Portrait de Laurence Barrère, une jeune poétesse qui vient de publier son premier recueil. Elle porte un regard passionné mais réaliste sur l’univers de la poésie qu’elle tente de faire sien.
Laurence Barrère a écrit son premier recueil, Sourdines, en une seule nuit.
Laurence Barrère est une jeune fille, plutôt jolie. Avec ses cheveux blonds, elle porte un jean classique, un pull sombre et un petit camé autour du cou, “de ma grand-mère” précise-t-elle. Originaire du Gers, elle est étudiante à la Sorbonne, mais surtout, elle est poétesse.
Une cigarette au bout des lèvres, debout au milieu de son appartement parisien, elle se justifie exaltée : “J’ai besoin d’écrire les choses qui me bouleversent” et elle ajoute dans la même énergie, “de toute façon, poète on l’est ou on l’est pas. Moi je suis une poétesse.”
Les trams ne sont pas automatiques à Bordeaux. Et, les conducteurs ne sont pas des automates. Alors forcément, quand des accidents surviennent, ils sont en première ligne…
Le tram ne veut pas être un danger public. Une campagne de communication pour sensibiliser les usagers va débuter le 18 novembre.
Nous sommes un vendredi pluvieux du mois de novembre et j’ai rendez-vous avec Lydie C.. Lydie est interne dans le service de gynécologie-obstrétrique au centre anti-cancéreux Bergonié de Bordeaux, concrètement elle travaille soixante-dix heures par semaine pour un salaire compris entre 1684€ et 2100€ par mois. Elle ne se plaint pas, elle aime ce qu’elle fait et relativise.
La jeune femme me reçoit après une garde chargée.
De sa vie d’interne, Lydie ne voudrait rien changer. Si elle considère que ce sont des études difficiles et longues, elle « ne se [voit] pas faire autre chose ». Elle m’explique que les six premières années à l’université sont dévolues à l’externat, une période d’enseignements théoriques dans laquelle « tu n’as pas trop à t’investir ». Elle en vient ensuite à l’internat, dans lequel elle évolue depuis trois ans, elle n’a plus de cours théoriques ou presque et passe ses journées à l’hôpital. Lisez la suite de cette entrée »
R comme Roberts : c’est le nom d’Isabelle. R, aussi, comme Raphaël, c’est le prénom de Garrigos. Quand on lit leurs initiales au bas de leurs papiers communs, en page médias de Libération, c’est cette lettre qui saute aux yeux. Quand enfin on arrive à les joindre, ils sont « débordés par la loi sur l’audiovisuel, les pages à gérer, la télé à regarder. » Et, qui plus est, ils ne veulent pas être interviewés séparément. Il faut dire que les deux « R » lient leurs destins à la scène comme à la ville. Sans être passés par une école de journalisme, après la fac (ils ont fait leurs études à Bordeaux), ils ont directement pigé pour Libé avant d’y être intégrés pour de bon. Ils produisent toujours à quatre mains leurs reportages bourrés d’humour. Pour beaucoup, ce serait prise de tête assurée. Pour eux, c’est l’assurance de viser juste et de mettre le nez des gens du PAF dans leurs travers quotidiens… à défaut de faire le grand ménage.
L'expulsion pour le clandestin, la prison pour le patron. Déposer un dossier de régularisation en Préfecture pour un travailleur sans-papiers peut être risqué.
“La régularisation, c’est une brêche à exploiter tous les deux”, annonce Stéphane*. Ce patron-voyou a accompagné le mois dernier, Karim, son employé sans-papiers, à la Préfecture de la Gironde pour déposer un contrat de travail sous réserve de régularisation. Cette pièce est la dernière lubie de l’administration. Depuis février 2008, à la sortie de la circulaire sur la régularisation des travailleurs sans-papiers, Stéphane pousse Karim à cette démarche. Même si ce dernier n’entre pas dans les critères. Pour les Tunisiens et les Algériens, des accords ont été passés : ils peuvent venir travailler en France, s’ils ont un contrat de travail au préalable. Stéphane s’engage pour son salarié et pour sa propre sécurité. Karim prend le risque d’être expulsé mais ne veut plus vivre caché. Tous deux veulent sortir de l’illégalité.
