Communauté espagnole : une mémoire qui reste vive

14 11 2009

A Toulouse, les membres de la première génération d’immigrés espagnols se retrouvent chaque après-midi dans un bar d’associations. Leurs parcours expliquent une identité restée vive . Ils racontent aussi un peu de l’histoire de la ville au XXe siècle : lieu d’accueil pour les républicains menacés par les franquistes mais également territoire en manque de main d’œuvre dans des secteurs comme le bâtiment.       

Café de la Casa de Espana, Toulouse

La Casa de Espana abrite neuf associations hispaniques de la ville Rose.

    

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Un mur à la mémoire des expulsés

6 11 2009



Liberté. Égalité. Fraternité. Honte.

Voici quatre des mots qui recouvrent tout un mur, place de la Mairie, à Billère. Il y en a beaucoup d’autres, de toutes les formes et de toutes les couleurs : engagement, solidarité, arbitraire, identité, citoyen, et bien sûr… expulsés. Nous sommes dans une petite ville de la banlieue de Pau ; une ville qui a donné la parole aux murs.

Le mur dans son intégralité
Un coeur, une France hostile, deux mains et vingt-trois mots : des symboles clairs pour un impact puissant.

L’idée d’une fresque est née il y a six mois dans l’esprit de Jean-Yves Lalanne, le maire socialiste de Billère. A cette même période, l’ancien militant de la LCR découvrit dans sa commune l’existence d’un local de rétention de la Police aux Frontières. Probable que la visite de ce lieu ait joué comme un déclic. L’œuvre a été inaugurée le 9 septembre dernier en compagnie de Martine Lignières-Cassou, députée-maire socialiste de Pau, et de l’association Réseau éducation sans frontières. Il lui fallait un nom, il s’est imposé de lui-même : le Mur des expulsés.

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Avec ou sans-papiers ?

19 12 2008
L'expulsion pour le clandestin, la prison pour le patron. Déposer un dossier de régularisation en Préfecture pour un travailleur sans-papiers comporte de gros risques.

L'expulsion pour le clandestin, la prison pour le patron. Déposer un dossier de régularisation en Préfecture pour un travailleur sans-papiers peut être risqué.

“La régularisation, c’est une brêche à exploiter tous les deux”, annonce Stéphane*. Ce patron-voyou a accompagné le mois dernier, Karim, son employé sans-papiers, à la Préfecture de la Gironde pour déposer un contrat de travail sous réserve de régularisation. Cette pièce est la dernière lubie de l’administration. Depuis février 2008, à la sortie de la circulaire sur la régularisation des travailleurs sans-papiers, Stéphane pousse Karim à cette démarche. Même si ce dernier n’entre pas dans les critères. Pour les Tunisiens et les Algériens, des accords ont été passés : ils peuvent venir travailler en France, s’ils ont un contrat de travail au préalable. Stéphane s’engage pour son salarié et pour sa propre sécurité. Karim prend le risque d’être expulsé mais ne veut plus vivre caché. Tous deux veulent sortir de l’illégalité.

Stéphane et Karim travaillent ensemble depuis bientôt six ans. Ils font les marchés en Gironde. Ambulant depuis dix ans, Stéphane emploie Karim au noir. De façon très ponctuelle et à prix cassés, à leur rencontre. Arrivé en France en 2002 avec un visa touristique d’un mois, Karim est Algérien et clandestin. Il ne sait ni lire ni écrire le français.

Stéphane est père de famille, chef d’entreprise français, installé. Karim est célibataire, travailleur immigré sans-papiers, hébergé par un compatriote –lui, dans la légalité. Si Stéphane reconnaît avoir exploité Karim et profité de l’Etat, aujourd’hui il veut faire de son ami son salarié déclaré et, si leur affaire prend de l’ampleur, son associé. Karim, quant à lui, espère continuer à travailler avec Stéphane, « juste avec lui », payer ses impôts, avoir son propre appartement et revoir sa famille et l’Algérie, pour les vacances.

Confiance mutuelle

« Khamsa, Karim, donne-lui khamsa! », crie Stéphane à son second. Sous les bâches blanches du marché, entre deux stands, les coupures sortent des poches, d’énormes liasses colorées. Karim tend un billet de cinq euros à un confrère, plaisante en arabe et retourne à ses affaires. Le ciel est menaçant mais la clientèle est au rendez-vous.

