.
De l’humour, de l’ambiance, de la bière, les pubs ont trouvé la formule magique pour attirer le client et surtout le faire revenir. Les autorités n’ont pas l’air de s’en émouvoir… pour l’instant.
Dès octobre 1914, l’Etat Major des Armées décide d’accroître le recrutement des troupes africaines. En France métropolitaine, deux sites, celui de Fréjus – Saint Raphaël et celui du Courneau en Gironde permettront l’accueil, l’entraînement et la réorganisation des bataillons tirailleurs sénégalais. Retour sur le camp dans le bassin d’Arcachon qui a accueilli 16 000 tirailleurs sénégalais d’avril 1916 à juillet 1917.
940 Sénégalais morts dans le camp
La faute à qui ?
16 000 tirailleurs Sénégalais sont passés par le camp de Courneau durant la Grande Guerre. 940 y sont morts. Un taux de mortalité très élevé. Si les historiens ont polémiqué sur le sacrifice des tirailleurs sénégalais au front, personne n’a pensé à ceux qui sont morts dans les camps, à l’arrière du conflit. Des morts moins glorieuses mais tout aussi tragiques. Ils sont morts de maladies car les conditions d’habitation et d’hygiène n’étaient pas adaptées à leur physiologie et à leur mode de vie. Si les historiens locaux ont une lecture neutre des faits recueillis, Salif Koala, historien burkinabé, spécialiste de la question coloniale en fait une analyse accusatrice. Il pointe du doigt l’irresponsabilité de l’Etat français.
Leur quotidien au camp
Jean-Pierre Caule, Jean-Michel Mormone et Patrick Boyer, historiens du Bassin d’Arcachon ont reconstitué les conditions de leur vie grâce à l’étude des courriers, des listes, des cartes postales de l’époque…
Si les tirailleurs sénégalais pensaient risquer leur vie au front à cause des balles, c’est d’abord à cause du climat et des mauvaises conditions d’habitation et d’hygiène dans leur camp d’accueil qu’ils risquaient leur vie.
De simples baraquements en bois
Les bâtiments, destinés à loger la troupe sont des baraques, longues de 30 mètres et larges de 6, peuvent recevoir 60 hommes, parfois plus soit 180 m2 pour 60 hommes. De construction légère, ossature de bois recouverte de toile goudronnée, elles manquent d’étanchéité à l’usage et laissent passer l’eau de pluie. Le sol de ces baraques est fait de terre battue. Le chauffage est assuré par des poêles bois-charbon, l’éclairage par des lampes à carbure et pétrole : les bougies sont interdites. Il n’y a de l’électricité que pour l’hôpital fournie par un groupe électrogène.
Politique d’hygiène insuffisante
“Chaque unité fait nettoyer dès le réveil l’intérieur des édicules de son secteur. Le service d’assainissement du camp fait répandre des produits antiseptiques à l’intérieur et à l’extérieur des édicules…” Malgré une prise de conscience tardive de l’Etat major de l’Armée à la Direction des Troupes Coloniales, le taux de mortalité élevé n’est pas enrayé. On recense 940 décès de juin 1916 à juillet 1917. Beaucoup meurent d’affections pulmonaires. Le personnel médical accueille près de 16.000 combattants en décembre 1916. Et le 72e bataillon de tirailleurs sénégalais, le seul à rester sur le site après le départ général, en paye le prix fort. 170 de ses soldats sont décédés. (Voir l’encadré a). Morts à l’arrière Dès juin 1916, le nombre de décès est suffisamment important pour que l’on décide par arrêté préfectoral du 19.07.1916, de créer un emplacement pour recevoir la sépulture des soldats sénégalais décédés au camp. Cet emplacement est situé sur la section F N°116 du plan cadastral de la commune de La Teste au lieu dit « Natus de haut » à 1 km du camp. Salif Koala, historien spécialiste de la question coloniale est allé se recueillir en octobre 2008 devant la stèle érigée en 1950. Il a étudié les archives du camp de Courneau. Il donne son sentiment sur la vraie raison de ce gâchis.
