RENCONTRE – Au Collectif Sida 33, qui regroupe une vingtaine d’associations de la région Aquitaine, l’optimisme n’est pas de mise à quelques jours de la journée mondiale de lutte contre le Sida, le 1er décembre. Colère, discrimination, baisses de budget… Claude, Maryse et Sandrine, personnels associatifs, pointent du doigt les dérives et le manque d’informations réalistes sur le sujet.
Collectif Sida 33: “les mentalités n’ont pas évolué depuis 30 ans”
6 décSida Info Service à la rescousse des tatoueurs et perceurs aquitains
19 décEn février dernier et sans aucune concertation, un décret est paru, qui impose à la profession des règles d’hygiène et d’organisation parfois draconiennes. Optimiste, le pôle bordelais de Sida Info Service prend le contre-pied de la position des professionnels, parfois pris au dépourvus : le respect strict de la loi ne doit pas être une contrainte mais au contraire une plus-value et un gage de qualité.

Denis Cormel, tatoueur chez Feeling Tatoo à Bordeaux, est déjà aux normes d'hygiène prévues par la future loi
UNE INITIATIVE VENUE D’AQUITAINE
Formations sur la transmission des maladies et les risques d’hépatites, salle exclusivement dédiée à l’hygiène, affichage des risques auxquels les clients s’exposent : les professionnels du tatouages et du piercing vont rapidement devoir faire peau neuve afin de se mettre en accord avec ces nouvelles obligations. Le pôle Sida Info Service de Bordeaux a été le premier a en être conscient. Un chamboulement en perspective pour la profession ? Pas tout à fait. Fathia Vrangkx, déléguée régionale de l’association, rappelle que même « s’il n’y avait aucun protocole d’hygiène demandé par l’État, comme on peut le trouver dans un laboratoire ou dans un centre de soin, cela ne veut pas dire que les tatoueurs n’étaient pas formés : la plupart du temps, en autodidactes et en bon professionnels, ils le sont, mais de manière non coordonnée et non mutualisée ».
« NOUS ALLONS TROUVER DES SOLUTIONS »
Cependant, certaines mesures du décret restent pour le moins draconiennes, et l’aide de Sida Info Service Bordeaux aux 128 tatoueurs de la région, appréciable : ainsi, comment aménager une salle de décontamination du matériel quand les boutiques ne disposent pas de la surface nécessaire ? Comment informer les clients de manière claire, synthétique et précise, sur les procédures d’hygiène et de salubrité, les risques encourus suite à une effraction cutanée, les précautions à respecter ? A qui les professionnels doivent-ils s’adresser pour les formations à suivre ? Après un décret paru sans concertation, les professionnels se retrouvent dans le flou, alors qu’aucun accompagnement n’est prévu par l’État. C’est ici que Sida Info Service intervient. L’association au ruban rouge propose « un accompagnement participatif : plutôt que de se retrouver au pied du mur quand les arrêtés du décret seront sortis, nous allons leur proposer des formations en amont sur les risque d’hépatites, et nous allons également nous intéresser au protocole de nettoyage de leur établissement ». Autre problème, autre solution : pour le document informatif à destination de la clientèle, Fathia Vrangkx expose le projet d’ « une charte commune à l’ensemble des tatoueurs perceurs d’Aquitaine », un document unique accompagné d’un contrat qui sera remis aux futurs tatoués et percés pour qu’ils puissent prendre leur décision en connaissance de cause.
LA LOI COMME GAGE DE QUALITE
La position de Sida Info Service sur ce dossier est claire : le décret ne doit pas être une entrave à leur pratique, au contraire. La charte, par exemple, doit être une plus-value pour la clientèle : « nous voulons créer un label qualité à destination des clients, qui garantira notamment que le contrôle sanitaire de la DASS aura été fait, et que la boutique respecte les conditions d’hygiène. En tant qu’acteur de santé publique, il est de notre rôle de proposer aux usagers un tatouage sans risque de maladie ». Le compte à rebours a donc commencé : à partir de la sortie des arrêtés du décret, attendus en début d’année prochaine, ce partenariat aura un an pour aboutir à un respect strict de la loi. Tout ceci afin que ce que les uns appellent la clientèle, les autres les usagers, puissent se faire tatouer et percer dans de bonnes conditions.
“MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS”
Catherine Diarte Cormel, dite “Cathy”, est gérante de “Feeling Tatoo” dans le centre ville de Bordeaux. La perceuse de profession salue l’initiative du pôle aquitain de Sida Info Service. Entièrement satisfaite par le contenu du décret, elle est déjà parfaitement aux normes d’hygiène dans sa boutique et n’attend plus que l’entrée en vigueur de la loi.
Mélanie Vives
Bordeaux contre le SIDA : c’est l’intention qui compte
12 décLundi 1er décembre 2008 : vingtième journée mondiale contre le SIDA. Comme chaque année, Bordeaux y participe. L’occasion de pointer les défauts concernant l’engagement de la ville.
Lundi 1er. Place Saint-Projet. 18 heures. Une trentaine de militants de divers collectifs ont revêtu le tee-shirt rouge et blanc offert par Sidaction et IPPO*. Les deux associations sont les organisatrices bordelaises de la chaîne humaine de solidarité contre le SIDA. Une tradition qui projette chaque année de rassembler dans huit grandes villes françaises, jeunes et moins jeunes, militants, passants et malades autour d’une même cause. Une manifestation qui reste l’évènement principal de ces journées de lutte. A Bordeaux, on ne déroge pas à la règle : une chaîne et un stand AIDES, cela suffit pour se faire entendre. Et comme pour ajouter à la pauvreté des actions prévues, la chaîne doit se diriger vers le Grand Théâtre alors que le stand se dresse sur la place de la Victoire.
Sans l’intervention d’une militante, qui propose d’aller « rejoindre AIDES », le grand « rassemblement » prévu n’aurait pas eu lieu. Un rassemblement timide puisqu’une seule militante d’AIDES s’est jointe à la chaîne humaine. « Il y a un manque de coordination du tissu associatif, ici, à Bordeaux », déplore Maryse Tourne, trésorière de l’association IPPO et référente pour Sida Info Service. Ce qui ne facilite guère la mobilisation. Volonté de la part des associations ? « Un manque de moyens financiers », explicite Mme Tourne. Depuis quelques temps, les associations ont vu leurs subventions réduites. Une orientation nationale qui déteint sur le local : chacun « se tire la couverture à soi »
« On sent un désengagement »
« On a du mal à se faire entendre des pouvoirs publics. Mais on ne peut pas tout demander aux collectivités locales. C’est à l’Etat d’agir ». Un Etat qui se dédouane « complètement » selon Mme Tourne. Et pour le souligner, elle rappelle qu’aucun représentant du gouvernement français n’a fait l’honneur de sa présence à la 17ème conférence internationale contre le SIDA, à Mexico, en août dernier. A Bordeaux, en ce 1er décembre, aucun représentant de la mairie n’aura assisté aux manifestations. « Depuis l’arrivée des traitements dans les années 1990, la maladie est banalisée. Tout le monde pense qu’il n’y a plus de problème », précise Mme Tourne. Et tout le monde, ce sont aussi les médias. Le 1er décembre, les radios bordelaises diffusent quelques flashs sur le stand d’AIDES. Rien sur la chaîne de solidarité. Quant aux gratuits de la ville, silence au sujet des manifestations organisées. Sur le site de l’antenne bordelaise de Sida Info Service*, les événements datés du 1er décembre avaient déjà eu lieu la semaine précédente. Mme Tourne pointe du doigt « l’entrefilet ridicule » dans Sud Ouest. Mauvaises informations et relais médiatique local quasi inexistant, la journée bordelaise de lutte contre le SIDA pourrait faire sourire.
Dire et faire du bruit contre la maladie
A 19 heures, les militants réunis autour d’IPPO et Sidaction se serrent sur la place de la Victoire. L’ambiance est à la fête, en dépit des difficultés rencontrées en amont des manifestations. « Je crois que c’est un devoir de citoyen d’informer, de prévenir et d’accompagner », clame Maryse Tourne. De se rassembler aussi. Mais pour réveiller les politiques et l’opinion publique, « peut-être qu’il nous manque des coups de gueule dans le paysage national et local. »
Julie Rasplus
*Ippo – Information – Prévention – Proximitié – Orientation14 rue Villedieu
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