Stéphane et Karim travaillent ensemble depuis bientôt six ans. Ils font les marchés en Gironde. Ambulant depuis dix ans, Stéphane emploie Karim au noir. De façon très ponctuelle et à prix cassés, à leur rencontre. Arrivé en France en 2002 avec un visa touristique d’un mois, Karim est Algérien et clandestin. Il ne sait ni lire ni écrire le français.
Stéphane est père de famille, chef d’entreprise français, installé. Karim est célibataire, travailleur immigré sans-papiers, hébergé par un compatriote –lui, dans la légalité. Si Stéphane reconnaît avoir exploité Karim et profité de l’Etat, aujourd’hui il veut faire de son ami son salarié déclaré et, si leur affaire prend de l’ampleur, son associé. Karim, quant à lui, espère continuer à travailler avec Stéphane, « juste avec lui », payer ses impôts, avoir son propre appartement et revoir sa famille et l’Algérie, pour les vacances.
Confiance mutuelle
« Khamsa, Karim, donne-lui khamsa! », crie Stéphane à son second. Sous les bâches blanches du marché, entre deux stands, les coupures sortent des poches, d’énormes liasses colorées. Karim tend un billet de cinq euros à un confrère, plaisante en arabe et retourne à ses affaires. Le ciel est menaçant mais la clientèle est au rendez-vous.
Stéphane et Karim se disent frères, cousins. Ils ont le même âge, les mêmes sources d’inspirations : les femmes.
Ces deux là sont collègues, surtout. Karim est “un bosseur”, “le matin, il est là”, disponible, souriant, se mettant à la hauteur des gens. Stéphane ne tarit pas d’éloges sur son employé, et les travailleurs étrangers, en général :
Sur le marché, Stéphane et Karim décident de tout ensemble. Et Karim tient le stand seul quand Stéphane fait la causette au café du coin. Les deux compères ont le sens du contact. Et surtout, la même ambition: développer le commerce. Ils ne comptent pas les heures de travail. Déballer, remballer, trier la marchandise, l’écouler, il leur arrive de faire des journées de 12h. Et de se retrouver encore, le soir, le week-end. Anniversaires, fêtes de Noël, sorties au restaurant ou visites occasionnelles, Karim fait partie de la famille de Stéphane. Au point que ce dernier paie Karim au smic/horaire, voire plus, selon les bénéfices, pour qu’il vive bien» ; prenne en charge ses frais de santé et l’aide pour des dépenses imprévues. L’illégal est intégré.
Et malgré la pression, patron et employé gardent la pêche.
Anne Frintz
*Les prénoms ont volontairement été changés pour préserver l’anonymat des protagonistes.
Son truc, c’est la récup’. Damien Billet, 31 ans, recycle des snowboards usagés en skateboards prêts à l’emploi. Avec un certain succès. Portrait d’un « green militant » jamais à court d’idées.
Avec ses skates recyclés, Damien Billet a monté une véritable entreprise parallèle
Il l’appelle « l’atelier du shaper » – pour les novices, le shape signifie la forme d’une planche. Dans ce lieu exigu aux allures de chalet savoyard, perceuse, scie sauteuse et autres outils en tout genre côtoient des dizaines de snowboards, entassés le long du mur. Damien Billet, lunette de chantier et masque anti-particules sur le nez s’active sur son plan de travail. Une board, forcément.
Depuis huit ans, ce responsable du rayon glisse à Sports Aventure a aménagé une ancienne réserve au fond du magasin bordelais en atelier de recyclage. A partir de snows destinés à une destruction certaine, ce Géo Trouvetout de la glisse fabrique… des skates.
Récup’ attitude
Une idée originale, partie d’une demande de sa clientèle. « Beaucoup de personnes venaient me voir pour trouver une bonne board à pas cher », explique ce diplômé en marketing de 31 ans. Car les sports de glisse ont beau avoir une image fun et décontractée, ce n’est pas donné ! Pour un skateboard neuf de qualité, comptez dans les 300 euros de budget.