Pas sur le même pied d’égalité que les militaires français… Dans ce cas, les tirailleurs de ce camp ont payé le prix fort des restes de la colonisation (Voir l’ encadré b). Depuis deux ans, on entend beaucoup parler de la cause des tirailleurs de la Seconde guerre mondiale. L’opinion publique leur est acquise grâce au film “Indigènes”. Du coup, l’Etat français fait un effort avec la hausse des pensions. Pour les descendants des tirailleurs de la Grande guerre, c’est plus compliqué. S’ils voulaient apporter la preuve de leur parenté avec des poilus du camp de Courneau, originaires des quatre coins de l’Afrique de l’Ouest, sans papier d’identité au début du siècle… ce serait comme remonter au front.
Christelle JUTEAU
Encadré a : Situation sanitaire au Camp du Courneau
Novembre 1916
Dates
Nombre d’entrées à l’hôpital
Nombre de décès
Du 1er au 7 novembre
144
12 (8,33%)
Du 8 au 14 novembre
149
5 (3,36%)
Du 15 au 21 novembre
134
11 (8,21%)
Du 22 au 28 novembre
138
14 (10,1%)
Du 29 novembre au 5 décembre
176
39 (22,2%)
(Source 2)
Encadré b : Extraits de courriers des officiers français. Les tirailleurs sénégalais perçus par eux.
Le 1/07/16 un sergent major du 64ième BTS écrit:
” A la première compagnie du 64ième les races ne sont pas les mêmes. Nous avons des Woloffs, des Baoulés, des Sarakolés, des Sossos, tandis qu’à mon ancienne Cie j’avais des Bambaras, ces derniers sont plus fidèles et plus francs que les Woloffs mais tous marchent bien quand même… “
Le 10/03/17, un autre courrier montre le caractère aigri du rédacteur:
” Me voilà définitivement replongé au milieu des noirs et en plus dans un camp éloigné de 8 km de La Teste petit village qui ne doit son importance qu’au camp qui le fait vivre. Aucune distraction. Tout le cadre ici réclame le front comme faveur.”
(source 1)
Sources:
1) Jean-Pierre CAULE, Patrick BOYER, Jean-Michel MORMONE, “1914-1918 Le Bassin d’Arcachon”, société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, novembre 2008.
C’est devenu une tradition depuis le printemps 68. Les étudiants aiment à se retrouver dans les cortèges de leurs aînés. Main dans la main, pour une lutte qu’ils espèrent toujours finale. Ce fut le cas à Bordeaux, le 20 novembre, lors d’une grande fête nationale des fonctionnaires. Au menu des réjouissances cette année : non au “système Sarkozy”, non à la réforme des régimes spéciaux de retraites, abrogation de la loi Pécresse.
“Le service public, c’est la République; la privatisation, c’est sa destruction”. Le 20 novembre dernier, tout ce que la France pouvait compter de fonctionnaires et de protestataires a investi les rues des grandes villes.
A Bordeaux, un cortège compact de 14 000 à 25 000 personnes selon les différentes sources, a défilé, suivant la boucle République-Gambetta-République.
Les manifestants sont unanimes : les combats des étudiants et des fonctionnaires sont étroitement liés. Même si certains tiennent à distinguer les combats. “Les mouvements doivent converger” assure Michel, enseignant et militant LCR. “Les attaques sont cohérentes face au tout libéral”. Besancenot, quand tu nous tiens…“De plus en plus d’étudiants sont salariés et on leur prépare un avenir précaire”. “Pour les étudiants, la retraite, c’est une vue de l’esprit”, poursuit-il avec humour.
PAS D’UNIVERSITÉ À DEUX VITESSES
Principal fer de lance de la bronca anti-gouvernementale, le mouvement étudiant était fortement présent dans la cohorte de manifestants. « Non à la loi REGRESSE, non à la privatisation ». Le message des “jeunes” est clair : ils ne veulent pas de cette réforme. Il faut la ranger au placard car elle représente un grave danger : celui d’apporter de l’argent frais à l’université française. La crainte de voir l’Etat se désengager des facs, au profit de leur autonomie croissante et de leur financement par des capitaux privés, est au coeur des contestations. Des inégalités entre universités verraient le jour. Et à l’intérieur même de celles-ci, certaines filières se trouveraient directement menacées de disparition pour cause de “non-rentabilité”. Bref, il est préférable de laisser croupir l’enseignement supérieur français.