Stéphane et Karim se disent frères, cousins. Ils ont le même âge, les mêmes sources d’inspirations : les femmes.

Ces deux là sont collègues, surtout. Karim est “un bosseur”, “le matin, il est là”, disponible, souriant, se mettant à la hauteur des gens. Stéphane ne tarit pas d’éloges sur son employé, et les travailleurs étrangers, en général :

Sur le marché, Stéphane et Karim décident de tout ensemble. Et Karim tient le stand seul quand Stéphane fait la causette au café du coin. Les deux compères ont le sens du contact. Et surtout, la même ambition: développer le commerce. Ils ne comptent pas les heures de travail. Déballer, remballer, trier la marchandise, l’écouler, il leur arrive de faire des journées de 12h. Et de se retrouver encore, le soir, le week-end. Anniversaires, fêtes de Noël, sorties au restaurant ou visites occasionnelles, Karim fait partie de la famille de Stéphane. Au point que ce dernier paie Karim au smic/horaire, voire plus, selon les bénéfices, pour qu’il vive bien» ; prenne en charge ses frais de santé et l’aide pour des dépenses imprévues. L’illégal est intégré.

Et malgré la pression, patron et employé gardent la pêche.

Anne Frintz

*Les prénoms ont volontairement été changés pour préserver l’anonymat des protagonistes.





La scène alternative bordelaise à la Bonne Etoile

19 12 2008


Après l’expulsion, jeudi 30 octobre, de son siège social situé au 105 quai Queyries à la Bastide, un quartier de Bordeaux, l’association la Bonne étoile connaît une nouvelle dynamique.  Des réunions, des soirées de soutien s’organisent. Mais c’est surtout la recherche d’un nouvel endroit à investir pour laisser s’exprimer les artistes alternatifs qui concentre l’énergie de l’association. Les squatteurs bonne-étoiliens comptent poursuivre leur projet artistique : la culture “underground” mérite un lieu de représentation.


les réunions de la bonne étoile se déroulent à l'arrière du bus de Freddy, le plus ancien bonne étoilien (à gauche).

Les réunions de la bonne étoile se déroulent à l'arrière du bus de Freddy, le plus ancien bonne étoilien (à gauche).

Il est presque minuit lorsque samedi 8 novembre, des dizaines de personnes se retrouvent Quai Queyries. Elles attendent devant un hangar, au numéro 103. Pas au 105. Une banderole indique « la Bonne Etoile est là ce soir. ». Chacun sait pourtant que le squat culturel est fermé depuis une semaine déjà. Le public est pourtant présent. Il témoigne que l’expulsion n’a pas anéanti l’association, qui s’est provisoirement installée quelques mètres plus loin, dans l’entrepôt voisin.


Le premier signe de résistance bonne étoilienne est le maintien de cette soirée du 8 novembre. Du graffiti, de la création vidéo projetée pendant les “dj set de drum’&bass, de breakbeat, d’électro” : le travail sonore et visuel du collectif bordelais Cassosclub. Une décision qui tient plus des artistes du Cassosclub que de l’association elle-même. Parce que la Bonne étoile c’est ça aussi : permettre l’épanouissement culturel de chacun. Le lieu investi et aménagé par les squatteurs associatifs est mis à disposition. Les artistes s’expriment et partagent avec leurs publics. Des expositions de photographies, un festival rock, des représentations de théâtre, le squat s’adapte. L’organisation est simple : une adhésion à l’association. Mais le projet repose sur le lieu.


A la belle


Freddy, le plus ancien bonne-étoilien, présent depuis le début du projet parle de “période de transition”. Après avoir passé deux années dans le même lieu, à prendre le temps de s’installer et de se structurer solidement, la Bonne Etoile doit tout recommencer ou presque. Il pourrait s’agir d’un coup dur voire d’un coup fatal. Mais les membres de l’association le perçoivent comme une opportunité. Ils souhaitent redéfinir leurs objectifs. Lors des réunions se déroulant à l’arrière du bus de Freddy, aux allures de Chill out, chacun exprime ses attentes.


