Etudiants et fonctionnaires de France, unissez-vous!

17 12 2007

C’est devenu une tradition depuis le printemps 68. Les étudiants aiment à se retrouver dans les cortèges de leurs aînés. Main dans la main, pour une lutte qu’ils espèrent toujours finale. Ce fut le cas à Bordeaux, le 20 novembre, lors d’une grande fête nationale des fonctionnaires. Au menu des réjouissances cette année : non au “système Sarkozy”, non à la réforme des régimes spéciaux de retraites, abrogation de la loi Pécresse.

manif2.jpg

“Le service public, c’est la République; la privatisation, c’est sa destruction”. Le 20 novembre dernier, tout ce que la France pouvait compter de fonctionnaires et de protestataires a investi les rues des grandes villes.
A Bordeaux, un cortège compact de 14 000 à 25 000 personnes selon les différentes sources, a défilé, suivant la boucle République-Gambetta-République.
Les manifestants sont unanimes : les combats des étudiants et des fonctionnaires sont étroitement liés. Même si certains tiennent à distinguer les combats. “Les mouvements doivent converger” assure Michel, enseignant et militant LCR. “Les attaques sont cohérentes face au tout libéral”. Besancenot, quand tu nous tiens…“De plus en plus d’étudiants sont salariés et on leur prépare un avenir précaire”. “Pour les étudiants, la retraite, c’est une vue de l’esprit”, poursuit-il avec humour.

PAS D’UNIVERSITÉ À DEUX VITESSES

Principal fer de lance de la bronca anti-gouvernementale, le mouvement étudiant était fortement présent dans la cohorte de manifestants. « Non à la loi REGRESSE, non à la privatisation ». Le message des “jeunes” est clair : ils ne veulent pas de cette réforme. Il faut la ranger au placard car elle représente un grave danger : celui d’apporter de l’argent frais à l’université française. La crainte de voir l’Etat se désengager des facs, au profit de leur autonomie croissante et de leur financement par des capitaux privés, est au coeur des contestations. Des inégalités entre universités verraient le jour. Et à l’intérieur même de celles-ci, certaines filières se trouveraient directement menacées de disparition pour cause de “non-rentabilité”. Bref, il est préférable de laisser croupir l’enseignement supérieur français.

etudiants2.jpg

Comme en 2006 pour le CPE et en 2003 pour la réforme LMD, les campus français se sont donc mis en grève. A Bordeaux, trois universités sur quatre ont été bloquées durant plusieurs semaines par les étudiants en colère, tardivement rejoints par leurs cadets. Les lycéens se sont en effet invités à la fête. En tant que futurs étudiants et futurs prolétaires ou autres travailleurs précaires. L’occasion, pour eux aussi, de sonner l’hallali du gouvernement Fillon-Sarkozy. Ainsi, une délégation lycéenne manifestait bruyamment mardi 20.
Souvent sincèrement convaincus et apeurés par le discours marxisant des détracteurs de la loi, parfois galvanisés par l’idée de vivre un semblant d’agitation populaire, le millésime 2007 des étudiants français a cru bon de se mobiliser massivement. Mais, contrairement aux conflits précédents, le blocage des facultés a été très largement constesté, au nom de la liberté d’étudier. Comme dans un susrsaut de bon sens démocratique.

Ambiance dans le cortège et parole aux principaux concernés.

Le 20 novembre, les étudiants étaient excités comme des puces à l’idée de profiter d’un droit constitutionnellement reconnu (pour les travailleurs…). L’espace d’un mois, la nouvelle génération d’étudiants a jouit de son quart-d’heure de gloire. Elle a utilisé à bon escient une importante médiatisation pour faire valoir ses arguments.
Aujourd’hui, nombre d’établissements sont revenus à plus de sagesse. Les syndicats d’extrême-gauche (CNT, Sud notamment), brillants chefs d’orchestres d’une vaste manipulation de cerveaux adolescents, ont baissé la garde. Cette année, la violence des leaders gauchistes – à Rennes 2, le président Gontard a été blessé au visage par un coup d’extincteur, un enseignant a également été passé à tabac -, n’a pas eu raison de la masse étudiante, bien trop sensible, dans sa grande majorité, aux valeurs démocratiques et au respect de l’autre.

