J’irai me promener avec vous

13 12 2008

Un oeuf à roulettes qui glisse dans la grisaille hivernale. Avec ses courbes inédites, c’est un peu l’impression que donne le vélo taxi, nouveau venu à Bordeaux.

Le vélo taxi, une solution originale pour en finir avec les embouteillages

Le vélo taxi, une solution originale pour en finir avec les embouteillages

Vendredi après-midi à Bordeaux.  J’irai bien faire un tour en ville, mais avec ce temps, pas facile de se motiver. Et si, pour deux euros le kilomètre, je faisais appel au service de vélos taxis dont la sonnette commence à être aussi connue que le klaxon du tramway?

Des jeunes chauffeurs motivés

Michaël, Mathieu, Jaime, Virginie: ils sont quatre à se relayer autour de Jérôme Herrera, le responsable de Cyclopolitain* à Bordeaux, et à faire fi des chutes de température pour transporter autrement les citadins depuis le mois de septembre. “Quand on pédale pas de souci, il fait très chaud“, rassure Virginie. Étudiante en orthophonie, c’est pour elle le job idéal. Il lui a permis de découvrir rapidement la ville qu’elle ne connaissait pas avant la rentrée. Avec un emploi du temps établi en fonction de ses cours, elle travaille 10 à 15 heures par semaine rémunérées au smic, “ainsi qu’au bon cœur des gens: le pourboire représente une part importante du salaire!” s’exclame t-elle.  En plus de leur générosité, Virginie est ravie des conversations qu’elle a avec eux. Elle peut même pratiquer les langues étrangères, comme avec son dernier client, d’origine cubaine. Pour elle, ce petit boulot allie convivialité et santé, “pas besoin de payer la salle de sport” comme disent beaucoup de gens qui tâtent ses mollets.

Mathieu, reporter radio, pompier volontaire et...chauffeur de vélo taxi

Mathieu, reporter radio, pompier volontaire et...chauffeur de vélo taxi

Promenade avec…

Aujourd’hui, mon chauffeur c’est Mathieu, et il est aux petits soins. Je n’ai pas de destination précise, juste l’envie de me promener. Il me suggère donc un itinéraire “découverte de la ville”. Super. Devenue touriste, je m’enroule dans la couverture polaire vert anis qu’il me propose. On peut partir. Avec le vent qui souffle assez fort, la pluie nous mouille un peu. D’autres ont déjà fait cette remarque avant moi, alors des vitres latérales en plastique vont être installées sous peu. “On est à l’écoute des clients pour toute amélioration!” souligne Jérôme Herrera. Mathieu est le seul chauffeur à ne pas être étudiant. Il est reporter à France Bleue Gironde et c’est en préparant un sujet cet automne qu’il a découvert les vélos taxis… et qu’il est resté. Pour lui comme pour ses collègues,  tourner sans clients est le seul point noir d’une journée.  Alors quand il doit prendre son mal en patience, il a un truc : s’arrêter déguster des milkshakes rue des trois conils ou encore des crêpes sur le quai de la douane, “les meilleures” affirme t-il en passant devant l’établissement. Du coup, une course avec lui revient à faire un tour gastronomique de la ville.

Des esprits encore partagés

Il y a d’un côté les personnes tout de suite séduites par l’originalité de l’engin et qui abordent les chauffeurs pour savoir de quoi il s’agit. Une fois le mystère élucidé, elles n’hésitent pas à se faire conduire. Certaines ont adopté ce mode de transport au point de ne pas comprendre pourquoi le vélo taxi ne va pas partout, le  centre ville de Pessac est souvent mentionné.

Et puis de l’autre côté, il reste de nombreux sceptiques, ceux qui montrent du doigt cette “nouvelle forme d’esclavage“. A ceux-là, les chauffeurs, toujours très surpris par la remarque, se font tous un grand plaisir à leur laisser le guidon, afin qu’ils jugent par eux-mêmes de la facilité avec laquelle l’engin se manie.  Mais pour les cyclistes “les clients sont toujours sympathiques“, même s’ils avouent quand même entendre de temps en temps des blagues douteuses. “Il manquerait presque le fouet!” revient dans plusieurs bouches. “A prendre avec humour bien sûr” précise Jérôme Herrera rougissant. Il sait de quoi il parle, car lui aussi pédale.

Fille ou garçon?