Le groupe connaît de nombreux changements, l’équipe se réduit. Plus que quatre d’entre eux vivent dans leurs camions, provisoirement installés au 103 quai Queyries. Pour Freddy comme pour toute l’équipe, il n’est pas opportun de parler de fin, mais plutôt de renouveau. Il faut repartir sur de bonnes bases. Fini le squat et l’illégalité, les ennuis juridiques et les expulsions : un bail de location semble d’actualité. Les visites d’entrepôts susceptibles de pouvoir les accueillir, abriter les camions et permettre l’aménagement d’ateliers de création, s’organisent. En parallèle de ces initiatives, la municipalité pourrait soumettre des propositions de relogement de l’association. Freddy reste sceptique. Pour le moment, aucune suggestion n’a été formulée de la part des autorités locales.


Mais la Bonne Etoile forge son avenir. Une nouvelle programmation devrait reprendre dès l’été prochain dans un lieu encore inconnu, mais qui aurait des allures d’appartement, confie un bonne étoilien : un concert dans le séjour, un apéro ou un petit déjeuner dans la cuisine, des rencontres dans les différentes pièces. En attendant, le 13 décembre une soirée de soutien est prévue. Une forme de manifestation de vie, ou de survie,

qui réunira les alliés, les adhérents, et plus peut être.


Tania Gomes


Freddy explique ce qu’est devenue la Bonne Etoile.









Qui a dit que les musulmans n’avaient pas d’humour?

15 12 2008

François Bué est à bout. Depuis quelques mois, il ne peut boire une bière, regarder les femmes dévêtues de la télé, ou même manger du jambon, sans rencontrer l’œil désapprobateur de son fils. « C’est rhaman » lui aboie-t-il. Les personnages de la comédie musulmane persévèrent dans leur dispute familiale. Pendant ce temps, dans le salon de Zangro, devant le petit écran, les visages se détendent et les sourires s’esquissent. Le court-métrage suit son cours et les rires vont crescendo. Deux minutes passent, le générique de fin apparaît et certains membres du comité de visionnage essuient du bout du doigt, la larme de joie qui s’était glissée au coin de l’œil. Le sketch musulman est retenu. Les mésaventures de François Bué, rebaptisées « le Jambon », seront diffusées sur le site d’« À part ça tout va bien », le premier site de comédie islamique.

"le voile, il symbolise tout le malaise entre l'Islam et l'Occident"

"le voile, il symbolise tout le malaise entre l'Islam et l'Occident"

La comédie islamique: une réponse au 11-Septembre

De l’humour islamique? Le phénomène a fait son apparition peu de temps après le 11-Septembre. Azhar Usman, « l’Ayatollah de la Comédie » aux Etats-Unis, Shazia Mirza pour la Grande-Bretagne ou encore Shabana Rehman en Norvège partageaient tous au départ une même volonté. Rétablir le dialogue entre l’Occident et le monde musulman en se moquant des préjugés. Tout le monde en prend pour son grade, les musulmans comme les non musulmans. Une seule limite : ne pas attaquer la religion en tant que telle et encore moins le prophète. Comme Molière, en son temps, raillait les médecins sans attaquer la médecine. Et ça marche. Un film est même sorti aux Etats-Unis en octobre dernier avec pour titre évocateur « Allah Made Me Funny ».

En France, l’humour islamique a fait une arrivée tardive. Il a accosté sur les bords de la Garonne, à Bordeaux, en octobre dernier. Zangro, réalisateur non-musulman et son ami, le comédien « très pratiquant » Hassan Hadi sont à l’origine du projet. Avec leur petite troupe de comédiens professionnels ou amateurs, ils ont déjà à leur actif cinq courts-métrages. L’objectif est le même que celui de leurs homologues d’outre-Atlantique. « Faire du choc des civilisations une blague plutôt qu’une fatalité ». Même succès aussi : 10 000 visiteurs en trois semaines, des articles dans Sud-Ouest, le Nouvel Observateur, des passages sur les plateaux de M6 et France 3 Aquitaine. Le buzz est au rendez-vous. « La radio suédoise doit descendre pour nous interviewer, dans les semaines à venir » s’enorgueillit Zangro. Des médias à l’affût et des internautes qui en redemandent. Sur le blog, explique Zangro, « il y a 90% d’encouragements et 10% de critiques. Mais des cons il y en a partout. Il ne faut pas s’arrêter à ça.