La solution, Damien Billet l’avait en fait sous le nez. « En faisant la tournée des usines pour mon boulot, je voyais toujours de gros tas de boards vieilles ou cassées et je me suis dit tiens… pourquoi pas leur donner une deuxième vie ? », raconte ce passionné de glisse, bonnet vissé sur la tête.
Au début, il fait ses premières armes sur les anciennes planches de location du magasin. Puis décide de contacter les services après-vente des entreprises de snows. « Ils sont censés les détruire, alors autant les récupérer… », lance-t-il avec spontanéité. De grandes marques comme Nitro acceptent de jouer le jeu et, chaque année, Damien Billet récupère près de 300 plateaux. Gratos !
Ses clients n’ont alors plus qu’à acheter les quelques éléments nécessaires à la fabrication du skate, à savoir les roues et les trucks – ces essieux qui fixent les roues. Bilan : « Pour 100-150 euros, on peut avoir un skate correct », se félicite le concepteur qui a presque la récup’ dans le sang. « En fait, j’ai toujours réalisé des engins de glisse à pas cher », se souvient ce natif du pays basque. Gamin déjà, son père lui fabrique avec les moyens du bord un skimboard, cette planche permettant de surfer sur une vague en se lançant de la plage.
Une méthode artisanale
« Au départ, j’ai beaucoup tâtonné question technique », avoue toutefois l’autodidacte ingénieux. Des années de pratique et mille skates recyclés plus tard, le jeune homme est désormais rodé à l’exercice. Une heure de travail lui suffit. Pour la méthode, rien de plus simple. Du moins en apparence. Première étape, dessiner la forme en fonction des goûts du client. Découper, poncer. Le plateau est prêt. Reste à placer les trucks et les roues. Sans oublier, la touche finale: la pose du grip, cette matière noire anti-dérapante semblable à du papier de verre. Epouser le décor original de la planche ou le déstructurer, le principe est toujours d’obtenir le dessin « le plus artistique possible », insiste-t-il.
Car les acheteurs ne sont pas simplement motivés par l’intérêt financier. Un skateboard « made in Billet », c’est aussi l’assurance d’un produit unique, artisanal et de meilleure qualité. « Un skate, c’est juste un plateau de bois alors qu’un snow c’est du bois plus de la fibre de verre », explique ce débrouillard en poursuivant, c’est à la fois plus flexible et plus solide ».
Promouvoir le skate, un acte citoyen et écologique
Dans sa démarche, pas d’opportunisme ni d’effet de mode. Juste une volonté de promouvoir une autre manière de consommer. « Il faut que les gens prennent conscience qu’il existe plein de solutions à la fois simples et écologiques », souligne-t-il, convaincu que ce sont les gestes de chacun au quotidien qui peuvent faire évoluer les mentalités.
Avec ses skates recyclés, Damien Billet espère apporter sa pierre à l’édifice. Sans prétention. Car à l’écouter, la légendaire planche à roulettes a plus d’un atout : « C’est un moyen de transport pratique, non polluant et rigolo ! », argumente avec entrain celui pour qui le green est devenu un mode de vie. Pain, yaourts… il fabrique tout ce qu’il peut lui-même. « J’adore quand quelque chose ne coûte pas cher et que le résultat est identique », s’amuse-t-il, l’air décontracté. Dans une société qui jette presque aussi vite qu’elle achète, il nage à contre-courant. Et ça lui plait.
Dans son atelier, les planches à transformer côtoient celles qui ont déjà été découpées. « Je suis un peu nostalgique. En fait, j’aimerais bien les recycler ! ». Ça tombe bien, des idées, Damien Billet n’en manque pas. Ses projets ? « Pourquoi pas faire des étagères avec des skates. Ou des tabourets avec des pieds de ski ! ».
Prenez une passion commune pour la musique et trois cadres en pleine crise de la quarantaine, ajoutez un soupçon de prise de risques et le tour est joué. Un an à peine après une idée en l’air dans une cuisine, l’Amadeus Song ouvre ses portes sous la direction de Didier, Michel et Vincent. Aventure de trois amis de longue date.
