Pas de camisole pour les magistrats

19 12 2008
Une robe de magistrat lors d'un essayage à l'ENM, l'habit des nouveaux auditeurs.
Une robe de magistrat, le 16 décembre 2008, jour de l’accueil des nouveaux auditeurs de justice à l’ENM. Un  habit de prestige pour une responsabilité qui peut être écrasante.

A partir de 2009 les candidats au concours d’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature (ENM) devront satisfaire à des tests psychologiques pour être admis. Une épreuve supplémentaire pour accéder au prestigieux statut d’auditeur de justice. Mais surtout une réforme polémique puisqu’elle touche à un domaine particulièrement sensible : la santé psychique. Lisez la suite de cette entrée »





Les “petites mains” des cours d’appel en sursis

17 12 2008

Au nom de la simplification des procédures judiciaires, le gouvernement souhaite supprimer la profession d’avoué dans les cours d’appel, d’ici à 2010. Si la réforme passe, les avoués deviendraient avocats. Mais leurs salariés se retrouveraient pour la plupart sur le carreau. Près de 2000 postes seraient en jeu en France. Exemple dans la principale étude de Bordeaux qui emploie onze personnes.

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"Si la réforme passe, je mets la clé sous la porte" (Maître Fournier, avoué à la cour d'appel de Bordeaux)

“Cette réforme est injuste !” Depuis que le ministère de la Justice s’est mis en tête de supprimer les avoués des cours d’appel, Janique Sprugnoli ne cache pas son désarroi. Elle est salariée dans la principale étude de Bordeaux, dirigée par Maître Daniel Fournier et son fils, comme huit autres personnes. Des femmes, majoritairement. Des femmes inquiètes pour leur avenir. Car si la réforme passe, ces “petites mains” de la justice se retrouveraient au chômage. Sans aucune autre forme de procès. “Incompréhensible, quand on sait que les études d’avoués sont des entreprises qui n’accusent aucun déficit, qui ont créé des emplois (plus de 2000 en France). Et ce, dans l’intérêt du justiciable”, explique Maître Fournier, avoué depuis une quarantaine d’années.

Indifférence générale

Au sein des cours d’appel, c’est l’avoué qui a la charge de représenter les parties civiles et qui monte le dossier. Mais c’est l’avocat qui le plaide. Aujourd’hui encore, le recours à un avoué est obligatoire en matière civile et commerciale. Mais au nom de la simplification des procédures judiciaires, le ministère de la Justice souhaiterait confier cette responsabilité au seul avocat. Il y a quelque temps, la commission Attali abondait en ce sens. Parmi les mesures préconisées pour “libérer la croissance française”, la proposition 213 recommandait la suppression pure et simple de la profession d’avoué.

Les avoués auraient ainsi la possibilité de se fondre, dès 2010, dans la masse des avocats. Mais qu’en sera-t-il pour les employés des études ? La plupart se retrouverait sur le carreau. “Si la réforme passe, je licencie séance tenante, et j’arrête, confie Maître Fournier. De toute façon, je ne peux pas devenir avocat, car je n’aurais pas de clientèle… Je ne peux pas recommencer de zéro.”

Sur l’ensemble de la France, près de 2000 postes pourraient disparaître. Un plan social d’ampleur qui se ferait dans l’indifférence générale, regrette Daniel Fournier. (écouter le son)

“Aucun espoir de reclassement”

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"Je ne comprends pas l'acharnement du gouvernement" (Janique Sprugnoli, employée à l'étude Fournier)

Janique Sprugnoli, employée à l’étude Fournier depuis quinze ans, a écrit à Nicolas Sarkozy et à François Fillon afin de leur faire part de son inquiétude. “Je n’ai aucun espoir de reclassement, souligne-t-elle. Je serai obligée de reprendre une formation et repartir dans un tout autre domaine”. Elle n’a reçu aucune réponse de la part du Président ou du premier ministre. Elle a également sollicité les médias. Rien ou presque. “Cela vient probablement du fait que les avoués sont méconnus du grand public”, lance-t-elle un brin fataliste.

Mais Janique espère toujours que le gouvernement renonce à cette réforme “insensée”. “Et dire qu’en étant embauchée ici, je pensais bénéficier d’une véritable sécurité de l’emploi… Depuis le projet de suppression des avoués, je n’ai évidemment plus la même motivation. Je me retrouverais au chômage, après toutes ces années où je me suis battue… Battue pour quoi, d’ailleurs ?”, s’interroge-t-elle. Elle avoue ne pas avoir encore réellement évoqué le sujet avec Maître Fournier. En attendant, elle se dit toujours prête à monter au créneau pour défendre sa place.

Gabriel Pereira





J’irai me promener avec vous

13 12 2008

Un oeuf à roulettes qui glisse dans la grisaille hivernale. Avec ses courbes inédites, c’est un peu l’impression que donne le vélo taxi, nouveau venu à Bordeaux.

Le vélo taxi, une solution originale pour en finir avec les embouteillages

Le vélo taxi, une solution originale pour en finir avec les embouteillages

Vendredi après-midi à Bordeaux.  J’irai bien faire un tour en ville, mais avec ce temps, pas facile de se motiver. Et si, pour deux euros le kilomètre, je faisais appel au service de vélos taxis dont la sonnette commence à être aussi connue que le klaxon du tramway?