Géraud Bosman-Delzons





Peut-on tout dire à une AG étudiante?

6 12 2007

Le fonctionnement démocratique des Assemblées Générales étudiantes organisées pour prendre position sur la loi Pécresse dans les dernières semaines a été très largement contesté. Qu’on soit pour ou contre le blocage des universités, les voix se sont élevées pour dénoncer le non-respect de la liberté de parole. Alors, peut-on tout dire à une AG? Ou s’agit-il de méthodes “staliniennes”, comme on a pu l’entendre? Exemple concret avec l’AG de Bordeaux 3 le vendredi 16 novembre.

 

Organisation sans faille.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Six étudiants sont à la tribune, et leurs rôles sont bien répartis : un “présentateur en chef”, un analyste de la loi, les autres étudiants s’occupant de l’organisation matérielle. Tout cela n’est pas improvisé, si ce n’est une sono capriceuse. Les tours de parole sont respectés.

Une tribune organisée et méthodique.

Une tribune organisée et méthodique.
Un micro, plusieurs étudiants.
Le moteur tourne bien : il y aura quatre temps lors de cette AG. Présentation de la loi, débat sur la loi, débat sur les modalités d’action, et enfin vote “spatial”, c’est-à-dire en se dirigeant vers une porte définie selon son opinion. C’est surtout lors des débats et du vote que le caractère démocratique des AG est remis en cause. Les débats sur la loi commencent. Un cheminot solidaire et un étudiant parlent de capital et de privatisation des facs. Le public -2000 personnes sur le parvis- approuve bruyamment. Un autre défend mai 68, une étudiante tchèque constate le délabrement de l’université et milite donc pour l’entrée de fonds privés à l’université. Son propos est respecté. Seul incident, un étudiant en droit se lance dans une tirade anti-blocage : son micro est coupé après deux avertissements, car il ne respecte pas le protocole prévu. On l’invite à revenir parler plus tard, lors du débat sur les modalités d’action.

Julien défend l’héritage de mai 68 et l’espace de liberté universitaire :

David s’attaque à la loi Pécresse et se fait le héraut des petites facs :

Nadia, étudiante tchèque, s’inquiète de l’état des universités et légitime la loi Pécresse:


Parmi le public, des opposants au blocage s’expriment librement.
Parmi le public, des opposants au blocage s’expriment librement.

Finalement, la parole est plutôt libre, et les réactions marquées du public n’empêchent pas le bon déroulement de l’AG. Des étudiants opposés au blocage brandissent des pancartes, d’autres donnent de la voix pour soutenir leur ami, amusés de voir celui-ci jouer au tribun. Le vote final donnera raison aux bloqueurs, aux deux tiers environ, après un vote clair et incontestable, même si il ne se déroule pas à bulletion secret. Les discussions passionnées se poursuivent sur le parvis. On est bien loin de l’image d’une université sous tension, d’une AG expéditive. Ce jour-là, Bordeaux 3 a été bloquée, et toutes les parties ont pu s’exprimer. La démocratie est sauve, au moins pour cette fois.

Et ailleurs? 
Si cette Ag à Bordeaux 3 s’est plutôt bien, déroulée, il n’en a pas été de même lors des différentes AG organisées dans les universités françaises. Un petit tour d’horizon des vidéos sur la toile en témoigne:

A Dijon, le vote semble pour le moins désorganisé : http://fr.youtube.com/watch?v=_P-RaD-OgVo

Situation tendue à Lille 3 où un étudiant virulent se fait sortir : http://fr.youtube.com/watch?v=VGz5xPVQKrQ&feature=related

Reportage réalisé par Benjamin König.