Pas d’interview ni de photos du personnel, encore moins de «nuit avec le samu social». Gérard Bodin, médecin et directeur du Samu social de Bordeaux, se méfie des médias. Il a tout de même accepté de répondre à nos questions.
La médiatisation de la misère
Gérard Bodin ne cache pas sa réticence à l’égard des médias. «Ils ne s’intéressent au samu que pour les maraudes durant les périodes de grand froid». Si les tournées restent toutefois la pierre angulaire de l’activité du Samu social, il dénonce le voyeurisme de certains journalistes. “Certains reportages sont répugnants, on ne mesure pas combien les SDF peuvent être en difficulté avec leur propre image“.

Gérard Bodin, dans son bureau du Samu social
Des « professionnels de la précarité »
Toutes les grandes villes de France ont un samu social. Situé Cours de la Marne, celui de Bordeaux existe depuis décembre 1996, et Gérard Bodin en est l’un des fondateurs.
Mais si l’appellation reste la même partout, le fonctionnement d’un Samu peut varier d’une ville à l’autre. «Il n’y a pas de modèle, de structure nationale» rappelle le Dr Bodin.
Justement à Bordeaux, point de bénévoles. Uniquement des salariés, des «professionnels» de la précarité. Pour Gérard Bodin, la question du bénévolat ne se pose même pas: «il est illusoire de penser que l’on peut sortir quelqu’un d’une grande précarité par la seule bonne volonté».
Au PRADO33 (nom de code du Samu social Gironde), trois équipes se relaient toute l’année pour assurer le suivi de publics en difficulté.
«Veille sociale»
Un Samu social qui panse les maux, dans la durée. L’action du PRADO 33 se base sur «le maintien du contact avec un public défavorisé». Un «maintien du lien social» qui n’est envisageable que sur du long terme. «Nous traitons des cas sur plusieurs semaines voire plusieurs années» confie le Dr Bodin. Femmes battues, sans-abri… des personnes en rupture, «très désocialisées» que ces professionnels tentent d’impliquer, dans une démarche constructive de réinsertion. C’est pourquoi le Dr Bodin préfère le terme «veille sociale» à celui de samu. Une veille permanente pour des actions multiples, de l’accueil de jour à l’orientation vers des foyers, des soins quotidiens à l’hébergement d’urgence.
A lire aussi, Santé et précarité, un article de Gérard Bodin sur le mal être contemporain.
Momo Pourmo
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