Relooking pour l'Ancienne Faïencerie de Bordeaux transormée en piano-bar tendance néo-baroque
Il est 19h vers les hangars de Bacalan : rues désertes, ambiance lugubre et lampadaires sinistres… Pas franchement engageante la rue de la Faïencerie… Pourtant tout au bout, un néon violet se reflète dans les flaques d’eau de la chaussée et nous attire comme un moustique égaré. Le 19 novembre dernier, l’Amadeus Song a ouvert ses portes à un public bordelais en mal de lieu de retrouvailles faut-il croire. Le piano-bar lounge s’adresse avant tout à une clientèle bobo : on écoute Brel ou Moustaky dans de jolis canapés baroques pour le côté bohême ; on sirote un coca à cinq euros pour le côté bourgeois ; et on profite d’un éclairage résolument moderne et basse consommation pour le côté écolo. Mais après tout pourquoi pas ? Alors que ces dernières années les établissements bordelais type piano-bar, cabaret ou music-hall ont mis la clé sous la porte les uns après les autres, trois fous furieux de musique ont décidé de tenter l’aventure : un piano-bar chic et décalé. Il est probable que sans l’amitié hors du commun qui lie Didier Dulout, Michel Desanti et Vincent Gay, rien n’aurait était possible… Alors voilà comment ça commence…
D’abord il y a le piano. Impossible de passer à côté lorsqu’on entre dans la salle de l’Amadeus Song, Didier, Michel et Vincent ont imaginé cet espace pour rendre hommage à leur meilleur compagnon. Autour d’un piano, c’est bien là que tout a commencé, il y a douze ans, entre Didier, le prof, et Michel, l’apprenti. Le troisième acolyte rejoindra le mouvement quelques temps plus tard lors d’une garden-party chez Didier. «Tu connais Didier, tu joues de la musique, forcément » lance Michel à Vincent lors de leur première rencontre. De fil en aiguille, une relation amicale et musicale se tisse entre ces trois là. Très vite les cours de piano de Michel prennent une nouvelle tournure : un prof et deux élèves.
Puis vient l’envie de réaliser quelque chose. Fin août 2007, week-end brico chez Didier, ce jour là, pas le temps de pianoter, il s’agit de poser du carrelage… Tout deux à un tournant de leur vie, Didier met sur la table un projet qu’il laisse mûrir dans un coin de sa tête depuis 25 ans. Didier rêve de créer une structure qui serait un vivier d’artistes bordelais. Réfléchissons… Didier sait faire de la musique, Vincent sait faire du management… « faire du spectacle et du business » résume Vincent. Naturellement ils proposent à Michel de rallier leur cause : « un musicien, un commercial, un financier = un piano-bar. Tu joues avec nous ? » lui proposent-ils.
Et quand ils passent à l’action, ils ne font pas semblant… En fait c’est « l’imbrication naturelle de leurs talents respectifs » dixit Michel qui a permis la réalisation d’un tel projet. Chacun dans son domaine contribue activement à la création du lieu. Didier c’est l’artiste. Au sein de l’Amadeus, il est chargé de l’animation et de dénicher des artistes à produire. Vincent c’est le commercial. Après 10 ans passés dans la grande distribution, il doit aujourd’hui s’occuper de la gestion de l’entreprise. Et Michel c’est le financier. Cet ancien de la banque, aujourd’hui à la tête d’une société de conseil, va désormais monter les dossiers administratifs et financiers de l’Amadeus. Cette « somme de talents » sans laquelle rien n’eût été possible se révèle incroyablement efficace puisque quelques mois plus tard, le projet se concrétise et trouve un toit en partenariat avec la mairie de Bordeaux : l’ancienne Faïencerie. Désormais les trois compères foncent têtes baissées dans la mêlée: études de marché, casse-tête économique et juridique, activation des réseaux… Si parfois ils ne sont pas d’accord c’est plutôt sur un détail précisent-ils en cœur ou sur la chronologie des tâches à accomplir concèdent-ils. Trois ingrédients secrets à ajouter pour finaliser l’ensemble : franchise, respect et amitié. Quand on leur demande ce qui les caractérise, le regard brillant et des trémolos dans la voix ils déclarent unanimes : compétence et générosité. Ah ! On aurait presque la larme à l’œil face à ce trio de quadras pimpant!