Chacun raille les bassesses d’autrui

« La comédie est une façon de dire des choses sérieuses », affirmait Peter Ustinov, le comédien et metteur en scène britannique. La petite équipe d’« A part ça tout va bien » fait rire mais le tout est de savoir si son propos est compris. Lutter autant contre l’islamophobie que contre le communautarisme religieux, c’est selon Zangro et son équipe, le message subliminal compris dans les courts-métrages. Mais à chaque fois, confesse le réalisateur, « un pan est mieux compris que l’autre ». Chacun raille les bassesses d’autrui. Mais personne ne voit les critiques qui lui sont adressées. Le public non-musulman s’enthousiasme devant la capacité d’autodérision des pratiquants. Quand les musulmans s’amusent devant l’étroitesse d’esprit des Occidentaux. Le choc des civilisations n’est pas encore devenu une blague. « Au bled, quand on appelle la famille, explique Zangro, on commence toujours pas une longue litanie de plaintes. L’inventaire terminé, on termine souvent par ‘mais à part ça tout va bien’. C’est la note d’espoir. Le ‘abdullilah’ à la française. »

Lucile Chevalier

* Pour retrouver les sketchs musulmans de Zangro et son équipe, connectez-vous sur www.apartcatoutvabien.com





La grogne du syndicat UNSA-Police

7 12 2007

Les syndicats de police sont actuellement en pleine mobilisation. Affectation de postes, pouvoir d’achat, retraites, les revendications pleuvent. Sur les questions d’immigration, si Alliance adopte une position plus réservée, l’UNSA-Police, syndicat majoritaire de la police nationale, par l’intermédiaire de son secrétaire régional Philippe Rolland, a accepté de répondre à nos questions.

 Philippe Rolland, secrétaire régional du syndicat UNSA-Police

UNSA-Police a remporté les élections syndicales de la police nationale en février dernier.

Willy Le Devin : «Que pensez-vous de cette politique qui est de fixer des objectifs chiffrés en matière d’expulsions de sans-papiers ?»

Philippe Rolland : «Nous rejetons tout type de quotas que l’on nous impose, en matière d’immigration, comme ailleurs. C’est encore plus vrai, sur les questions d’interpellations de sans-papiers. Ca ne se commande pas. On ne gère pas des fonctionnaires de police comme on gère une entreprise privée. Car, nous on ne manipule pas des comptes, on traite avec de l’humain. En appliquant cette politique, on déshumanise la profession de policier.»

W.L : «Quelles sont donc les revendications d’UNSA sur la question des sans-papiers ?»

P.R : «L’application de quotas est impossible. De même UNSA est opposé à la notion de primes. Chaque année le ministère de l’intérieur débloque des fonds pour accorder des primes aux commissariats les plus « méritants ». Pas seulement en terme d’immigration, mais également pour les chiffres de la délinquance par exemple. Cette prime est collective et tous les agents en bénéficient. Cette année, c’est justement la ville de Bordeaux qui sera récompensée. Il existe également des primes individuelles fixées par le dirigeant de chaque commissariat, et qui honorent un agent particulier. Ces primes entraînent une zizanie dans les services. Cette atmosphère concurentielle est nauséabonde. On n’est pas là pour faire du chiffre, mais pour être au service de la population.»

W.L : «Comment voyez-vous l’avenir avec la politique d’immigration mise en place par Brice Hortefeux ?»

P.R : «On est forcément inquiet. Si on remplit l’objectif de 25 000, on nous demandera quoi l’année prochaine? 30 000 ? Et celle d’après 50 000 ? C’est la course à l’échalotte. Mais l’immigration n’est pas notre seule préoccupation. En ce moment le gros dossier c’est la réforme des retraites prévue pour 2008. Il y a également le pouvoir d’achat. On ne peut pas continuer à demander plus aux agents sans augmenter les salaires en conséquence.»

Propos recueillis par Willy Le Devin

A lire également “Des policiers excédés par la chasse aux sans-papiers“.  Un agent de la police nationale ainsi que les syndicats, dénoncent les pressions quotidiennes éxercées par les hiérarchies, pour respecter les quotas d’expulsions de sans-papiers.





