Il y avait comme une ambiance électronique samedi 6 décembre au 4 sans. Pour la troisième fois, les murs de la boîte de nuit bordelaise ont tremblé au son de la musique de Para One.

Concentration. Para One à la baguette.
De son vrai nom Jean-Baptiste de Laubier, Para est l’une des sensations de ces dernières années en musique électronique. Depuis la sortie en 2006 de son premier album Epiphanie, il distille ses sons énergisants un peu partout dans le monde, et le public en redemande. Mais à 29 ans, ce cinéaste de formation a plus d’un projet en tête.
La musique, il s’est lancé dedans un peu par hasard. “J’ai commencé à faire des sons dans ma chambre, et à un moment ça a collé parfaitement avec ce que le public attendait.” Son secret? Ses sources d’inspiration sont aussi diverses que le hip-hop américain des années 80 et la musique baroque. Il avoue même sans rougir un petit faible pour le répertoire de Daniel Balavoine.
Jean-Baptiste est aussi producteur. En 2003, il fonde le label Institubes, avec un certain Tekilatex, membre du groupe de rap TTC. L’indépendance leur confère une plus grande liberté de création et le public se montre réceptif. Très vite, les majors du disque se mettent à les courtiser. Un coup de projecteur formidable pour Para One.
Son point commun avec les autres artistes d’Institubes? L’influence de la culture rap américaine. A la fois un héritage musical et une façon d’arriver en force, dans la vie comme dans leurs morceaux. « Intégrité ça fait très moralisateur, mais il y a quelque chose comme ça. On fait des choix radicaux. » Avec Surkin et Tacteel notamment, ils offrent une approche moins progressive de la musique électronique, plus directe. « On essaye d’accrocher le public avec les 4 premières mesures de nos morceaux ». Une recette qui vaut à Para One une cote grandissante auprès des amateurs “d’électro”.

Jean-Baptiste de Laubier, aka Para One, un artiste qui ne tient pas en place
Omniprésent sur la toile, il est classé dans la catégorie « French Touch 2.0 ». Il serait donc l’un des dignes héritiers des Daft Punk, Cassius et autres groupes de musique électronique des années 90-2000, version deuxième génération. Plus qu’un concept médiatique, cette expression désigne une façon de composer “plus brute, sans concession.”
Para One fait aussi la différence en choisissant de se montrer, dans un milieu qui a longtemps cultivé l’anonymat. Un changement lié à Internet, selon lui. Les réseaux sociaux tels que Facebook ou Myspace ont changé la donne. « Les nouveaux moyens de distribution permettent d’avoir un contact direct avec le public. Les gens n’ont plus seulement accès à la musique mais à tout un faisceau d’informations : des images, du texte, des biographies… »
L’image, un support qui n’a jamais laissé Para One indifférent. Avec la bande originale du film Naissance des Pieuvres, nominé à Cannes dans la catégorie “un certain regard”, il avait déjà rétabli le contact avec son univers d’origine. Plus récemment il a réalisé lui-même un film sur la tournée américaine d’Institubes, One More Song. Après des études à la Femis, la célèbre école de cinéma, on n’en attendait pas moins de lui. Mais l’univers du 7ème art est totalement différent de celui qu’il fréquente actuellement. Pas facile de s’investir dans les deux.
Séduit par l’aspect festif de la musique, il a un petit côté intello insatisfait. Doctor Jekyll, il jouit de la rapidité avec laquelle un morceau peut naître le matin chez lui et enflammer les pistes le soir; Mr Hyde, il rêve des bibliothèques poussiéreuses et des années de préparation pour faire un film. Cette année il compte faire le grand saut, et commence l’écriture d’un long-métrage.
Insatiable, il n’oublie rien pour autant de sa carrière musicale. Il produit en ce moment même l’album d’un nouveau groupe, qu’il forme avec un artiste américain. Cela devrait être très différent de ce qu’il a composé jusqu’à présent. “Chaque nouveau projet doit être le contre-pied total de ce que j’ai fait auparavant”. Alors comment définir son style musical? Quand on lui pose la question, il livre sa réponse sans hésiter, content de sa bonne formule : “Je crée de la musique sentimentale par des moyens digitaux”. Une définition qui peut surprendre. Son côté poète, sans doute.
Pauline de Saint Remy
Pour en savoir plus sur Para One :
www.myspace.com/paraone
interview promotionnelle pour son album Epiphanie
One More Song, le film qu’il a réalisé sur la tournée d’Institubes : www.institubes.com/onemoresong/