Grand, une stature imposante, les cheveux blancs, le regard franc, pas de doute Jean Pierre Claverie sait ce qu’il veut. Et surtout ce qu’il ne veut pas : le tramway dans la rue Fondaudège.
L'année 2009 sera décisive pour l'avenir de la rue Fondaudège
Le carrossier est établi dans la rue depuis 22 ans et sa clientèle semble fidèle. Mais, si « les travaux commencent demain, je tire le rideau » tonne t-il. L’accès à son garage deviendrait impossible. Très impliqué dans la vie du quartier, il a décidé de réagir car « les gens qui sont contre le Tram ne feront rien de concret si on ne les pousse pas un peu… ».
Aujourd’hui il est le vice-président de « Oui à la vie de quartier ». Créée en 2007, l’association lutte contre le tracé de la nouvelle ligne de tramway rue Fondaudège. Pour remuer la centaine d’adhérents, on peut compter sur lui. Cet homme ne recule devant rien pour défendre sa rue. A tel point qu’il ne s’est pas gêné pour envoyer à Nicolas Sarkozy un dossier de 42 pages. dans lequel sont collectés pétition, avis de riverains et projet alternatif.
Au fond de lui, Jean Pierre Claverie n’attend pas de réponse de l’Elysée. Il faut voir derrière sa démarche la volonté d’embêter le maire de Bordeaux, favorable au projet, car « ils ne sont pas très copains Sarko et Juppé » explique t-il.
Jusqu’à présent, Jean Pierre Claverie menait des actions ciblées pour empêcher l’arrivée du Tram. Il avait organisé plusieurs manifestations, comme celle d’avril 2008, où un faux tram avait été fabriqué afin de montrer les perturbations qu’entraineraient le nouveau moyen de transport dans la rue Fondaudège.
Aujourd’hui, il attend avec impatience les conclusions des concertations menées par la CUB qu’il devrait connaître avant la fin de l’année. Toujours prêt à dégainer, Jean Pierre Claverie assure qu’il lui reste encore des cartouches si la CUB persiste.
Il y avait comme une ambiance électronique samedi 6 décembre au 4 sans. Pour la troisième fois, les murs de la boîte de nuit bordelaise ont tremblé au son de la musique de Para One.
Concentration. Para One à la baguette.
De son vrai nom Jean-Baptiste de Laubier, Para est l’une des sensations de ces dernières années en musique électronique. Depuis la sortie en 2006 de son premier album Epiphanie, il distille ses sons énergisants un peu partout dans le monde, et le public en redemande. Mais à 29 ans, ce cinéaste de formation a plus d’un projet en tête.
La musique, il s’est lancé dedans un peu par hasard. “J’ai commencé à faire des sons dans ma chambre, et à un moment ça a collé parfaitement avec ce que le public attendait.” Son secret? Ses sources d’inspiration sont aussi diverses que le hip-hop américain des années 80 et la musique baroque. Il avoue même sans rougir un petit faible pour le répertoire de Daniel Balavoine.
Jean-Baptiste est aussi producteur. En 2003, il fonde le label Institubes, avec un certain Tekilatex, membre du groupe de rap TTC. L’indépendance leur confère une plus grande liberté de création et le public se montre réceptif. Très vite, les majors du disque se mettent à les courtiser. Un coup de projecteur formidable pour Para One.
Son point commun avec les autres artistes d’Institubes? L’influence de la culture rap américaine. A la fois un héritage musical et une façon d’arriver en force, dans la vie comme dans leurs morceaux.« Intégrité ça fait très moralisateur, mais il y a quelque chose comme ça. On fait des choix radicaux. » Avec Surkin et Tacteel notamment, ils offrent une approche moins progressive de la musique électronique, plus directe. « On essaye d’accrocher le public avec les 4 premières mesures de nos morceaux ». Une recette qui vaut à Para One une cote grandissante auprès des amateurs “d’électro”.
Jean-Baptiste de Laubier, aka Para One, un artiste qui ne tient pas en place
Omniprésent sur la toile, il est classé dans la catégorie « French Touch 2.0 ». Il serait donc l’un des dignes héritiers des Daft Punk, Cassius et autres groupes de musique électronique des années 90-2000, version deuxième génération. Plus qu’un concept médiatique, cette expression désigne une façon de composer “plus brute, sans concession.”