Des policiers excédés par la chasse aux sans-papiers

7 12 2007

Il reste 25 jours pour remplir les objectifs fixés par Brice Hortefeux. Ceux d’expulser 25 000 immigrés en situation illégale en 2007. Dans cette dernière ligne droite, la pression exercée sur les agents par la hiérarchie est quotidienne. Antoine, agent de la police nationale dont le prénom a été modifié par souci de confidentialité, ainsi que les syndicats de police, expriment leur ras-le-bol.

Pour la police, les contrôles d’identité ciblés deviennent insupportables.

Pour la police, les contrôles d’identité ciblés deviennent insupportables. 

«Les flics sont partout en ce moment, ils nous guettent. Allez sur le cours Victor Hugo pour voir. Ils savent que les sans-papiers traînent par là, ils ne font que monter et descendre le cours pour les arrêter.» La confession nous est faite, par Erdem, 27 ans, un habitant de Saint-Michel. En effet, les policiers quadrillent le terrain. Brice Hortefeux, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale a été clair mi-septembre, dans les directives transmises aux préfets. 25 000 expulsions d’immigrés en situation irrégulière, c’est l’objectif pour l’année 2007. Et à un mois du terme de l’année civile, le compte n’y est pas. Le dernier point fait état de 18 500 expulsions début novembre…Du coup, la hiérarchie met la pression sur les fonctionnaires pour améliorer leur ratio quotidien. Et certains policiers en ont ras-le-bol. Antoine* 46 ans, agent de la police nationale depuis 24 ans, nous confie sa vision du métier : «Ce n’est pas en interpellant à tout va des gens, qui même en situation irrégulière, sont parfois extrêmement bien intégrés, qu’on va redonner aux citoyens confiance en la police. La politique de ce gouvernement en matière d’immigration est une vaste connerie. Personnellement je vis de plus en plus mal ce métier, si c’est pour détruire la vie des gens au lieu de la servir…Parfois je pense sérieusement à me barrer.»

«Quand les supérieurs nous donnent certaines directives, on a le moral dans les chaussettes.»

Antoine parle en son nom, mais assure qu’il n’est pas le seul dans cet état d’esprit. «J’ai certains collègues qui partagent mes opinions. On se comprend. Quand les supérieurs nous donnent certaines directives, on a le moral dans les chaussettes.» En effet, les pressions venant directement du ministère existent, même si dernièrement elles se font plus discrètes comme nous l’explique Philippe Rolland secrétaire régional de l’UNSA-Police. «Depuis la grande convocation des préfets par Brice Hortefeux mi-septembre pour réaffirmer l’objectif, ils se sont un peu calmés. D’autres problèmes majeurs occupent le gouvernement, notamment celui du pouvoir d’achat. Un problème qui touche également les fonctionnaires de police. On ne peut pas leur demander toujours plus, sans leur accorder des augmentations de salaires. Je pense qu’ils ont compris qu’il ne fallait pas en rajouter.» Pourtant, le métier de policier a ceci d’ingrat, qu’il est impossible pour les fonctionnaires de transgresser les ordres.

Un délit de sale gueule de plus en plus orienté vers les populations africaines.

Alors comment un policier résolument contre cette politique du chiffre s’accommode-t-il du quotidien ? «On peut difficilement désobéir. En revanche, à la fin de l’année une prime est accordée par Paris aux commissariats obtenant les meilleurs résultats dans tous les domaines, pas seulement pour la question des sans-papiers. Je n’exclue pas de refuser la prime symboliquement. Cette politique d’agiter la carotte aux plus prolifiques, est une porte ouverte aux débordements. Je ne suis pas étonné que certains tombent dans le délit de sale gueule pour augmenter les stats. Et l’on sait que Nicolas Sarkozy veille particulièrement aux stats» explique Antoine. Un délit de sale gueule de plus en plus orienté vers les populations africaines, «puisque désormais les pays de l’est dont la Bulgarie et la Roumanie font partie de l’union européenne. On m’a déjà clairement dit de contrôler en priorités les africains.» En finissant cette phrase, Antoine semble être au bout du rouleau. Même si la douleur et les conséquences ne sont évidemment pas comparables, il n’y a donc pas que les immigrés qui souffrent de la politique de Brice Hortefeux.

Willy Le Devin

A lire également “La grogne du syndicat UNSA-Police“. Le secrétaire régional d’UNSA-Police, Philippe Rolland affirme ses craintes face à la politique d’immigration de Brice Hortefeux, et apporte des précisions quant au système des primes attribuées au mérite.