C’est devenu une tradition depuis le printemps 68. Les étudiants aiment à se retrouver dans les cortèges de leurs aînés. Main dans la main, pour une lutte qu’ils espèrent toujours finale. Ce fut le cas à Bordeaux, le 20 novembre, lors d’une grande fête nationale des fonctionnaires. Au menu des réjouissances cette année : non au “système Sarkozy”, non à la réforme des régimes spéciaux de retraites, abrogation de la loi Pécresse.
“Le service public, c’est la République; la privatisation, c’est sa destruction”. Le 20 novembre dernier, tout ce que la France pouvait compter de fonctionnaires et de protestataires a investi les rues des grandes villes.
A Bordeaux, un cortège compact de 14 000 à 25 000 personnes selon les différentes sources, a défilé, suivant la boucle République-Gambetta-République.
Les manifestants sont unanimes : les combats des étudiants et des fonctionnaires sont étroitement liés. Même si certains tiennent à distinguer les combats. “Les mouvements doivent converger” assure Michel, enseignant et militant LCR. “Les attaques sont cohérentes face au tout libéral”. Besancenot, quand tu nous tiens…“De plus en plus d’étudiants sont salariés et on leur prépare un avenir précaire”. “Pour les étudiants, la retraite, c’est une vue de l’esprit”, poursuit-il avec humour.
PAS D’UNIVERSITÉ À DEUX VITESSES
Principal fer de lance de la bronca anti-gouvernementale, le mouvement étudiant était fortement présent dans la cohorte de manifestants. « Non à la loi REGRESSE, non à la privatisation ». Le message des “jeunes” est clair : ils ne veulent pas de cette réforme. Il faut la ranger au placard car elle représente un grave danger : celui d’apporter de l’argent frais à l’université française. La crainte de voir l’Etat se désengager des facs, au profit de leur autonomie croissante et de leur financement par des capitaux privés, est au coeur des contestations. Des inégalités entre universités verraient le jour. Et à l’intérieur même de celles-ci, certaines filières se trouveraient directement menacées de disparition pour cause de “non-rentabilité”. Bref, il est préférable de laisser croupir l’enseignement supérieur français.
Comme en 2006 pour le CPE et en 2003 pour la réforme LMD, les campus français se sont donc mis en grève. A Bordeaux, trois universités sur quatre ont été bloquées durant plusieurs semaines par les étudiants en colère, tardivement rejoints par leurs cadets. Les lycéens se sont en effet invités à la fête. En tant que futurs étudiants et futurs prolétaires ou autres travailleurs précaires. L’occasion, pour eux aussi, de sonner l’hallali du gouvernement Fillon-Sarkozy. Ainsi, une délégation lycéenne manifestait bruyamment mardi 20.
Souvent sincèrement convaincus et apeurés par le discours marxisant des détracteurs de la loi, parfois galvanisés par l’idée de vivre un semblant d’agitation populaire, le millésime 2007 des étudiants français a cru bon de se mobiliser massivement. Mais, contrairement aux conflits précédents, le blocage des facultés a été très largement constesté, au nom de la liberté d’étudier. Comme dans un susrsaut de bon sens démocratique.
Ambiance dans le cortège et parole aux principaux concernés.
Le 20 novembre, les étudiants étaient excités comme des puces à l’idée de profiter d’un droit constitutionnellement reconnu (pour les travailleurs…). L’espace d’un mois, la nouvelle génération d’étudiants a jouit de son quart-d’heure de gloire. Elle a utilisé à bon escient une importante médiatisation pour faire valoir ses arguments.
Aujourd’hui, nombre d’établissements sont revenus à plus de sagesse. Les syndicats d’extrême-gauche (CNT, Sud notamment), brillants chefs d’orchestres d’une vaste manipulation de cerveaux adolescents, ont baissé la garde. Cette année, la violence des leaders gauchistes – à Rennes 2, le président Gontard a été blessé au visage par un coup d’extincteur, un enseignant a également été passé à tabac -, n’a pas eu raison de la masse étudiante, bien trop sensible, dans sa grande majorité, aux valeurs démocratiques et au respect de l’autre.
Géraud Bosman-Delzons