Comme en 2006 pour le CPE et en 2003 pour la réforme LMD, les campus français se sont donc mis en grève. A Bordeaux, trois universités sur quatre ont été bloquées durant plusieurs semaines par les étudiants en colère, tardivement rejoints par leurs cadets. Les lycéens se sont en effet invités à la fête. En tant que futurs étudiants et futurs prolétaires ou autres travailleurs précaires. L’occasion, pour eux aussi, de sonner l’hallali du gouvernement Fillon-Sarkozy. Ainsi, une délégation lycéenne manifestait bruyamment mardi 20.
Souvent sincèrement convaincus et apeurés par le discours marxisant des détracteurs de la loi, parfois galvanisés par l’idée de vivre un semblant d’agitation populaire, le millésime 2007 des étudiants français a cru bon de se mobiliser massivement. Mais, contrairement aux conflits précédents, le blocage des facultés a été très largement constesté, au nom de la liberté d’étudier. Comme dans un susrsaut de bon sens démocratique.
Ambiance dans le cortège et parole aux principaux concernés.
Le 20 novembre, les étudiants étaient excités comme des puces à l’idée de profiter d’un droit constitutionnellement reconnu (pour les travailleurs…). L’espace d’un mois, la nouvelle génération d’étudiants a jouit de son quart-d’heure de gloire. Elle a utilisé à bon escient une importante médiatisation pour faire valoir ses arguments.
Aujourd’hui, nombre d’établissements sont revenus à plus de sagesse. Les syndicats d’extrême-gauche (CNT, Sud notamment), brillants chefs d’orchestres d’une vaste manipulation de cerveaux adolescents, ont baissé la garde. Cette année, la violence des leaders gauchistes – à Rennes 2, le président Gontard a été blessé au visage par un coup d’extincteur, un enseignant a également été passé à tabac -, n’a pas eu raison de la masse étudiante, bien trop sensible, dans sa grande majorité, aux valeurs démocratiques et au respect de l’autre.
Le fonctionnement démocratique des Assemblées Générales étudiantes organisées pour prendre position sur la loi Pécresse dans les dernières semaines a été très largement contesté. Qu’on soit pour ou contre le blocage des universités, les voix se sont élevées pour dénoncer le non-respect de la liberté de parole. Alors, peut-on tout dire à une AG? Ou s’agit-il de méthodes “staliniennes”, comme on a pu l’entendre? Exemple concret avec l’AG de Bordeaux 3 le vendredi 16 novembre.
Organisation sans faille.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Six étudiants sont à la tribune, et leurs rôles sont bien répartis : un “présentateur en chef”, un analyste de la loi, les autres étudiants s’occupant de l’organisation matérielle. Tout cela n’est pas improvisé, si ce n’est une sono capriceuse. Les tours de parole sont respectés.
Une tribune organisée et méthodique. Un micro, plusieurs étudiants.
Le moteur tourne bien : il y aura quatre temps lors de cette AG. Présentation de la loi, débat sur la loi, débat sur les modalités d’action, et enfin vote “spatial”, c’est-à-dire en se dirigeant vers une porte définie selon son opinion. C’est surtout lors des débats et du vote que le caractère démocratique des AG est remis en cause. Les débats sur la loi commencent. Un cheminot solidaire et un étudiant parlent de capital et de privatisation des facs. Le public -2000 personnes sur le parvis- approuve bruyamment. Un autre défend mai 68, une étudiante tchèque constate le délabrement de l’université et milite donc pour l’entrée de fonds privés à l’université. Son propos est respecté. Seul incident, un étudiant en droit se lance dans une tirade anti-blocage : son micro est coupé après deux avertissements, car il ne respecte pas le protocole prévu. On l’invite à revenir parler plus tard, lors du débat sur les modalités d’action.