Para One fait aussi la différence en choisissant de se montrer, dans un milieu qui a longtemps cultivé l’anonymat. Un changement lié à Internet, selon lui. Les réseaux sociaux tels que Facebook ou Myspace ont changé la donne. « Les nouveaux moyens de distribution permettent d’avoir un contact direct avec le public. Les gens n’ont plus seulement accès à la musique mais à tout un faisceau d’informations : des images, du texte, des biographies… »
L’image, un support qui n’a jamais laissé Para One indifférent.Avec la bande originale du film Naissance des Pieuvres, nominé à Cannes dans la catégorie “un certain regard”, il avait déjà rétabli le contact avec son univers d’origine. Plus récemment il a réalisé lui-même un film sur la tournée américaine d’Institubes, One More Song. Après des études à la Femis, la célèbre école de cinéma, on n’en attendait pas moins de lui. Mais l’univers du 7ème art est totalement différent de celui qu’il fréquente actuellement. Pas facile de s’investir dans les deux.
Séduit par l’aspect festif de la musique, il a un petit côté intello insatisfait. Doctor Jekyll, il jouit de la rapidité avec laquelle un morceau peut naître le matin chez lui et enflammer les pistes le soir; Mr Hyde, il rêve des bibliothèques poussiéreuses et des années de préparation pour faire un film. Cette année il compte faire le grand saut, et commence l’écriture d’un long-métrage.
Insatiable, il n’oublie rien pour autant de sa carrière musicale. Il produit en ce moment même l’album d’un nouveau groupe, qu’il forme avec un artiste américain. Cela devrait être très différent de ce qu’il a composé jusqu’à présent. “Chaque nouveau projet doit être le contre-pied total de ce que j’ai fait auparavant”. Alors comment définir son style musical? Quand on lui pose la question, il livre sa réponse sans hésiter, content de sa bonne formule : “Je crée de la musique sentimentale par des moyens digitaux”. Une définition qui peut surprendre. Son côté poète, sans doute.
Dès octobre 1914, l’Etat Major des Armées décide d’accroître le recrutement des troupes africaines. En France métropolitaine, deux sites, celui de Fréjus – Saint Raphaël et celui du Courneau en Gironde permettront l’accueil, l’entraînement et la réorganisation des bataillons tirailleurs sénégalais. Retour sur le camp dans le bassin d’Arcachon qui a accueilli 16 000 tirailleurs sénégalais d’avril 1916 à juillet 1917.
940 Sénégalais morts dans le camp
La faute à qui ?
16 000 tirailleurs Sénégalais sont passés par le camp de Courneau durant la Grande Guerre. 940 y sont morts. Un taux de mortalité très élevé. Si les historiens ont polémiqué sur le sacrifice des tirailleurs sénégalais au front, personne n’a pensé à ceux qui sont morts dans les camps, à l’arrière du conflit. Des morts moins glorieuses mais tout aussi tragiques. Ils sont morts de maladies car les conditions d’habitation et d’hygiène n’étaient pas adaptées à leur physiologie et à leur mode de vie. Si les historiens locaux ont une lecture neutre des faits recueillis, Salif Koala, historien burkinabé, spécialiste de la question coloniale en fait une analyse accusatrice. Il pointe du doigt l’irresponsabilité de l’Etat français.
Leur quotidien au camp
Jean-Pierre Caule, Jean-Michel Mormone et Patrick Boyer, historiens du Bassin d’Arcachon ont reconstitué les conditions de leur vie grâce à l’étude des courriers, des listes, des cartes postales de l’époque…
Si les tirailleurs sénégalais pensaient risquer leur vie au front à cause des balles, c’est d’abord à cause du climat et des mauvaises conditions d’habitation et d’hygiène dans leur camp d’accueil qu’ils risquaient leur vie.
