Depuis le 15 octobre 2007, un groupe d’anti-sarkozystes bordelais publie un “journal militant”. L’exergue du Décodeur : “la droite en clair”. Les articles sont signés par des pseudos, voyons “en clair” qui sont les contributeurs de la publication.

Les membres du collectif distribuent le Décodeur plusieurs fois par mois aux arrêts de tram
Pour trouver les membres du Crad33 (Collectif de résistance à la droite) ce lundi soir, il fallait se rendre au local de la LCR, rue Camille Sauvageau, traverser la salle de réunion où plusieurs membres du NPA (Nouveau parti anticapitaliste) étaient installés autour d’une table, passer dans une autre pièce, vide, pour enfin accéder à un petit endroit : un gros néon, des copieurs, une plieuse, et des colonnes vertigineuses de papier vierge. Une imprimerie en quelque sorte. Maxime et Joëlle s’apprêtent à imprimer les 2000 exemplaires du Décodeur, le mensuel de leur collectif. D’emblée ils précisent que le parti d’Olivier Besancenot ne prête pas son matériel gratuitement : 10 centimes l’exemplaire, au final il faudra signer un chèque de 83,60 euros.
Indépendance
A leur début, un autre parti politique voulait leur offrir ces impressions. Ils ont refusé. Ils sont très attachés à leur indépendance. Ils s’affirment sans étiquette et ne veulent être affiliés à personne. « On ne veut pas d’un logo sur notre journal. Avec la pression d’un parti, c’est plus difficile de parler. Et les gens se méfient de ces partis.» explique Maxime. Pourtant, à la création du collectif pendant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, différents organes politiques ou associations l’ont soutenu comme les MJCF, ou AC ! Gironde, qui aujourd’hui encore prête son local pour ses comités de rédaction et de relecture du Décodeur. Après l’élection présidentielle, les partis politiques et les associations ont tourné le dos au Crad33. Mais certaines personnes “encartées” contribuent encore aujourd’hui au journal, mais à titre indivivuel. C’est le cas notamment d’un membre de la LCR.
Partage des tâches
Il est difficile de compter actuellement le nombre de membres du collectif, peut-être une quinzaine. Mais le va-et-vient est continu. En un peu plus d’an d’existence, on compte environ 30 signatures dans le journal. « Il y a des gens qui ne viennent qu’une fois, » précise Maxime. Lui, il est là depuis le début. Il fait partie de ses jeunes marqués par la lutte anti-CPE. “J’ai été encarté dans beaucoup de trucs.” précise-t-il. Aujourd’hui, il se consacre essentiellement au Crad33. Il n’a manqué qu’une seule impression de la publication. Ancien graphiste, sa formation professionnelle lui donne les compétences de gérer cette étape. Tout comme le site web. Un de leur principe est le partage du travail, alors pour ce qui est de la technique et de l’informatique, Maxime organise des formations, « mais ça prend pas beaucoup, » déplore-t-il.
Pour la majorité, ils ont entre 18 et 27 ans. Etudiants, chômeurs, ils ont en commun une certaine « fibre artistique ». En plus des pratiques de la musique et du théâtre, certains dessinent, Maxime n’est désormais plus le seul à illustrer le Décodeur. Joëlle est plus âgée que la moyenne, mais elle précise en rigolant que ce n’est pas elle la plus vieille : il y a une retraitée parmi eux. « Je m’éclate bien à écrire ça, » confie Joëlle. Indéniablement, elle contribue au Décodeur par convictions idéologiques, mais on sent aussi qu’elle est là pour soutenir ce collectif. Ce mois-ci elle a donné 45 euros à l’association. Et, elle consacre du temps à la diffusion du journal : « J’ai un copain qui reçoit plein de pubs avec des enveloppes pré-timbrées à destination de Rouen, Nantes, Paris, etc. Je les récupère, je les garde dans mon tiroir, et quand j’ai un peu de temps, je plie les Décodeur et je les glisse dans ces enveloppes. » C’est la première fois qu’elle raconte sa petite ruse pour « faire connaître » le mensuel dans toute la France.
“On n’est pas pressés par l’actualité”
S’ils signent leurs articles sous des pseudos, c’est par esprit de solidarité. En cas de problème avec la justice, ils diront que l’auteur a écrit via Internet, de façon anonyme. C’est le même principe qui les a poussés à ne pas former de bureau au sein de l’association, ils se sont constitués en « collège solidaire ». Chapos, “inter”, rubriques, brèves, les ingrédients du journal sont là. La maquette est probablement inspirée du “Canard Enchaîné”. D’ailleurs c’est l’une de leurs sources, qui sont très souvent dévoilées en notes de bas de pages. Ceux qui participent au Décodeur ne font pas ça à la légère. Les articles contiennent généralement beaucoup d’informations, sont documentés et remplissent donc la fonction de “décryptage” qui caractérise le journal. Du coup, ils peuvent sembler parfois très “techniques”. Quitte à s’éloigner de la ligne éditoriale, certains auteurs se plaisent à aborder des sujets plus généraux.
Et si la forme de la publication est rare pour un collectif militant de ce type, le journal ne contient pas de reportages, et le comité de rédaction ne fait aucune commande sur les sujets à traiter. « On n’est pas pressés par l’actualité, précise Joëlle, ça mène à Reuters et à l’AFP. », dans le numéro de décembre paraît d’ailleurs un article sur la conflit géorgien de cet été. Et puis, c’est surtout un manque de temps et de moyens. Alors Maxime glisse au passage que si des étudiants en journalisme voulaient contribuer au Décodeur…
Camille Chignac
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