Julien défend l’héritage de mai 68 et l’espace de liberté universitaire :
David s’attaque à la loi Pécresse et se fait le héraut des petites facs :
Finalement, la parole est plutôt libre, et les réactions marquées du public n’empêchent pas le bon déroulement de l’AG. Des étudiants opposés au blocage brandissent des pancartes, d’autres donnent de la voix pour soutenir leur ami, amusés de voir celui-ci jouer au tribun. Le vote final donnera raison aux bloqueurs, aux deux tiers environ, après un vote clair et incontestable, même si il ne se déroule pas à bulletion secret. Les discussions passionnées se poursuivent sur le parvis. On est bien loin de l’image d’une université sous tension, d’une AG expéditive. Ce jour-là, Bordeaux 3 a été bloquée, et toutes les parties ont pu s’exprimer. La démocratie est sauve, au moins pour cette fois.
Et ailleurs?
Si cette Ag à Bordeaux 3 s’est plutôt bien, déroulée, il n’en a pas été de même lors des différentes AG organisées dans les universités françaises. Un petit tour d’horizon des vidéos sur la toile en témoigne:
Derrière une façade de garage en tôle, en retrait de la place de la victoire, se cache un trésor bordelais. “From punk to funk”, le magasin de musique indépendant Total Heaven propage son éclectisme depuis 1996. Des bacs à cd et à vinyl à foison dans une déco vintage, Total Heaven c’est aussi une antenne culturelle bordelaise. Entrée dans un univers parallèle.
La musique est forte, c’est du rock, une autre fois, ce sera du hip hop. La bouille du vendeur nous sourit, « bonjour ». Les murs sont envahis de vinyls, d’affiches de concert et de posters en tout genre. Il n’y a pas à dire, quand on entre dans le magasin Total Heaven, l’impression est forte. On y déambule, notre oeil s’arrête sur le flipper apposé à un mur ou sur l’immense affiche glam des Cramps ; on passe devant l’arrière salle où s’amassent des dizaines de cartons. Des flyers trainent un peu partout, on n’a pas encore mis la main sur un cd qu’on est déjà invité à passer une soirée spéciale dans un salle des environs.
Qu’on se le dise, Total Heaven, c’est plus qu’un magasin. C’est un centre d’informations pour tout évènement local dont il est souvent le partenaire. C’est aussi un acteur de la vitalité de la scène bordelaise depuis qu’il organise des concerts dans l’une des salles semi-associatives de la ville comme le Son’Art ou El Inca. “Faire connaître des groupes qu’on aime bien, qui n’ont pas trop tourné à Bordeaux” nous dit Xavier, l’un des deux responsables.
Avec Martial, ils sont là depuis le début et vivent tant bien que mal de leur passion. Les concerts organisés ? Souvent à perte. Peu importe, le 22 décembre prochain, à l’Heretic, il y aura bien la septième Total Heaven Party. Peu importe parce que c’est aussi là que se construit la réputation de Total Heaven, là que se tisse un réseau local exemplaire, une vraie toile d’araignée culturelle. Partant l’omniprésence de Martial. Rédacteur au fanzine 33tours, animateur à la radio NovaSauvagine, dj en soirées spéciales. Le 26 septembre dernier, à la salle du Krakatoa, au concert de l’artiste émergent Yacht, qui se trouve à ses cotés à la séance de dédicace ? Prénom : Martial, nom de famille : le parrain.
Pas un consommateur lambdas
C’est ainsi en propageant l’esprit du magasin hors de ses murs que Total Heaven établit une relation particulière avec les clients. Si bien que certains, exilés dans une autre région de la France continuent de commander par correspondance depuis ce magasin. Des commandes parfois même anticipées par Xavier et Martial, jamais avares en conseil. Il n’est certes pas facile de résister à leur enthousiasme pour tel ou tel artiste. Alors on traine, accoudé au bureau, discutant de choses et d’autres, pas forcément musicales.