Des jeunes chauffeurs motivés

Michaël, Mathieu, Jaime, Virginie: ils sont quatre à se relayer autour de Jérôme Herrera, le responsable de Cyclopolitain* à Bordeaux, et à faire fi des chutes de température pour transporter autrement les citadins depuis le mois de septembre. “Quand on pédale pas de souci, il fait très chaud“, rassure Virginie. Étudiante en orthophonie, c’est pour elle le job idéal. Il lui a permis de découvrir rapidement la ville qu’elle ne connaissait pas avant la rentrée. Avec un emploi du temps établi en fonction de ses cours, elle travaille 10 à 15 heures par semaine rémunérées au smic, “ainsi qu’au bon cœur des gens: le pourboire représente une part importante du salaire!” s’exclame t-elle.  En plus de leur générosité, Virginie est ravie des conversations qu’elle a avec eux. Elle peut même pratiquer les langues étrangères, comme avec son dernier client, d’origine cubaine. Pour elle, ce petit boulot allie convivialité et santé, “pas besoin de payer la salle de sport” comme disent beaucoup de gens qui tâtent ses mollets.

Mathieu, reporter radio, pompier volontaire et...chauffeur de vélo taxi

Mathieu, reporter radio, pompier volontaire et...chauffeur de vélo taxi

Promenade avec…

Aujourd’hui, mon chauffeur c’est Mathieu, et il est aux petits soins. Je n’ai pas de destination précise, juste l’envie de me promener. Il me suggère donc un itinéraire “découverte de la ville”. Super. Devenue touriste, je m’enroule dans la couverture polaire vert anis qu’il me propose. On peut partir. Avec le vent qui souffle assez fort, la pluie nous mouille un peu. D’autres ont déjà fait cette remarque avant moi, alors des vitres latérales en plastique vont être installées sous peu. “On est à l’écoute des clients pour toute amélioration!” souligne Jérôme Herrera. Mathieu est le seul chauffeur à ne pas être étudiant. Il est reporter à France Bleue Gironde et c’est en préparant un sujet cet automne qu’il a découvert les vélos taxis… et qu’il est resté. Pour lui comme pour ses collègues,  tourner sans clients est le seul point noir d’une journée.  Alors quand il doit prendre son mal en patience, il a un truc : s’arrêter déguster des milkshakes rue des trois conils ou encore des crêpes sur le quai de la douane, “les meilleures” affirme t-il en passant devant l’établissement. Du coup, une course avec lui revient à faire un tour gastronomique de la ville.

Des esprits encore partagés

Il y a d’un côté les personnes tout de suite séduites par l’originalité de l’engin et qui abordent les chauffeurs pour savoir de quoi il s’agit. Une fois le mystère élucidé, elles n’hésitent pas à se faire conduire. Certaines ont adopté ce mode de transport au point de ne pas comprendre pourquoi le vélo taxi ne va pas partout, le  centre ville de Pessac est souvent mentionné.

Et puis de l’autre côté, il reste de nombreux sceptiques, ceux qui montrent du doigt cette “nouvelle forme d’esclavage“. A ceux-là, les chauffeurs, toujours très surpris par la remarque, se font tous un grand plaisir à leur laisser le guidon, afin qu’ils jugent par eux-mêmes de la facilité avec laquelle l’engin se manie.  Mais pour les cyclistes “les clients sont toujours sympathiques“, même s’ils avouent quand même entendre de temps en temps des blagues douteuses. “Il manquerait presque le fouet!” revient dans plusieurs bouches. “A prendre avec humour bien sûr” précise Jérôme Herrera rougissant. Il sait de quoi il parle, car lui aussi pédale.

Fille ou garçon?

Des clients font aussi une distinction entre les chauffeurs. Virginie témoigne. “Des filles m’ont dit que si ça avait été un gars, elles ne seraient peut être pas montées… Parce que c’est plus marrant de pouvoir discuter entre filles.” Et puis des hommes sont gênés à l’idée de se faire conduire par une fille, ils redoutent le regard des badauds surtout. Mais Virginie veut les rassurer, elle est là pour travailler, ça s’arrête là, il n’y a rien à juger. N’empêche que pour avoir testé, le regard des autres, il est bien insistant. Surtout aux feux rouges.

La rumeur selon laquelle le travail serait plus pénible pour elle que pour ses collègues masculins a aussi la peau dure. En attendant, c’est bien Jaime, l’étudiant espagnol, qui est en arrêt maladie raconte Jérôme Herrera. “Il faut certes être apte physiquement, mais je ne leur demande surtout pas d’être de grands sportifs. Le boulot n’est pas du tout difficile avec l’assistance électrique. La jeune fille qui pédale, ce n’est pas du tout Rambo, et elle ne force pas.” Ici, pas de discrimination entre hommes et femmes, c’est la motivation qui prime. La seule condition pour être embauché, c’est d’avoir le permis de conduire, ou au moins le code de la route, car le cyclo circule aussi bien sur les zones piétonnes que sur les routes. Et Virginie d’ajouter malicieusement: “j’en ai entendu d’autres qui avaient des rhumes, des tendinites, moi ça va. Je me demande bien qui est la petite nature dans l’équipe…

Cathleen BONNIN

*Cyclopolitain
5 rue Ausone à Bordeaux
05.56.23.00.38
http://www.cyclopolitain.com/