Des clients font aussi une distinction entre les chauffeurs. Virginie témoigne. “Des filles m’ont dit que si ça avait été un gars, elles ne seraient peut être pas montées… Parce que c’est plus marrant de pouvoir discuter entre filles.” Et puis des hommes sont gênés à l’idée de se faire conduire par une fille, ils redoutent le regard des badauds surtout. Mais Virginie veut les rassurer, elle est là pour travailler, ça s’arrête là, il n’y a rien à juger. N’empêche que pour avoir testé, le regard des autres, il est bien insistant. Surtout aux feux rouges.

La rumeur selon laquelle le travail serait plus pénible pour elle que pour ses collègues masculins a aussi la peau dure. En attendant, c’est bien Jaime, l’étudiant espagnol, qui est en arrêt maladie raconte Jérôme Herrera. “Il faut certes être apte physiquement, mais je ne leur demande surtout pas d’être de grands sportifs. Le boulot n’est pas du tout difficile avec l’assistance électrique. La jeune fille qui pédale, ce n’est pas du tout Rambo, et elle ne force pas.” Ici, pas de discrimination entre hommes et femmes, c’est la motivation qui prime. La seule condition pour être embauché, c’est d’avoir le permis de conduire, ou au moins le code de la route, car le cyclo circule aussi bien sur les zones piétonnes que sur les routes. Et Virginie d’ajouter malicieusement: “j’en ai entendu d’autres qui avaient des rhumes, des tendinites, moi ça va. Je me demande bien qui est la petite nature dans l’équipe…

Cathleen BONNIN

*Cyclopolitain
5 rue Ausone à Bordeaux
05.56.23.00.38
http://www.cyclopolitain.com/




Tous les coups ne sont pas permis

19 12 2007

Une quarantaine de personnes se sont réunies pour un rassemblement contre les violences faites aux femmes vendredi 23 Novembre, Place de la Victoire.

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A 18h, place de la Victoire, il fait déjà nuit. Il n’y a pas grand monde, essentiellement les membres des associations féministes et essentiellement des femmes. S’ils sont là, c’est pour dénoncer les violences faites aux femmes et ce n’est pas rien. Marie Paste, membre permanente du Mouvement Français pour le planning familial (MFPF), m’explique qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Seulement 9 % des femmes victimes de violence portent plainte et 5% pour viol. Elle réclame une loi cadre sur les violences de genre, c’est à dire toute violence liée au sexe. Car au delà de la violence physique, les femmes subissent les violences verbales et la discrimination. D’ailleurs l’objet de ce rassemblement est plus vaste, les associations présentes font aussi de l’information. Le MFPF accueille chaque lundi toute personne ayant des questions concernant les droits des femmes.
“On passe pour la chieuse”
Le rassemblement ne durera pas plus d’une heure faute de monde. Pourtant le coeur y est: un petit stand d’information est installé avec de nombreux prospectus, elles ont apporté des lampions et des pancartes pour que, dans le noir, elles soient bien visibles. Monique Nicolas, militante au collectif bordelais pour les droits des femmes, prend le microphone: « La nuit nous appartient, on peut sortir le soir.» D’autres slogans sont scandés, repris en coeur par les manifestants: « espace public, espace sexiste, espace privé, danger, danger ». Angela, une jeune Sud-Américaine explique que dans son pays, l’institutionnalisation des droits des femmes a été plus rapide. Elle regrette le manque de solidarité en France pour une telle question. Elodie ajoute « en France, le féminisme a mauvaise réputation, on passe pour la chieuse ».

Gare aux cons
Selon les manifestantes, la question des droits des femmes n’est pas assez relayée par les politiques. Pour Monique Nicolas, l’arrivée de Fadela Amara au gouvernement, l’ancienne présidente de Ni Putes Ni Soumises, n’est pas une avancée dans la lutte féministe.”Elle n’a pas d’option politique claire et les mouvements féministes doivent être autonomes” D’autres militantes ajoutent que Ni Putes Ni Soumises c’est du niveau « ras des pâquerettes ». “C’est presque sexiste, les méthodes qu’ils emploient“. Et le ras des pâquerettes, elles en ont ras la casquette, surtout lorsqu’un punk à chien s’approche du stand et dit « Moi, je suis pour les violences faites aux femmes ». Un punk, c’est tout.

Camille Lem