On connaissait des pubs l’ambiance pintes, matchs de rugby et musique celtique. Mais une autre activité réunit les bordelais autour de leur bonne vieille chopine: les soirées quizz. Un principe simple: des équipes, des questions et un seul gain: de la bière…
Le mardi à 21h30, il n’y a plus une table de libre au Titi Twister. L’heure du quizz a sonné. Maxime Melun, le patron, saisit son micro et énonce les règles pour les petits nouveaux. Comme dans une salle d’examen, il rappelle que l’usage du téléphone portable est interdit sous peine de disqualification. Ça peut faire sourire, mais la tentation est grande. Les questions ne sont pas toujours faciles et le gain du vainqueur est alléchant: une tournée offerte.
Rien de surprenant à ce que les étudiants soient les plus grands fans de ces quizz. Un brin de compétition se fait sentir entre les tables mais l’ambiance reste très décontractée. Ils viennent surtout pour s’amuser. « Et si on gagne la tournée, c’est mieux! » plaisante Camille, une habituée des quizz. Mais trois séries de dix questions plus tard, on peut quand même lire une certaine déception sur le visage des perdants.
Les joueurs semblent pourtant tous d’accord: participer à un quizz, ce n’est pas faire un “jeu à boire”. Ça, ils peuvent le faire chez eux avec un trivial pursuit et un pack de bières. Mais la même phrase revient dans toutes les bouches: c’est un bon moyen de « picoler gratos » dans une ambiance sympa.
Quizz et tournée du patron, même combat
Derrière le divertissement se cache peut-être un problème. Faire gagner de l’alcool, n’est-ce pas une incitation à boire? En pleine polémique sur la suppression des “happy hour“ et des “open bar“, on peut se poser la question. Du côté des patrons de pubs, la réponse est unanime: ils ne forcent personne à boire. « Faire gagner de l’alcool, c’est comme offrir une tournée au client. » se défend le propriétaire du Cock and Bull. L’équipe vainqueur de son quizz remporte trois pichets de bière. « A peu près une pinte par personne. » précise-t-il, « Pas de quoi s’affoler ». Même avis pour Suzanne, chef de salle au Frog and Rosbif. « On propose même aux clients de prendre leurs pichets un autre jour. S’ils ne veulent pas boire, ils ne perdent rien. » Ils assurent tous respecter les lois classiques: ne pas vendre d’alcool aux mineurs, refuser de servir un client trop éméché. Mais pour les quizz, ils ne voient pas le problème. La question leur paraît visiblement saugrenue. « C’est un pub, les gens viennent ici pour boire! » conclut Suzanne.
Viens boire un p’tit coup à la maison
Le discours est bien rodé et ne masque volontairement pas la stratégie commerciale. Les quizz, c’est surtout un bon moyen de faire venir un maximum de personnes dans le pub.
Les joueurs viennent entre amis, souvent à six ou sept. Et ils n’attendent pas le verre gratuit pour consommer. Le jour du quizz n’est pas non plus choisi au hasard. Dimanche, lundi, mardi, des jours de faible affluence dans les pubs. Si certains assument de choisir ces jours pour remplir le bar, d’autres préfèrent expliquer qu’organiser un quizz en fin de semaine serait ingérable. Pour convaincre les hésitants, les pubs rendent leurs quizz accessibles à tous. Tous les thèmes y passent et le facteur chance compte souvent. Avoir un bac+8 ne vous aidera pas à trouver, parmi trois propositions, combien de personnes paient l’ISF à Bordeaux ou quel cri pousse l’alouette.
De l’humour, de l’ambiance, de la bière, les pubs ont trouvé la formule magique pour attirer le client et surtout le faire revenir. Les autorités n’ont pas l’air de s’en émouvoir… pour l’instant.
Elise Roullet Renoleau
Sites Internet des pubs:



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