De simples baraquements en bois
Les bâtiments, destinés à loger la troupe sont des baraques, longues de 30 mètres et larges de 6, peuvent recevoir 60 hommes, parfois plus soit 180 m2 pour 60 hommes. De construction légère, ossature de bois recouverte de toile goudronnée, elles manquent d’étanchéité à l’usage et laissent passer l’eau de pluie. Le sol de ces baraques est fait de terre battue. Le chauffage est assuré par des poêles bois-charbon, l’éclairage par des lampes à carbure et pétrole : les bougies sont interdites. Il n’y a de l’électricité que pour l’hôpital fournie par un groupe électrogène.
Politique d’hygiène insuffisante
“Chaque unité fait nettoyer dès le réveil l’intérieur des édicules de son secteur. Le service d’assainissement du camp fait répandre des produits antiseptiques à l’intérieur et à l’extérieur des édicules…” Malgré une prise de conscience tardive de l’Etat major de l’Armée à la Direction des Troupes Coloniales, le taux de mortalité élevé n’est pas enrayé. On recense 940 décès de juin 1916 à juillet 1917. Beaucoup meurent d’affections pulmonaires. Le personnel médical accueille près de 16.000 combattants en décembre 1916. Et le 72e bataillon de tirailleurs sénégalais, le seul à rester sur le site après le départ général, en paye le prix fort. 170 de ses soldats sont décédés. (Voir l’encadré a). Morts à l’arrière Dès juin 1916, le nombre de décès est suffisamment important pour que l’on décide par arrêté préfectoral du 19.07.1916, de créer un emplacement pour recevoir la sépulture des soldats sénégalais décédés au camp. Cet emplacement est situé sur la section F N°116 du plan cadastral de la commune de La Teste au lieu dit « Natus de haut » à 1 km du camp. Salif Koala, historien spécialiste de la question coloniale est allé se recueillir en octobre 2008 devant la stèle érigée en 1950. Il a étudié les archives du camp de Courneau. Il donne son sentiment sur la vraie raison de ce gâchis.
Pas sur le même pied d’égalité que les militaires français… Dans ce cas, les tirailleurs de ce camp ont payé le prix fort des restes de la colonisation (Voir l’ encadré b). Depuis deux ans, on entend beaucoup parler de la cause des tirailleurs de la Seconde guerre mondiale. L’opinion publique leur est acquise grâce au film “Indigènes”. Du coup, l’Etat français fait un effort avec la hausse des pensions. Pour les descendants des tirailleurs de la Grande guerre, c’est plus compliqué. S’ils voulaient apporter la preuve de leur parenté avec des poilus du camp de Courneau, originaires des quatre coins de l’Afrique de l’Ouest, sans papier d’identité au début du siècle… ce serait comme remonter au front.
Christelle JUTEAU
Encadré a : Situation sanitaire au Camp du Courneau
Novembre 1916
Dates
Nombre d’entrées à l’hôpital
Nombre de décès
Du 1er au 7 novembre
144
12 (8,33%)
Du 8 au 14 novembre
149
5 (3,36%)
Du 15 au 21 novembre
134
11 (8,21%)
Du 22 au 28 novembre
138
14 (10,1%)
Du 29 novembre au 5 décembre
176
39 (22,2%)
(Source 2)
Encadré b : Extraits de courriers des officiers français. Les tirailleurs sénégalais perçus par eux.
Le 1/07/16 un sergent major du 64ième BTS écrit:
” A la première compagnie du 64ième les races ne sont pas les mêmes. Nous avons des Woloffs, des Baoulés, des Sarakolés, des Sossos, tandis qu’à mon ancienne Cie j’avais des Bambaras, ces derniers sont plus fidèles et plus francs que les Woloffs mais tous marchent bien quand même… “
Le 10/03/17, un autre courrier montre le caractère aigri du rédacteur:
” Me voilà définitivement replongé au milieu des noirs et en plus dans un camp éloigné de 8 km de La Teste petit village qui ne doit son importance qu’au camp qui le fait vivre. Aucune distraction. Tout le cadre ici réclame le front comme faveur.”
(source 1)
Sources:
1) Jean-Pierre CAULE, Patrick BOYER, Jean-Michel MORMONE, “1914-1918 Le Bassin d’Arcachon”, société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch, novembre 2008.