Une fois par semaine, après une dure journée de labeur, de jeunes actifs décompressent en afterwork de 19h00 à 2h00 du matin. A Bordeaux, les soirées Seven2one de la Dame de Shangaï réunissent des trentenaires relâchés dans une ambiance intime mais légèrement has been .

La péniche de la Dame de Shangaï attend les premiers "business-fêtards"
Jeudi soir 4 décembre, la pluie s’abat sur le quai Armand Lalande, bassin à flot n°1.
Terminus de la ligne de tram B, l’ancienne zone portuaire déserte et glauque, semble être un drôle de lieu pour faire la fête.
Au milieu de hangars et de friches industrielles, à proximité de l’usine Lesieur, une péniche rouge isolée est amarrée au quai.
C’est la Dame de Shangaï, bateau restaurant et night-club, point de rencontre des travailleurs en quête de distraction nocturne.
Surprise : la chaleur intérieure de l’ancien pétrolier fluvial, relooké façon jonque chinoise, contraste avec la froideur extérieure. Une lumière tamisée teintée de rouge enveloppe quelques quadras étendus sur des canapés lounge. « C’est un peu isolé mais le cadre est sympa » commente Céline, informaticienne habituée des soirées depuis leur création il y a deux ans.
Échappatoire intimiste
21h00, l’afterwork est lancé depuis deux heures, le restaurant affiche complet mais au bar il n’y a pas foule. A peine une dizaine de personnes sirotent de coûteux cocktails ou dégustent une assiette « sur le pouce ».
Les aléas météorologiques ont-ils dissuadé les seven2oners ? Les actifs sont-ils vraiment adeptes de ces soirées à horaires décalés?
Gwendie Lacaille, organisatrice des afterworks pour l’agence Capsicom, se montre optimiste et néanmoins réaliste : « Chaque soirée atteint généralement une fréquentation de 350 personnes, mais la plupart d’entre elles arrivent à partir de 22h ».
Les quelques participants déjà présents se connaissent. Amis, collègues, se retrouvent dans une ambiance calme et conviviale pour se détendre et échanger à l’apéro. « Dès que je finis le boulot je rejoins une amie ici et j’oublie mes tracas. Ce qui me plait c’est de pouvoir boire un verre tranquillement et de discuter dans un lieu où l’on s’entend » confie Céline. Et quand on lui demande pourquoi elle sort en dehors de la ville et de son effervescence, la jeune femme nous explique qu’elle préfère « un lieu décontracté, loin des hordes d’étudiants et de l’électro, omniprésente dans le monde de la fête à Bordeaux ».
D’autres sont là dans l’espoir de faire des rencontres. Stéphanie, assistante commerciale fidèle depuis un an aux soirées seven2one, ne cache pas son objectif : « Je viens le jeudi pour fréquenter des actifs trentenaires et souhaite si possible nouer des contacts, élargir mon cercle d’amis ». Et une de ses collègues de renchérir ironiquement : « Avoue que tu viens ici pour trouver un chéri ! » David et Jean-Marie quant à eux, célibataires quadragénaires et amis depuis vingt-cinq ans, n’excluent pas de trouver l’âme sœur pour leur première soirée afterwork. Et si l’amour n’est pas au rendez-vous « on finira par se pacser » plaisantent-ils.
Animations rétro
A partir de 21h30 la croisière s’amuse. Les fêtards sont invités à participer à des activités ludiques dans les cales du bateau. Les 25-40 ans, munis de buzzers, s’affrontent via des quizz thématiques projetés sur écran géant. Dans une ambiance joviale digne du « Club Med » un animateur se charge de stimuler la compétition : « Quelle va être la tête d’affiche de ce soir ? Les filles seront-elles meilleures que ces messieurs ? »

Face à un écran géant, buzzers en main, les actifs testent leurs connaissances
Mais le concept désormais vieillissant du quizz en soirée ne fait pas l’unanimité chez les trentenaires. Bernard et Cyril, cadres de l’ aéronautique, observent d’un œil circonspect les participants captivés par ces jeux vidéos pour grands enfants. Ils avouent leur ennui et leur déception: « Ces jeux ne nous attirent pas, nous sommes ici pour danser sur une musique tendance. Nous ne reviendrons certainement pas ». Le karaoké, deuxième temps fort de l’« apéro-game », n’a guère plus de succès auprès des actifs impatients de faire la fête.
Vers 23h les projecteurs s’allument enfin et le sous-sol de la péniche fait place à la danse. Il reste trois heures aux cadres énergiques pour se défouler, et c’est bien assez : « Si la discothèque fermait plus tard, je me laisserai entrainer toute la nuit par le son des années 1980 et n’aurai pas l’énergie de me lever au matin » admet Stéphanie. Après avoir enflammé le dance-floor jusqu’à 2h00 du matin, les noctambules abandonnent le navire pour quelques heures de sommeil, certains d’être opérationnels dès 8h00.
Marion Chantreau
Seven2one
Afterwork tous les jeudis de 19h00 à 2h00
Dame se Shangaï
Bassin à flot N°1, quai Armand Lalande
33000 Bordeaux