Une sorte de café du commerce où la proximité avec le client est reine. Ce dernier n’est pas un portefeuille, consommateur lambdas pareil à mille autres. Qui a dit pas comme à la FNAC ? La poignée de main vigoureuse de Xavier en atteste…
D’après Stéphane, un client, on vient aussi par engagement : “ici, tu soutiens la musique”. Alors que la crise du cd fait rage, la prise de conscience du passionné entre en jeu. Il lutte à sa manière contre l’hégémonie des grands magasins, un peu comme on consomme des produits du commerce équitable, le passionné fait ses courses à Total Heaven.
Xavier fait d’ailleurs le parallèle avec l’Utopia, haut lieu de la combinaison entre culture et engagement :
Mais si le cinéma est réputé pour sa clientèle branchée, le magasin indépendant s’attache à s’adresser à tout le monde. On y trouve de la musique grand public comme des inédits introuvables même sur internet ; du death metal à l’electro en passant par la musique ethiopienne. Comme le dit Xavier, « pas la peine de faire un autre magasin pour trouver du punk ou du jazz, y’en a ». Quitte à faire de l’ombre aux autres magasins de musique indépendants. Total Heaven n’a pas que le monopole du coeur.
Depuis la rentrée, le centre d’animation de Bordeaux Sud recherche des étudiants disponibles pour le tutorat. Cette activité est enrichissante et s’adapte à leur emploi du temps.
Une grande salle dans l’entrée, puis des pièces séparées propices à l’étude. Au Centre d’animation, on se croirait dans un établissement scolaire. Avec la convivialité en plus.
«Des jeunes ont sauvé leur scolarité grâce à ça» raconte avec passion Patricia Bardon, la directrice adjointe du Centre d’animation Bordeaux Sud. Le tutorat, voilà un moyen d’accompagner un enfant quand l’enseignement scolaire ne fonctionne pas toujours bien. «Parfois, le collège tire la sonnette d’alarme» poursuit Patricia. L’idée est de rendre l’élève autonome face à ses devoirs, de dédramatiser le travail scolaire.
L’avantage, c’est aussi que cette activité peut être validée comme expérience universitaire ou professionnelle. Idéal pour des étudiants qui s’orientent vers le métier d’éducateur, ou vers l’animation à travers des formations comme l’IUFM, l’IUT, l’IRTS.
Une méthode en vogue
Au Centre d’animation Bordeaux Sud, le principe du tutorat existe depuis une dizaine d’années. Patricia Bardon a d’abord commencé à travailler là comme animatrice. «Les jeunes qui viennent ici sont volontaires, motivés pour travailler et progresser». Depuis, d’autres centres d’animation ont mis en place ce système, et la mairie propose même de former les bénévoles au métier d’éducateur parallèlement.
Ici, ça fonctionne le soir après l’école, entre 16h et 19h, et le mercredi la plupart du temps. Des binomes étudiant/élève sont constitués. En contrepartie, l’organisme fait en sorte d’aider les jeunes, par exemple en leur remboursant les tickets de bus, de tram ou leur proposant des activités extérieures.
Le relationnel avant tout
Tous les étudiants sont les bienvenus, du moment qu’ils souhaite s’investir. Céline, étudiante qui prépare l’IUFM, a envie de tenter l’expérience: « je travaillerai bientôt auprès d’élèves, alors en choisissanr de m’investir cette année dans le tutorat, je suis déjà un peu dans le bain. En plus, je m’organise en fonction de mon emploi du temps et 2 heures par semainepeuvent suffire».
Chacun y trouve son compte. Les étudiants en psychologie ou en sociologie ont par exemple un regard différent, tourné vers le comportement. Mais il ne s’agit pas de cours particuliers ni de jouer les professeurs: «l’échange de savoir n’est pas la première qualité, c’est d’abord le «savoir-être». En plus du tutorat, le Centre cherche à donner une place aux étudiants dans la structure. Invitations à la soirée Cabaret en décembre, à la soirée Carnaval un peu plus tard…
Le travail est bénévole, mais quelle satisfaction lorsque l’élève montre avec fierté à son parrain étudiant qu’il a eu une bonne note grâce à lui !